Vincent Graton, grand-papa pour la deuxième fois et plus présent que jamais à l’écran

Présent à l’écran comme sur les plateformes dans plusieurs séries marquantes, dont Emprises et Antigang, Vincent Graton traverse une période particulièrement féconde de sa carrière. Le comédien revient sur une année 2025 intense et effervescente, façonnée par des expériences passées qui ont profondément transformé son regard et son jeu. Père de quatre enfants, grand-père pour une deuxième fois, amoureux, il s’est confié à nous avec générosité.
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Vincent, tu as connu une année 2025 des plus active. Quel bilan fais-tu de cette année effervescente?
Si je fais le bilan, honnêtement, je pense que ça a été une année florissante. Je ne sais pas comment dire… une super année. J’ignore ce qui s’est passé exactement. J’ai fait ma série sur les changements climatiques, Climat d’urgence, et lorsque je suis revenu au pays, il y a eu L’appel, où j’ai incarné le motard Maurice «Mom» Boucher. Ensuite, il y a eu le tournage d’Emprises et j’ai aussi tourné dans la série Détective Surprenant: Le Baron de l’archipel, diffusée présentement sur illico+.
Crédit photo: Nigel Quinn
J’y incarne Claude Goyette, dit Le Baron. Claude, c’est un gars qui a très bien réussi, qui a bâti sa fortune dans l’immobilier et qui s’est taillé une place importante aux îles de la Madeleine. Il est profondément impliqué dans la communauté et il y est vu comme un bienfaiteur, parce qu’il finance plusieurs projets locaux. Il sera mêlé à l’enquête de cette deuxième saison. J’ai aussi un personnage dans la série Ils vécurent heureux, actuellement disponible sur Crave. Puis là, c’est la folie autour d’Antigang. Bref, ça a été une année très riche et très surprenante.
C’est une année qui semble avoir été tracée par une suite de hasards…
Oui, totalement. C’est fou pareil. J’ai d’abord constaté ma ressemblance avec Mom Boucher en prenant une photo pour un visa à la pharmacie. J’ai envoyé cette photo à Luc Dionne, par pur amusement, sans savoir qu’il travaillait sur un projet mettant en scène le motard. On n’aurait pas nécessairement pensé à moi, sinon. Cette anecdote-là a très certainement changé mon destin. Parce que d’incarner Mom Boucher avec Patrice Robitaille dans L’Appel a ensuite déclenché une réflexion dans l’équipe de Fabienne Larouche, celle de nous réunir à nouveau dans leur nouvelle quotidienne. Je n’avais jamais travaillé pour Fabienne avant. C’est plein de hasards… ou plutôt de synchronicités.
Connaissais-tu bien Luc Dionne pour lui envoyer ainsi une photo?
Luc et moi on a une amie commune qui a une petite auberge à L’Isle-aux-Coudres. Donc, on se croisait là-bas l’été. On fraternisait, mais on n’avait jamais travaillé ensemble. Et quand tu connais un auteur, tu ne veux pas le téter, alors je ne lui ai jamais demandé quoi que ce soit, mais oui, il fait partie d’une petite bande d’amis.
Ton personnage dans Antigang, Christian Thibeault, on a parfois l’impression qu’il cache quelque chose. Qu’il n’est pas nécessairement complètement net…
Plusieurs personnes sentent ça et m’en parlent. C’est certain qu’il porte un mystère et, en effet, je l’ai construit comme ça. C’est un ancien gars de terrain qui en a vu beaucoup. Ce que je peux dire, pour avoir rencontré des enquêteurs, c’est que, par moments, la ligne est mince entre la police et le crime organisé. Jusqu’où tu vas pour mettre la main au collet d’un bandit? Je peux aussi vous dire que la suite de l’histoire va en s’accélérant cet hiver. Ça va brasser fort.
Comment est-ce de jouer avec une distribution aussi forte?
C’est fascinant et parfois, je me demande comment on arrive à garder notre sérieux. Je suis un ricaneux dans la vie, alors c’est parfois difficile avec un Fabien Cloutier hilarant sous les yeux.
Dans L’Appel, Mom Boucher parlait peu, mais transcendait par sa présence. Une façon de jouer que tu dis avoir acquise dernièrement…
Ma série sur les changements climatiques a été très rock’n’roll, très dure à tourner. Mais elle m’a donné un recul immense sur ma vie et sur mon travail d’acteur. Elle m’a réappris à être présent. Sur la route, ce qu’on vivait était tellement intense qu’il fallait être totalement là, à chaque instant. Et ça a teinté toute la suite de mon parcours et de mon année 2025. C’est comme si la présence, je la comprenais dans ma tête depuis longtemps, mais là, elle est descendue dans mon corps. C’est différent. Avec Mom Boucher, j’avais très peu de texte. Tout était dans le jeu, dans le regard, dans le ressenti, dans le fait d’être présent avec l’autre, avec mes partenaires. J’ai réalisé à quel point j’ai appris quelque chose d’essentiel.
