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Baron de la drogue tué au Mexique | Le règne du cartel d’« El Mencho » loin d’être terminé

La mort du baron de la drogue « El Mencho » est un coup dur pour le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG). Mais le règne du narcotrafic est loin d’être terminé dans le pays, assure Saulo Dávila, expert en sécurité pour la firme de conseil Integralia, établie au Mexique.


Publié à
5 h 00

Quelle incidence pourrait avoir la mort d’El Mencho sur le CJNG ?

El Mencho avait accumulé beaucoup de pouvoir dans le pays. Il contestait même le gouvernement fédéral. Mais ce n’est pas sa mort qui changera les choses. Si on ne coupe pas les liens existant entre les organisations criminelles et certains membres de la politique mexicaine, principalement dans les municipalités, ça ne va jamais se terminer. Parce que derrière El Mencho, il y a une autre personne, et une autre personne, et une autre personne… C’est une chaîne interminable.

PHOTO FOURNIE PAR ASSOCIATED PRESS

Nemesio Rubén Oseguera Cervantes, dit « El Mencho », était l’un des fugitifs les plus recherchés du Mexique.

Quelle est l’importance du CJNG au Mexique ?

Près de 30 membres des forces de l’ordre sont morts lors de l’opération de dimanche. Ça nous en dit beaucoup sur le pouvoir de cette organisation. Selon les autorités mexicaines, mais aussi le FBI et la DEA (Drug Enforcement Administration américaine), le CJNG serait présent sur presque tout le territoire, soit dans 28 États du Mexique sur 32, avec une présence importante dans 12 de ces États, et dominant dans huit. C’est la plus importante organisation criminelle du pays, devant le cartel de Sinaloa.

Doit-on craindre une escalade, des représailles du CJNG contre le gouvernement ?

Je pense qu’à court terme, la tension va continuer un peu. Mais à moyen terme, l’organisation va commencer à se restructurer. Parce que le CJNG agit comme une entreprise avec une hiérarchie, non pas verticale, mais horizontale. Il a commencé un mouvement d’expansion partout sur le territoire, en impliquant d’autres organisations locales. À partir de maintenant, on va voir comment ces petites organisations locales vont commencer à contester la hiérarchie. On va voir comment les chefs vont lutter pour le contrôle. Peut-être qu’ils vont commencer à dire : c’est ma chance, j’ai le pouvoir, j’ai les armes et j’ai les hommes pour contrôler ce territoire ou même pour contrôler toute l’organisation.

Donc vous entrevoyez des turbulences pour la succession d’El Mencho…

Oui, avec des nuances selon les régions. Il y a aussi les autres organisations criminelles, qui vont voir ces luttes internes comme une faiblesse au sein du CJNG, et qui vont commencer à contester certains territoires. Je pense par exemple au cartel de Sinaloa, qui va contester dans le Sinaloa même et dans certains États comme Campeche, Tabasco, Chiapas, Oaxaca, Veracruz. Le cartel du Golfe et le cartel du Nordeste vont aussi faire la même chose dans leurs régions. On est en face d’une restructuration importante dans les cartels qui peut provoquer plus de violences dans tout le pays. J’espère que le gouvernement agira avec la connaissance et l’intelligence suffisantes pour intervenir et même prévenir…

Jusqu’à quel point l’opération de dimanche a-t-elle été décidée sous la pression de Washington ?

On ne sait pas. Depuis son arrivée au pouvoir, la présidente Claudia Sheinbaum a déjà montré une volonté de faire quelque chose sur ce plan [du narcotrafic]. Il y avait comme une volonté de revanche depuis que le secrétaire à la sécurité de la ville de Mexico avait été victime d’un attentat par le CJNG en 2020. Mais la pression des États-Unis fait que c’est allé plus vite, et que les actions sont plus constantes et plus focalisées.

Quel est le fonds de commerce du CJNG, exactement ?

Ça a beaucoup évolué. Ça a commencé par la marijuana et puis ça a évolué jusqu’au fentanyl, la cocaïne, les drogues synthétiques. Mais il est devenu la première entreprise criminelle au Mexique après la pandémie et pendant le mandat du président Andrés Manuel López Obrador (2018-2024). Il a commencé à faire de l’extorsion et à générer d’importants revenus dans le trafic des personnes et des migrants, et dans la fraude à la multipropriété.

Comment El Mencho avait-il pris autant d’importance ?

Le cartel a commencé au tournant des années 2010. Il a accumulé beaucoup de pouvoir pendant l’administration d’Enrique Peña Nieto (2012-2018) et beaucoup plus pendant l’administration de López Obrador, parce que ce président n’a jamais agi contre les cartels. Il leur a permis d’agir, d’accumuler le pouvoir, l’armement, les hommes, toutes les ressources qu’ils ont aujourd’hui. Ils ont pris le contrôle de certaines régions d’une manière vraiment rapide.

El Mencho s’est aussi entouré de beaucoup de gens qui ont su comment mener cette organisation comme une entreprise. Il y a des liens avec d’autres organisations qui ont des comptes bancaires aux États-Unis et dans d’autres pays. Afrique, Asie, Europe, ils sont partout. Donc le pouvoir économique de cette organisation est incroyable. Ça se calcule en centaines de millions de dollars. Ils ont beaucoup d’argent.

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