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Des Jeux olympiques d’hiver Québec-Montréal ?

Le Comité olympique canadien analyse des scénarios pour accueillir des Jeux olympiques au Canada à partir des années 2040, dont des JO d’hiver tenus conjointement par Montréal et Québec. Une bonne idée ? Elle semble en tout cas plaire au maire Bruno Marchand et à la mairesse Soraya Martinez Ferrada…


Publié à
5 h 00

On le vit depuis deux semaines : les Jeux olympiques font rêver.

Au point de présenter une candidature pour accueillir les Jeux olympiques, quelque part dans les années 2040 ou 2050 ?

La question est hypothétique. Mais pas complètement.

Le Comité olympique canadien (COC) fait des analyses préliminaires pour une demi-douzaine de candidatures canadiennes en vue de présenter les Jeux d’été ou d’hiver à partir des années 2040, a révélé mon collègue Alexandre Pratt au début des Jeux de Milan-Cortina⁠1.

Parmi les options étudiées, deux impliquent le Québec. Une candidature Montréal-Toronto pour les Jeux d’été, à partir de 2044. Et une candidature Montréal-Québec pour les Jeux d’hiver, à partir de 2042.

Pour les contribuables, les Jeux ont longtemps été un gouffre financier. Pas besoin de le rappeler aux Québécois, qui ont mis 30 ans à payer le Stade olympique de Montréal.

Depuis quelques années, le Comité international olympique (CIO) a toutefois changé sa philosophie. La devise est passée de « toujours plus cher » à « comment peut-on alléger la facture ? ».

Des Jeux d’été Toronto-Montréal seraient un projet emballant, mais gigantesque. Les Jeux d’été accueillent généralement 3,7 fois plus d’athlètes que les Jeux d’hiver, et sont généralement réservés aux mégalopoles comme Paris, Londres, Los Angeles ou Tokyo. C’est bien de rêver, mais la facture et la concurrence sont énormes. Oublions ça.

Mais les Jeux d’hiver, c’est plus petit et moins cher. Et le Québec a déjà la très grande majorité des sites (et pour les autres comme le bobsleigh et la descente de ski alpin, nous pourrions aller dans l’État de New York).

Nous sommes l’une des rares régions nordiques capables d’accueillir les Jeux. La concurrence est beaucoup plus faible. Les Jeux de 2030 et 2034 auront lieu en France et à Salt Lake City aux États-Unis. Pour les Jeux d’hiver de 2038, le CIO a décidé de discuter exclusivement avec la Suisse. Il y a fort à parier qu’il retournera en Asie et en Amérique du Nord pour 2042 et 2046.

Montréal et Québec aimeraient-ils tenter leur chance conjointement pour les Jeux d’hiver quelque part dans les années 2040 ?

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et le maire de Québec, Bruno Marchand, sont ouverts à l’idée, mais pas à tout prix.

« Montréal devrait toujours lever la main pour ce genre d’évènements, dit Soraya Martinez Ferrada. Mais ça nous demande de développer notre capacité d’accueil. On est intéressés, mais pas à n’importe quelles conditions. [Il faut s’assurer que les infrastructures] sont utilisées et pérennes. Dans 16 ans [en 2042], ce sera le 400e anniversaire de Montréal. C’est intéressant. »

« Je suis ouvert à une candidature, dit Bruno Marchand. Mais ça prend une rigueur financière et une assurance qu’on a une mobilisation dans la communauté. »

Pour le maire Bruno Marchand, si le projet voit le jour, ça doit être les Jeux de Québec-Montréal, et non l’inverse.

Québec est la ville hivernale par excellence. On n’est pas le plan B d’autres villes.

Bruno Marchand, maire de Québec

Et si c’était la moitié des épreuves à Québec et l’autre moitié à Montréal ? « C’est à évaluer, dit-il. Nous sommes capables d’organiser les Jeux à 70 % -80 % [à Québec]. Pour moi, la ville principale, c’est Québec. »

On verra si le projet devient plus concret. Mais difficile de contredire le maire Bruno Marchand sur la nordicité de sa ville, qui accueillera les Championnats du monde de hockey féminin et les Jeux d’hiver du Canada en 2027, ainsi que les Championnats du monde de hockey junior en 2029.

On doit bientôt y inaugurer un complexe de curling de haut niveau.

Le maire Bruno Marchand est bien conscient que les Jeux olympiques ont laissé une cicatrice à Montréal (la facture des Jeux de 1976) et à Québec (la candidature malheureuse de 2002 et le scandale de corruption au CIO).

« N’oublions pas que ces grands évènements, s’ils sont bien faits, peuvent amener des legs extraordinaires, notamment pour rendre une population active, dit-il. Mais ça ne peut pas être une initiative politique, ça prend la mobilisation de la communauté. Je ne serais pas surpris que ça arrive. »

Doit-on en conclure que c’est une bonne idée d’accueillir des Jeux olympiques au Québec ? « C’est déchirant comme question », dit Richard Legendre.

Vous ne trouverez pas plus éloquent que Richard Legendre pour défendre la place du sport et des grands évènements. Il connaît le sujet à fond, ayant été directeur des Internationaux de tennis du Canada (aujourd’hui l’Omnium Banque Nationale) et vice-président de l’Impact de Montréal (le CF Montréal). Entre les deux, il a été ministre du Sport dans le gouvernement du Parti québécois – il avait alors défendu l’idée embryonnaire d’une candidature pour des Jeux d’hiver Québec-Lake Placid.

« Je suis un partisan des grands évènements. Mais il y a un gros “mais” pour les Jeux olympiques : le coût », dit-il.

Certes, le mouvement olympique veut que les Jeux coûtent moins cher.

Néanmoins, la tenue de Jeux olympiques coûte plusieurs milliards, ne serait-ce que pour la sécurité (le fédéral acquitte généralement une bonne partie de cette facture). Il faut aussi construire un village olympique pour loger les athlètes.

« Et actuellement, on a tellement de besoins au Québec pour des infrastructures sportives », dit Richard Legendre. À court terme, c’est ce sur quoi il faut mettre la priorité, estime-t-il. « Les Jeux olympiques, c’est une conclusion, une finale. Il faut être capable de se rendre en finale. »

Rappel : les Jeux ne sont pas une manne économique. Les études ont démontré qu’ils n’ont pas d’effet à long terme sur l’économie en général et que les dépassements de coûts sont en moyenne de… 172 % ⁠2.

À mon avis, la priorité devrait être nos infrastructures sportives, pour favoriser l’activité physique au sein de la population.

Et si on décide de se lancer dans l’aventure d’une candidature pour les Jeux d’hiver, on devrait proposer au CIO de faire des Jeux uniquement avec nos installations existantes (comme à Los Angeles en 2028), quitte à envoyer quelques sports dans l’État de New York ou en Alberta. On paierait uniquement pour la sécurité et pour construire deux villages olympiques (à Québec et à Montréal), qu’on convertirait ensuite en logements abordables.

Bref, si on y va, on devrait viser les Jeux les moins chers de l’histoire.


1. Lisez la chronique d’Alexandre Pratt « Des JO à Montréal et à Toronto ? Le COC en rêve ! »


2. Consultez l’article « Regression to the Tail : Why the Olympics Blow Up » (en anglais)


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