Julien Faugere / TVA Publications
Comment s’est passé ton passage vers la série quotidienne?
J’ai tourné dans La Maison Deschênes il y a très longtemps. C’était ma première expérience de quotidienne. Mais aujourd’hui, avec des acteurs comme Patrick Robitaille, j’apprends encore. Pat, c’est quelqu’un de très incarné, très authentique. Quand tu joues avec lui ou avec Marilyn Castonguay, dans Emprises, c’est un cadeau. Ils sont tellement présents que tu n’as pas le choix de l’être toi aussi.
Tu sembles de plus en plus connecté. Pratiques-tu aussi une discipline pour y arriver?
Je fais beaucoup de yoga. Si tu n’es pas dans le flow avec l’autre, tu ne peux pas suivre. Le yoga t’apprend à respirer dans l’inconfort. Et dans la vie, on vit plein de situations inconfortables, que ce soit en couple, au travail ou ailleurs. J’avais oublié de respirer dans ces moments-là. Le yoga m’a ramené ça. Et en vieillissant, cette présence au moment présent prend encore plus de sens, parce qu’il y a plus de morts autour de moi. J’ai moins de temps qu’avant, moins de temps à perdre. Je veux profiter des instants. Samedi dernier, j’étais avec ma petite-fille Jeanne, qui a trois ans. Chaque instant était extraordinaire, même le moment de sa sieste. On était complètement là-dedans.
Parlons de la série Emprises, qui vient de prendre l’affiche, et de ton personnage de père…
Pierre Bayard, c’est un ancien ingénieur forestier, un gars fasciné par les disparitions, les doubles vies, les secrets. On habite parfois avec des gens qu’on ne connaît pas tant que ça. À travers la disparition de son gendre et de son petit-fils, il tente d’aider sa fille, Raphaëlle (Marilyn Castonguay), à retrouver les siens. C’est fascinant cette relation père-fille brisée. Est-ce qu’ils vont se réconcilier en cherchant la vérité? C’est vraiment au cœur de la série.
Tu incarnes aussi un autre genre de père dans la série Ils vécurent heureux…
Oui, et ça m’a beaucoup marqué, parce que je joue Bernard, un père super manipulateur et narcissique. J’en ai connu un comme ça dans ma vraie vie, pas longtemps avant d’incarner ce rôle. Je l’ai beaucoup observé. Et quand on m’a offert ce rôle-là, je me suis dit: «OK, je vais utiliser ça! Je vais m’en inspirer!» C’est la beauté du métier d’acteur: tu peux te transformer, presque te guérir, en jouant. Moi, j’observe beaucoup. Je photographie les gens dans ma tête, dans les restaurants, les cafés. J’adore manger seul le midi et écouter les conversations. J’ai plein de cahiers de notes.
Tu es aussi grand-papa pour la deuxième fois…
Oui, j’ai deux petites-filles, les deux sont les enfants de mon aînée, Delphine. C’est un immense cadeau. Vieillir, ça apporte ça aussi. Une de mes grandes inspirations devant l’âge qui avance, c’est ma mère, qui est âgée de 90 ans. Elle est incroyable. Elle est encore dans sa maison, elle est toujours dans le moment présent. Je suis fasciné par son cheminement.
Tes enfants t’aident-ils parfois à apprendre tes textes?
Oui, surtout quand j’ai une scène un peu plus complexe, je demande à mon fils Théo de m’aider. Il étudie actuellement en danse et en théâtre au Cégep de Saint-Laurent. Je peux vous dire que j’apprends de lui. Il est tellement libre dans son corps. Je suis allé voir un exercice pédagogique qu’il a fait récemment, et je me suis dit que j’aurais aimé faire ça au Conservatoire. Il m’impressionne tellement par son talent.
Tu es le père de Juliette et Théo, que tu as eus avec France Beaudoin, et de Delphine et Emmanuel, nés de ta relation avec la comédienne Geneviève Rioux. Il semble bien qu’Emmanuel s’intéresse au milieu cinématographique…
Emmanuel est réalisateur. Avec France, il a réalisé le documentaire J’ai souvenir encore, sur le pouvoir de la musique sur la maladie d’Alzheimer. C’est très touchant de voir mon fils travailler avec ma conjointe. Il est aussi impliqué dans plusieurs autres projets. Je peux vous dire qu’à la maison, c’est très effervescent avec nos enfants. Tout le monde a des idées, ça discute, ça partage. C’est un vrai work in progress en continu à la table.
Vous semblez avoir construit une vie très ouverte, très accueillante…
Oui, on aime les rencontres, la multiplication des idées. À ma table, qu’il y ait des gens de droite ou de gauche, j’aime discuter, entendre. Je n’ai jamais élevé mes enfants pour qu’ils pensent comme moi. Ils ont tous leur propre entité. Ils me surprennent souvent, et j’adore ça.
Avec une quotidienne, arrives-tu à prendre des vacances?
Oui, un peu. On a passé deux semaines à la campagne, à notre refuge, avant que ça reparte, le 5 janvier dernier, avec les tournages d’Antigang.




