News CA

Mistissini | Deux meurtres lors d’un « règlement de comptes », les résidants confinés

Une fusillade ayant fait deux morts a forcé le confinement pendant plusieurs heures de la communauté crie de Mistissini, dans le Nord-du-Québec, jeudi matin. Il s’agirait d’un « règlement de comptes lié au crime organisé », selon la Sûreté du Québec (SQ),


Publié à
8 h 25
Mis à jour à
11 h 53

Ce qu’il faut savoir

  • Une fusillade survenue mercredi vers 21 h à Mistissini, à 90 km au nord de Chibougamau, a fait deux victimes. Le confinement de la communauté de quelque 3500 personnes annoncé à 6 h 40 jeudi a été levé à 11 h 03.
  • Selon la Sûreté du Québec, il s’agit vraisemblablement d’un « règlement de comptes lié au crime organisé ». Les deux victimes sont des résidants de Mistissini connus des policiers, Bedabin Neeposh, 30 ans, et Daniel Benac, 29 ans.
  • Les meurtres pourraient être liés à la prise de contrôle du Nord-du-Québec par le réseau d’Ali Boivin, le Saguenéen au deuxième rang des criminels les plus recherchés au Canada.

C’est le chef Michael Petawabano qui en avait fait l’annonce sur Facebook jeudi à 6 h 40, évoquant « une fusillade grave qui a fait plusieurs morts ».

Le confinement de la communauté qui compte quelque 3500 résidants a été levé à 11 h 06. L’enquête est menée par le corps policier local, l’Eeyou Eenou Police Force, ainsi que la Sûreté du Québec. Selon Hugues Beaulieu, porte-parole de la SQ, c’est vers 21 h mercredi que les policiers de Mistissini ont reçu des appels pour des coups de feu tirés sur la rue Riverside, au cœur du village. Ils y ont trouvé un véhicule avec, à l’intérieur, deux hommes « dans la trentaine » atteints par balles.

Transportés au dispensaire puis au centre hospitalier, leur décès a été constaté peu après. Un des mobiles étudiés par les policiers serait le trafic de stupéfiants dans le marché de Mistissini. Selon ce qu’a appris La Presse, une des victimes est Bedabin Neeposh, 30 ans, de Mistissini. Il a plaidé coupable en juillet 2025 d’avoir usurpé l’identité d’une autre personne. Il avait également été déclaré coupable d’incendie criminel en 2021.

La deuxième victime est Daniel Benac, 29 ans, également de Mistissini. Il compte une vingtaine de dossiers judiciaires depuis 2016, ayant notamment été reconnu coupable de menaces de mort et complot en 2022, de harcèlement criminel en 2021 et de trafic de stupéfiants en 2018.

« Je le mets au conditionnel parce qu’on n’a pas encore la confirmation, mais avec le modus operandi, ça semble être relié directement au crime organisé, un règlement de comptes, a précisé l’agent Beaulieu en milieu de matinée jeudi. Donc, il n’y a pas de tireur actif. Ça va être bon pour faire calmer un peu la pression sur la communauté. »

La communauté crie de Mistissini, dans le Nord-du-Québec

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Sur X, le premier ministre François Legault a assuré suivre « la situation de près à Mistissini ». « Les autorités locales et la Sûreté du Québec sont à pied d’œuvre pour assurer la sécurité de la population et faire toute la lumière sur ce drame, écrit-il. Le ministre de la Sécurité publique s’assure que tous les moyens sont déployés pour appuyer les autorités locales. Mes pensées vont à la communauté crie. »

Présence du crime organisé

Mistissini, qui signifie « grosse roche », est un village d’abord constitué en réserve autochtone en 1962, à 90 kilomètres au nord de Chibougamau. C’est également une terre réservée crie de 852 km⁠2 sur la rive sud-est du lac Mistissini, le plus grand lac naturel du Québec.

La présence du crime organisé dans cette communauté a été peu rapportée par les médias. Le bilan publié en décembre 2025 par la SQ montre toutefois plusieurs interventions liées au trafic de stupéfiants et au crime organisé dans la région immédiate.

Le 19 novembre, les policiers de Chapais-Chibougamau ont porté assistance à l’Eeyou Eenou Police Force pour une perquisition sur la 2e rue, à Chapais, pour trafic de cocaïne et de méthamphétamine. Deux suspects ont été arrêtés et on a saisi de plusieurs éléments reliés à la vente de stupéfiants.

Le 20 novembre, un véhicule a été la proie des flammes sur la rue Merrill à Chibougamau, le deuxième évènement similaire en une semaine, généralement commandé par le crime organisé.

Dans les derniers mois, dans les communautés autochtones du Nord-du-Québec et de la Côte-Nord, c’est plus à l’est, à Uashat mak Mani-utenam près de Sept-Îles, qu’on a signalé une présence accrue du crime organisé. Une perquisition y a notamment eu lieu le 13 septembre 2025 en lien avec le trafic de stupéfiants. Une série d’incendies criminels durant l’automne ont mené à une sortie publique pour dénoncer notamment le recrutement de jeunes.

Sans établir un lien direct avec les deux meurtres survenus à Mistissini, une communauté desservie par un corps policier local où la SQ n’intervient généralement pas, l’agent Hugues Beaulieu note qu’on est dans le territoire que tente de contrôler All Boivin, le Saguenéen au deuxième rang des criminels les plus recherchés au Canada.

« Le crime organisé ne fait pas la différence entre les communautés autochtones, avec la population en général, dit le porte-parole. Eux autres, ils vendent de la drogue à des gens qui veulent revendre de la drogue ou en avoir. Il n’y a pas de frontières, ils passent de Mani-utenam au meurtre à Baie-Comeau la semaine dernière. »

En collaboration avec Daniel Renaud, La Presse

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button