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Hockey | Aboiements, lumières éteintes et tintamarre dans l’aréna de Milan-Cortina

(Milan, Italie) L’entraînement de la Slovaquie va bon train quand soudainement les lumières de l’aréna Santa Giulia s’éteignent. Trois secondes d’obscurité, peut-être quatre, puis l’un des entraîneurs de la Slovaquie glisse quelques mots, en riant, à un pauvre technicien en train de bricoler dans un engin électrique, entre les deux bancs des joueurs.


Publié hier à
17 h 00

À peu près au même moment, un des deux chiens policiers sur place, visiblement en pause de la mission de reconnaissance des forces de l’ordre, aboie frénétiquement en suivant du regard la rondelle. Ces jappements masquent momentanément la symphonie des bruits de perceuse qui se faufilent entre les sifflets et les lames qui croquent dans la glace.

Bienvenue à Santa Giulia, l’aréna qui tient depuis des mois la planète hockey en haleine, à la veille du premier match des Jeux de Milan-Cortina.

À sa sortie de la patinoire, Tomas Tatar pousse un rire quand on lui demande ses impressions. « C’est un peu bizarre. Ça fait un drôle de bruit, je n’ai jamais rien vu de tel, les rondelles rebondissent beaucoup sur les bandes. Je suis content qu’on arrive en avance. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Tomas Tatar

Juste avant les Slovaques, l’équipe féminine suisse a testé les installations. « La glace est molle, mais c’est pour ça qu’on arrive plus tôt, a noté l’attaquante Alina Müller. En jouant dans la LPHF, je suis bien préparée parce qu’on joue dans plein d’arénas différents. »

Son entraîneur, Colin Muller, a lui aussi jugé la glace « molle ». « Les joueurs de la LNH seront plus habitués parce qu’ils jouent dans des arénas de basketball. Nos arénas sont 100 % hockey », a souligné le pilote des Suisses.

« La glace est assez bonne pendant 20 minutes. Après 30 minutes, ça devient mou et enneigé. Et ça devient dangereux après 45 minutes, il faut faire attention aux trous. »

L’avis de l’expert

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L’équipe féminine suisse a testé les installations.

Don Moffatt n’est pas un habitué des caméras et il ne s’en plaint pas. « J’ai hâte que les matchs commencent pour que vous parliez aux joueurs plutôt qu’à moi ! », pousse-t-il.

Lui, c’est le responsable de la glace de l’Avalanche du Colorado, qui aide aussi à la préparation des patinoires aux JO. Le stress que vous avez ressenti en voyant passer les nouvelles au sujet des retards ? Il l’a ressenti, à la puissance 1000.

Après l’épreuve test du 9 au 11 janvier, il espérait commencer à préparer la glace le 17. Ç’a d’abord été reporté au 21. Puis au 24. Puis au 26. Et là encore, il voulait amorcer son travail à 8 h, mais a dû attendre à 21 h.

J’ai commencé à douter. Mais mardi, on a peint les lignes, les logos et c’est assez bien depuis.

Don Moffatt, responsable de la glace à l’aréna Santa Giulia

Il a rencontré des obstacles de toutes sortes. Un exemple : l’entrée de la zamboni est aussi « le seul passage pour les camions, et c’est la dernière partie qu’ils ont asphaltée ». Donc il s’est retrouvé avec « un pouce de boue » dans ce secteur, ce qui limitait grandement les déplacements.

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Les gradins de l’aréna Santa Giulia

Mais une journée comme celle de mercredi, au cours de laquelle les clubs se sont succédé sur la surface, le rassure.

La glace, c’est comme un muscle. Il faut la “casser” avant de la rendre plus forte. Dans le cas d’une nouvelle patinoire, on y met constamment de l’eau et on maintient une température froide pour que ça gèle. On exerce de la pression sur la glace, donc il faut ensuite en enlever. Une façon d’y arriver, c’est de la réchauffer, ce que je fais la nuit. L’autre façon, c’est de patiner dessus, la “casser”. Quand le tournoi va commencer, on sera loin d’une glace neuve.

Don Moffatt

Moffatt sera un spectateur attentif ce jeudi, quand la France et l’Italie s’affronteront en ouverture du tournoi féminin.

« Je surveille la rondelle sur les passes d’un défenseur à l’autre, sur les sorties de zone, précise-t-il. Si un joueur tente une passe soulevée, je veux voir si la rondelle atterrit à plat. Et j’écoute les coups de patin. C’est différent ici. On n’est pas sur le ciment, on est sur de l’isolant. Les tuyaux de réfrigération reposent sur l’isolation. Normalement, les tuyaux sont dans le ciment, mais ici, c’est temporaire et ce sera une salle de spectacle. »

Du bruit

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

L’équipe masculine de la Slovaquie a testé la glace lors d’un entraînement.

Moffatt écoute, et il est vrai que la trame sonore de cet aréna est unique. À l’entraînement, quand 10 patineurs s’activent d’un coup, on croirait entendre une rame de métro qui entre en station.

Il faut s’y habituer. Au début, tu entendais tout. Quand un joueur lourd arrivait, tu le sentais arriver. Avec le bruit qui arrive d’en dessous, je me sens comme sur un lac.

Pierre-Édouard Bellemare, membre de l’équipe de France

Yohann Auvitu, un des quatre Français ayant de l’expérience dans la LNH, rappelle que la qualité de la glace n’est parfaite nulle part. « Quand tu joues en Floride et qu’il fait 35 degrés, la glace n’est pas bonne, souligne le défenseur. À trois matchs par jour, je ne m’attends pas à une bonne qualité de glace, mais je ne me plaindrai pas. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Des employés étaient encore au travail pour les derniers préparatifs à l’aréna Santa Giulia.

« Si on s’en tient à la glace, c’est meilleur de jour en jour. Au début, on l’entendait craquer. Avec le temps, elle est plus blanche et moins transparente », ajoute Bellemare.

En plus de la patinoire en soi, les joueurs étaient interrogés sur la qualité des vestiaires, la nourriture qui leur est servie et d’autres détails liés à leur confort. Questions que Bellemare a balayées d’un revers de main.

« Je n’ai pas de point de comparaison et j’ai attendu 24 ans pour ça. Je me sens comme à Disney. J’ai un lit, un toit et je mange, c’est tout ce qui compte. »

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