Immigration | Christine Fréchette propose de rouvrir le PEQ pour deux ans

(Québec) L’aspirante chef caquiste Christine Fréchette propose de rouvrir pour deux ans le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) afin d’accorder une clause de droits acquis aux immigrants qui étaient au Québec au moment de sa fermeture.
Publié à
14 h 58
Mis à jour à
16 h 56
Par ailleurs, dans le contexte où la pression est forte sur le gouvernement pour qu’il révise sa plus récente réforme en immigration, la proposition mise au jeu par Mme Fréchette est en complète contradiction avec ce que défend le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, qui l’appuie pourtant dans la course. Ce dernier a affronté un tir groupé des oppositions lors de la période des questions. « On va laisser les débats [entre les] candidats [à la chefferie] se faire », a-t-il dit à sa sortie du Salon rouge, fuyant les caméras.
Sur les réseaux sociaux, mardi, Mme Fréchette a annoncé que « la seule façon d’offrir une réelle clause de droits acquis est de rouvrir le PEQ ». La députée de Sanguinet était absente du Parlement. Elle a aussi accusé son rival dans la course, Bernard Drainville, d’afficher une « méconnaissance » du système d’immigration et d’offrir des « solutions simplistes ».
En réactivant le PEQ pour une durée de deux ans, Mme Fréchette propose de « réduire du même nombre les invitations [au nouveau] Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) afin de respecter nos seuils d’immigration ».
Cette période de transition de deux ans permettra d’offrir une voie de passage juste et prévisible à celles et ceux qui sont déjà intégrés ici. Deux ans pour rétablir la confiance et mettre en place graduellement une réforme durable.
Christine Fréchette
À ce jour, M. Roberge refuse d’accorder une clause de droits acquis aux immigrants qui se qualifiaient pour le PEQ au moment de sa fermeture, en novembre dernier, mais qui n’avaient toujours pas appliqué au programme. Le PEQ permettait d’obtenir le certificat de sélection du Québec (CSQ) – une première étape avant la résidence permanente – et a été aboli pour céder sa place au PSTQ. Ce nouveau programme repose sur un système de points et d’invitations sans aucune garantie.
En mêlée de presse à Montréal mardi, le premier ministre sortant, François Legault, a une fois de plus affirmé qu’offrir une clause de droits acquis ouvrait la porte à quelque 350 000 travailleurs étrangers temporaires pour qu’ils puissent postuler au PEQ. Or, ces chiffres ne correspondent pas à l’historique du programme, dans lequel les admissions ont plafonné autour de 20 000 annuellement au cours des dernières années.
Il faut noter que le PEQ comportait également des critères d’admissibilité stricts : deux ans d’expérience de travail au Québec, un emploi au moment de la demande, un niveau de français avancé, y compris à l’écrit, des exigences de maîtrise du français pour le conjoint et un employeur établi dans la province.
Drainville réitère sa version d’une clause « grand-père »
Bernard Drainville a pour sa part réitéré mardi ce qu’il ferait pour apaiser la colère des immigrants qui réclament une clause de droits acquis, une demande qui est appuyée (avec certaines nuances) par l’ensemble des partis d’opposition à l’Assemblée nationale.
PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Le député de Lévis et aspirant chef caquiste, Bernard Drainville
M. Drainville propose pour sa part une clause « grand-père » pour les immigrants qui étaient présents au Québec depuis deux ans au moment de la fermeture du PEQ, qui ont un niveau intermédiaire de connaissance du français et qui occupent des postes « prioritaires » en santé, en éducation, ainsi que dans le secteur manufacturier et de la construction.
Pour chaque personne qui recevra son certificat de sélection du Québec avec ce droit acquis, Bernard Drainville propose de réduire du même nombre le bassin d’immigrants temporaires à l’avenir.
« Je note [que Christine Fréchette] n’est pas venue devant vous pour vous en parler. Elle l’a fait sur les réseaux sociaux », a déploré le député de Lévis, qui réclame aussi un plus grand nombre de débats dans la course à la chefferie.
Du côté du Parti québécois (PQ), les troupes de Paul St-Pierre Plamondon proposent d’accorder une clause de droits acquis pour les immigrants temporaires qui répondaient aux critères du PEQ et qui étaient sur le territoire en vertu de programmes d’immigration relevant du gouvernement du Québec. Ils excluent dans ce contexte ceux qui travaillaient dans la province à partir d’un programme fédéral.
Québec solidaire (QS) réclame de son côté que le gouvernement de la CAQ suspende l’abolition du PEQ jusqu’à la fin de sa course à la chefferie et qu’il permette aux immigrants présents sur le territoire de postuler au programme. Le Parti libéral du Québec (PLQ) défend aussi une clause des droits acquis pour ce programme qui « faisait ses preuves ».
Avec Tommy Chouinard, Fanny Lévesque, Mélanie Marquis et Suzanne Colpron, La Presse
Soupir de soulagement du côté des villes
À Montréal, la nouvelle position de Christine Fréchette aura l’effet d’un soupir collectif de soulagement, estime la mairesse Soraya Martinez Ferrada. « Ça nous rassure pour l’avenir des gens qui habitent ici, qui ont choisi d’habiter cette ville. Je suis heureuse de voir que la voix unanime [des villes] a porté fruit », a-t-elle dit. Mme Martinez Ferrada demeure pour l’instant prudente sur ses attentes exactes pour la suite. À l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le président Guillaume Tremblay, qui est aussi maire de Mascouche, a rapidement secondé les propos de sa collègue. « Il est essentiel de maintenir au Québec les personnes déjà bien établies sur notre territoire. La position de Christine Fréchette répond à la demande de l’UMQ et doit pouvoir se traduire rapidement dans les orientations du gouvernement », a-t-il souligné.
Henri Ouellette-Vézina, La Presse




