Travailleurs étrangers | Droits acquis et entêtement obtus

L’entêtement obtus du gouvernement caquiste à ne pas reconnaître l’importance fondamentale et même systémique des travailleurs étrangers dans le fonctionnement de l’économie québécoise devient chaque jour de plus en plus problématique. Pour un gouvernement qui est censé avoir l’économie à cœur et en avoir fait sa priorité, on perçoit plutôt une grande déconnexion avec le monde économique réel.
Publié à
6 h 30
Tous les jours qui passent, on peut lire ou entendre les témoignages de travailleurs qui ont été recrutés à l’étranger avec l’assurance d’obtenir un permis de travail et la promesse d’obtenir éventuellement la résidence permanente au Québec, mais qui sont maintenant plutôt confrontés à l’éventualité de devoir retourner dans leur pays d’origine.
Avec l’abolition du Programme de l’expérience québécoise et son remplacement par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, ces promesses ont été rompues et les nouveaux arrivants qui y ont cru ont la nette impression d’avoir été trahis puisque leur sort dépend maintenant de la priorisation de leur dossier.
La situation est devenue tellement complexe à gérer que même Québec s’est rendu victime de sa propre politique alors que 6300 travailleurs étrangers temporaires du réseau de la santé risquaient de devoir retourner dans leur pays puisque leur permis de travail arrive à échéance en 2026.
Des travailleurs sociaux, des préposés aux bénéficiaires, des infirmières, bref des personnes dont le système de santé et le Québec tout entier ne peuvent absolument pas se passer.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
Le ministre de l’Immigration du Québec, Jean-François Roberge
Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, les a rassurés jeudi en confirmant que leur dossier allait justement être priorisé dans le cadre du nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés au cours de la prochaine année.
Tant mieux, on est vraiment soulagé pour eux et de façon plus égoïste pour nous aussi les Québécois, parce que notre réseau de la santé ne peut fonctionner sans l’apport de ces travailleurs de l’ombre et qu’on aurait tous souffert du départ inexplicable de ces 6300 acteurs de première ligne.
Ce qui est vrai pour le réseau de la santé l’est par ailleurs pour une quantité infinie d’entreprises de tous les secteurs d’activité et de toutes les régions du Québec qui doivent nécessairement avoir recours chaque jour à des dizaines de milliers de travailleurs étrangers pour pouvoir fonctionner de façon minimale.
Cela fait cinq ans maintenant, soit depuis la reprise post-COVID de 2021, que le Québec doit composer avec une sérieuse pénurie de main-d’œuvre que les travailleurs étrangers n’arrivent que très partiellement à compenser.
Depuis des années, les groupes de pression patronaux, les chambres de commerce, les municipalités, les régions entières de l’Abitibi à la Gaspésie, réclament une plus grande ouverture à l’embauche de travailleurs étrangers, parce qu’on en a besoin partout et dans toutes les sphères d’activité.
Des postes à pourvoir
Chaque semaine, je rencontre des PDG d’entreprises québécoises et aucun ne m’a jamais dit qu’il ne rencontrait pas de problèmes de recrutement alors que la grande majorité d’entre eux compte sur l’embauche de travailleurs étrangers pour combler leurs besoins vitaux en main-d’œuvre.
Philippe Adam, le PDG de Pomerleau, le deuxième groupe de construction en importance au Canada, me faisait remarquer récemment que les travailleurs étrangers, et plus particulièrement mexicains, occupaient la majorité des postes de travailleurs spécialisés dans le domaine de la construction aux États-Unis.
« Je fais partie d’un groupe de discussion de huit PDG d’entreprises de construction, dont sept sont américaines et la majorité de leurs travailleurs spécialisés sont étrangers et dans certaines entreprises, ça peut représenter jusqu’à 75 % de leurs effectifs.
« Au Canada, il va falloir embaucher 800 000 personnes dans le secteur de la construction au cours des 10 prochaines années. On va toujours avoir besoin d’embaucher des travailleurs étrangers », plaide Philippe Adam.
Même dans un pays comme les États-Unis qui livre avec sa police de l’immigration une guerre violente et acharnée contre les immigrants en situation irrégulière, on comprend que l’apport des travailleurs étrangers qui occupent des emplois indispensables dans le domaine de la construction est absolument nécessaire à la poursuite de leurs activités.
Oui, le Québec doit chercher à combler de façon prioritaire les postes qui nécessitent des travailleurs qualifiés, mais il ne peut pas pour autant négliger l’embauche de travailleurs essentiels au maintien d’une activité humaine minimale.
Aujourd’hui, les secteurs de la restauration, de l’hôtellerie, de l’entretien ou du commerce de détail peinent à combler leurs besoins de main-d’œuvre et la survie de beaucoup de leurs commerces est menacée par l’absence de main-d’œuvre disponible.
Pour le temps qu’il lui reste, le gouvernement de François Legault – qui est conscient de cette menace qui plane sur bon nombre d’entreprises – doit ajuster le tir et faire comme il l’a fait dans sa négociation avec les médecins.
Québec doit prendre un pas de recul, ouvrir la porte à ceux qui remplissent un rôle économique actif et qui cherchent à intégrer leur société d’accueil, bref faire preuve d’un peu d’ouverture et reconnaître un droit acquis.



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