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Rapport Gallant | La SAAQ aurait mené une « action consciente » pour tromper le public

Loin d’être « le fruit d’erreurs d’inattention », la SAAQ a mené une « action consciente » visant à masquer l’explosion des coûts de SAAQclic, conclurait le rapport final de la commission Gallant.


Publié à
12 h 05

C’est ce qu’a révélé par la bande l’ancien vice-président de la société d’État et grand architecte de sa transformation numérique ratée, Karl Malenfant, mercredi.

Le fonctionnaire retraité avait convié les médias dans un hôtel de Montréal pour y présenter sa réplique sous la forme de « huit piliers de vérité » au préavis de « mauvaise conduite » que la commission lui a acheminé durant les fêtes.

Ce genre d’avis, qu’ont reçus plusieurs autres témoins de la commission, dont la ministre Geneviève Guilbault, doit permettre à toute personne potentiellement entachée par le rapport du commissaire Denis Gallant de fournir une réponse.

Ce qu’a fait Karl Malenfant mercredi, dans le cadre d’un tortueux exposé d’une heure où il a rejeté une à une toutes les accusations dirigées vers lui en affirmant avoir été victime d’un « assassinat de réputation (“character assassination”) ».

« Je ne suis pas dans le complot. […] la vérité, c’est que je ne comprends pas pourquoi, ce que je viens de vous expliquer, a existé. Depuis un an, je vis dans un monde parallèle », a-t-il d’ailleurs conclu.

48 « allégations »

Or dans sa réplique sous forme écrite, un touffu document de 112 pages, il dévoile une à une les 48 « allégations » que lui reproche le commissaire Denis Gallant dans ce préavis.

La Commission d’enquête sur la gestion de la modernisation des systèmes informatiques de la SAAQ (CESIS) n’a pas voulu confirmer le contenu de l’avis du préavis acheminé à Karl Malenfant, comme ce genre de document est habituellement envoyé de manière confidentielle.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Karl Malenfant

Les reproches du commissaire Gallant tels que rapportés par Karl Malenfant donnent toutefois un aperçu de ce qui pourrait se retrouver dans le rapport du magistrat qui doit être publié lundi prochain, à Québec, trois jours après avoir été remis au secrétaire général du gouvernement.

« Les informations fallacieuses transmises par la SAAQ aux parlementaires et au gouvernement ne sont pas le fruit d’erreurs d’inattention », trancherait le commissaire, dans ses conclusions.

« Elles dépassent le comportement où une organisation embellit inconsciemment le portrait de ses projets afin de se présenter en public sous un jour favorable. La preuve révèle plutôt qu’elles sont le fruit d’une action consciente visant à masquer aux parlementaires […] au gouvernement, et donc à la population, le coût total du programme CASA et les dépassements de coûts qu’il subissait. »

Les conclusions du rapport Gallant rejoindraient ainsi celles de la vérificatrice générale du Québec qui avait levé le voile en premier sur les ratées du virage numérique de la SAAQ dont la facture totale s’élèverait à au moins 1,1 milliard, soit 500 millions de plus que prévu.

L’ancienne PDG éclaboussée

Cette façon d’agir de la société d’État aurait commencé dès l’idéation du projet, sous l’ancienne PDG Nathalie Tremblay, une fonctionnaire à la réputation immaculée qui s’en retrouve sévèrement entachée, selon les conclusions du commissaire Gallant rapportées par Karl Malenfant.

Ainsi, cette dernière aurait présidé la transmission d’information « tronquée », notamment en prétendant au Conseil du trésor que CASA (qui comprenait SAAQclic) coûterait au plus 200 millions sur 10 ans. Des estimations internes de la SAAQ estimaient alors que seule la facture du développement du programme s’élèverait à 269 millions.

Il serait également reproché à Nathalie Tremblay et à la SAAQ d’avoir réalloué des sommes à l’intérieur de l’énorme contrat pour la réalisation de SAAQclic, un geste « qui n’est pas fondé en droit ou en vertu des clauses contractuelles », peut-on lire.

Karl Malenfant et elle sont également pointés du doigt pour avoir caché de l’information à d’autres hauts fonctionnaires, y compris à l’ancien secrétaire du Conseil du Trésor, Éric Ducharme.

« Deux jours après que la SAAQ ait signé la Transaction impliquant des coûts additionnels de 247 millions […] Nathalie Tremblay et Karl Malenfant diront à Pierre E. Rodrigue (un autre haut fonctionnaire) et à Éric Ducharme que la livraison 2 se passe bien. »

Son successeur à la tête de la SAAQ, Denis Marsolais, n’est pas épargné non plus. Avec Karl Malenfant, il aurait fait une présentation à l’ancien ministre Éric Caire, en octobre 2022, où il était indiqué que le budget de SAAQclic était respecté, ce qui était alors « assurément faux », conclurait le commissaire Denis Gallant.

Allégations de copinage

Quant à Karl Malenfant, le rapport lui reprocherait notamment de s’être assuré « que la SAAQ dirige des contrats, sciemment et à l’encontre de diverses règles contractuelles vers certaines de ses connaissances ». Les noms de consultants ressortis durant les audiences de la commission, au printemps dernier, y sont tous.

IMAGE TIRÉE DES DOCUMENTS DE LA COMMISSION GALLANT

Organigramme produit par la division de la vérification interne de la SAAQ, à l’automne 2015, montrant les liens entre différents contractuels engagés par la SAAQ et son vice-président aux technologies de l’information à l’époque, Karl Malenfant.

Une allégation « épouvantable », a martelé Karl Malenfant, en répétant que « jamais personne n’a fait du cash sur le dos de la SAAQ ».

Les critères pour l’octroi de ces contrats de gré à gré étaient « tout à fait légaux », a-t-il affirmé, même que si seuls certains de ses anciens collègues pouvaient les remporter, comme l’avait suggéré un ancien vérificateur venu témoigner au printemps dernier au printemps dernier.

En conservant la « maîtrise d’œuvre » du projet, la SAAQ et son ancien vice-président se sont liées les mains face au consortium des firmes LGS et SAP. Il serait ensuite devenu très difficile de lui faire porter « les ratés dans l’exécution du contrat » qu’il avait remporté, conclurait le commissaire.

À ce jour, Karl Malenfant affirme n’avoir jamais été contacté par l’Unité permanente anticorruption qui a ouvert une enquête criminelle sur cette affaire.

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