Discours sur l’état de la désunion

(New York) Une décision de la Cour suprême qui déplaît au président. Un président qui prépare une guerre au Moyen-Orient. Un peuple mécontent de l’économie. Mardi soir, ces ingrédients seront tous réunis lorsque Donald Trump prononcera le premier discours sur l’état de l’Union de son deuxième mandat. Certains téléspectateurs auront une impression de déjà-vu.
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Le 27 janvier 2010, Barack Obama avait profité de son premier discours sur l’état de l’Union pour fustiger la Cour suprême, dont six des neuf juges étaient présents dans l’hémicycle de la Chambre des représentants. Le plus haut tribunal venait de rendre, par une courte majorité, l’arrêt Citizens United c. Federal Election Commission, levant le verrou sur les dépenses électorales au nom de la liberté d’expression.
« Avec tout le respect dû au principe de la séparation des pouvoirs, la Cour suprême a, la semaine dernière, renversé un siècle de jurisprudence », avait déclaré le 44e président, dénonçant une décision qui allait, selon lui, ouvrir « les vannes aux groupes d’intérêts particuliers, y compris aux entreprises étrangères, leur permettant de dépenser sans limite dans nos élections ».
Assis dans la première rangée, le juge conservateur Samuel Alito avait hoché la tête en signe de désapprobation. « Pas vrai ! », avait-il lancé, selon des personnes capables de lire sur les lèvres.
Donald Trump ne devrait pas manquer de poursuivre ses critiques de la Cour suprême mardi soir.
Vendredi dernier, il a déjà mis en doute le courage et le patriotisme des juges qui ont invalidé la plupart de ses droits de douane, pierre d’assise de sa politique économique.
Reste à voir qui, parmi les juges de la Cour suprême, sera présent.
De l’Irak à l’Iran
Le 28 janvier 2003, George W. Bush s’était servi de son deuxième discours sur l’état de l’Union pour justifier la guerre en Irak. Il avait alors prononcé 16 mots célèbres qui allaient mener son pays sur la voie d’une erreur stratégique historique. En français : « Le gouvernement britannique a appris que Saddam Hussein avait récemment cherché à se procurer d’importantes quantités d’uranium en Afrique. »
Huit jours plus tard, le secrétaire d’État Colin Powell présentait à l’ONU ses « preuves » sur le prétendu arsenal d’armes de destruction massive de l’Irak.
Le dossier américain reposait évidemment sur des informations non fondées ou mensongères. Mais il n’est pas superflu de rappeler que le 43e président avait cherché à obtenir l’aval du Congrès américain et du Conseil de sécurité de l’ONU avant d’attaquer l’Irak. Il avait reçu le feu vert du Congrès, mais pas celui de l’ONU.
PHOTO RAMZI HAIDAR, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Un raid aérien de la coalition dirigée par les États-Unis a touché le palais des hôtes de Saddam Hussein lors de bombardements sur Bagdad, en Irak, en mars 2003.
Vingt-trois ans plus tard, les États-Unis ont mis en place la plus imposante force de frappe navale et aérienne au Moyen-Orient depuis la guerre en Irak. Jeudi dernier, Donald Trump s’est donné dix jours pour décider si un accord avec l’Iran était possible.
Mais le président n’a pas encore expliqué de façon cohérente aux Américains les raisons pour lesquelles une attaque contre l’Iran serait nécessaire.
Il n’a pas davantage consulté le Congrès, qui possède le pouvoir exclusif de déclarer la guerre, selon la Constitution américaine.
Donald Trump pourrait donc à son tour utiliser le traditionnel discours sur l’état de l’Union pour justifier une guerre au Moyen-Orient. Évitera-t-il les informations non fondées ou les mensonges ? La question reste ouverte. En attendant, un rappel : en juin dernier, le président affirmait que les forces américaines avaient « anéanti la capacité d’enrichissement nucléaire de l’Iran, le rendant incapable de posséder une arme nucléaire ».
Ces jours-ci, il menace d’attaquer l’Iran pour l’empêcher de posséder une arme nucléaire.
La candeur de Ford
Le 15 janvier 1975, Gerald Ford a prononcé des mots jamais entendus lors d’un discours sur l’état de l’Union, avant ou après sa présidence. « Je dois vous dire que l’état de l’Union n’est pas bon », a déclaré celui qui avait succédé à Richard Nixon après sa démission dans la foulée du scandale du Watergate.
PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Le 38e président américain, Gerald Ford (deuxième à partir de la gauche), s’entretient avec les dirigeants britannique, français et allemand lors d’un sommet à Helsinki, en Finlande, en juillet 1975.
Le président Ford faisait allusion à la crise économique qui frappait les États-Unis, caractérisée par le chômage et l’inflation, entre autres.
Personne ne s’attend à ce que Donald Trump fasse preuve de la candeur de Gerald Ford et qu’il reconnaisse le mécontentement des Américains vis-à-vis de sa gestion de l’économie.
Selon les sondages, les Américains lui reprochent en particulier son incapacité à remplir sa promesse de réduire les prix. Incapacité que plusieurs d’entre eux attribuent à ses droits de douane.
En fait, s’il faut se fier à ses déclarations passées, Donald Trump servira aux Américains le contraire de la candeur lorsqu’il abordera la question des droits de douane mardi soir.
En mars dernier, le président a prédit que ses droits de douane allaient relancer l’industrie manufacturière américaine. En 2025, ce secteur a perdu environ 108 000 emplois.
Mercredi dernier, il a par ailleurs affirmé sur Truth Social que le déficit commercial des États-Unis avait été « réduit de 78 % grâce aux droits de douane ». Le lendemain, les données officielles ont montré que le déficit commercial n’avait diminué que de 0,2 % en 2025.
Tous les ingrédients sont donc en place pour ce qui pourrait ressembler à un discours sur l’état de la désunion.


