Chasseurs de pédophiles en France: ils dénoncent des cyberprédateurs partout dans le monde, et entre autres au Québec

Les accusations déposées pour leurre d’enfants ont explosé au cours des 15 dernières années au Québec. Le Journal a recensé une quinzaine des pires prédateurs sexuels à avoir commis ces crimes.
Des prédateurs québécois ont été appréhendés grâce à l’aide fournie par un regroupement de citoyens basé en France qui a dénoncé des centaines de présumés pédophiles partout dans le monde depuis six ans.
Parmi les délinquants épinglés se trouve Yvon Germain, qui a été arrêté à de multiples reprises depuis 2018 pour avoir leurré de jeunes adolescentes.
Lancé en 2019, le collectif français Team Moore, a pour mission de lutter contre la cyberpédocriminalité. Ses membres, de plus en plus nombreux chaque année, sont des citoyens ordinaires installés un peu partout dans la francophonie mondiale.
« Sans moyens, on est parvenu à déposer presque autant de plaintes que le nombre de saisies effectuées [par la police française et visant des cyberprédateurs] en 2024 », affirme la cofondatrice de La Team Moore, qui se présente sous le pseudonyme Neila Moore.
Pour arriver à leurs fins, ils créent de faux profils d’adolescent sur le web en utilisant des images modifiées de leur visage pour paraître plus jeunes. Quand ils coincent un suspect, ils accumulent les preuves qu’ils remettent ensuite aux autorités.
Neila Moore (à droite) en compagnie de la députée française Maud Petit et l’ancien ministre français du Numérique, Jean Noël Barrot.
Photo fournie par la Team Moore
Une ampleur inimaginable
L’idée à l’origine de l’organisation a germé dans la tête de Steven Moore, qui utilise aussi un pseudonyme, lorsqu’une femme lui a confié que sa fille se faisait harceler par un prédateur sur les réseaux sociaux.
Désirant constater par lui-même l’importance du phénomène, il a décidé de se créer un faux profil d’enfant sur cette plateforme.
« On ne s’attendait pas à une situation d’une telle ampleur. C’est quand on a vu la vitesse à laquelle on recevait des sollicitations sexuelles qu’on a décidé d’agir », explique Neila Moore.
Malgré leurs efforts depuis six ans, le collectif n’est pas reconnu officiellement par les autorités françaises, avec lesquelles il collabore pourtant dans l’ombre.
Neila Moore agit sous le couvert de l’anonymat pour éviter de s’attirer les foudres des délinquants.
Photo fournie par la Team Moore
Des « bons samaritains » nuisibles
Au Québec, les policiers mettent toutefois en garde les citoyens qui seraient tentés de se faire justice eux-mêmes en coinçant des individus déviants.
Ces « chasseurs de pédophiles » qui pensent bien faire nuisent la plupart du temps aux autorités en contrecarrant, sans le savoir, des enquêtes en cours.
« Et ils se mettent à risque de commettre eux-mêmes des infractions ou d’être confrontés à quelqu’un de violent », souligne Josianne Caron, lieutenante-détective à l’unité d’exploitation sexuelle des mineurs au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).
La lieutenante-détective du SPVQ Josianne Caron, de l’Unité de l’exploitation sexuelle des mineurs.
Photo Stevens LeBlanc
Cette dernière rappelle l’arrestation de deux adolescents en mars dernier pour avoir joué les pseudojusticiers.
« C’est très important pour nous de rester dans le cadre de la loi. On n’utilise pas de vraies photos de mineurs, on ne fait jamais de demandes d’amis et on ne fait aucune incitation auprès des prédateurs », assure de son côté Neila Moore.




