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Procès historique à Los Angeles : Meta et Google accusés d’avoir rendu les enfants «accros» à leurs plateformes

Les deux géants de la tech sont accusés d’avoir sciemment conçu leurs plateformes pour rendre les jeunes utilisateurs dépendants. Mark Zuckerberg est appelé à témoigner le 18 février.

«L’addiction est rentable.» C’est par ces mots que l’avocat de la plaignante, Mark Lanier, a ouvert les hostilités, ce lundi 9 février, devant un tribunal civil de Los Angeles. Meta et Google y comparaissent dans un procès qui pourrait faire date : pour la première fois, des réseaux sociaux doivent répondre devant un jury de leur responsabilité dans les dommages causés aux enfants.

Au cœur de l’affaire, une Californienne de 20 ans, Kaley G.M., dont le dossier a été jugé suffisamment représentatif pour constituer une procédure test. Utilisatrice de YouTube dès l’âge de six ans, détentrice d’un compte Instagram à onze ans, la jeune femme affirme avoir sombré dans une spirale de dépression, d’anxiété et de troubles de l’image de soi, conséquence directe de son addiction aux réseaux sociaux.

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Dans son propos liminaire, Me Lanier n’a pas mâché ses mots. Les géants de la Silicon Valley auraient «fabriqué l’addiction dans des cerveaux d’enfants», non pas «par accident mais à dessein», a-t-il martelé, s’appuyant sur plusieurs documents internes à Google et Meta. L’un d’eux, issu d’une présentation chez Google, mentionne comme objectif affiché «l’addiction des internautes». «C’est leur doctrine», a-t-il lancé aux douze jurés, approuvés vendredi après plus d’une semaine d’un scrutin méticuleux.

Zuckerberg à la barre le 18 février

Un courriel interne de Mark Zuckerberg a également été présenté à l’audience. Le patron de Meta y aurait exhorté ses équipes à inverser le désengagement des plus jeunes sur Instagram. L’avocat a rappelé le modèle économique des deux groupes, largement fondé sur la publicité, dont les tarifs dépendent du temps passé sur les plateformes. «Ce qu’ils vendent aux annonceurs, ce n’est pas un produit, c’est l’accès à Kaley», a-t-il résumé.

Le PDG de Meta sera d’ailleurs appelé à témoigner le 18 février dans cette petite salle d’audience sans fenêtre. Quant à Adam Mosseri, patron d’Instagram, il prendra place à la barre dès mercredi. Le procès, présidé par la juge Carolyn Kuhl, devrait durer plus d’un mois.

TikTok et Snapchat, initialement visés, ont préféré transiger pour un montant confidentiel. Seuls YouTube, filiale de Google, et Meta restent donc sur le banc des accusés.

La stratégie du tabac

Les débats ne porteront toutefois pas sur les vidéos toxiques, déprimantes ou manipulatrices que peuvent héberger ces plateformes, car la loi américaine, en particulier la section 230 du Communications Decency Act, les exonère très largement de toute responsabilité pour les contenus publiés chez elles par des tiers. Pour contourner l’obstacle, les plaignants attaquent donc la conception même des réseaux sociaux. Dans leur viseur : les algorithmes et les fonctions de personnalisation qui encouragent le visionnage compulsif.

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Cette stratégie n’est pas sans rappeler celle qui avait permis de faire condamner l’industrie du tabac dans les années 1990 et 2000. Les avocats de Meta et YouTube ont d’ailleurs tenté, vendredi, de faire interdire toute analogie avec les produits addictifs, comme le tabac et les opioïdes. La juge Kuhl a rejeté leur demande.

«C’est la première fois que des réseaux sociaux doivent faire face à un jury pour avoir causé du tort à des enfants», a souligné avant le procès Me Matthew Bergman, fondateur du Social Media Victims Law Center, dont l’équipe gère plus de 1000 dossiers similaires, selon l’AFP.

L’ombre de Zuckerberg sur la sélection du jury

La sélection du jury, entamée le 27 janvier, aura nécessité six journées de délibérations. Les avocats de Meta ont dû écarter de nombreux candidats qui peinaient à dissimuler leur hostilité envers le créateur de Facebook. En face, les conseils de la plaignante ont récusé en majorité des hommes enclins à imputer la mauvaise santé mentale des jeunes aux défaillances de l’autorité parentale plutôt qu’aux concepteurs des plateformes.

L’issue de ce procès fixera une référence pour des centaines de plaintes similaires regroupées en Californie. Au Nouveau-Mexique, une autre procédure accuse Meta de privilégier le profit à la protection des mineurs contre les prédateurs sexuels. Elle doit également s’ouvrir cette semaine. En parallèle du procès de Los Angeles, l’addiction aux réseaux sociaux fait l’objet d’une procédure de masse à l’échelle nationale, en cours d’instruction devant une juge fédérale d’Oakland, près de San Francisco.

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