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Qui est encore assez fou pour mettre sa face sur un poteau?

L’image était forte lundi. En quelques heures au petit matin, on apprenait que Vincent Marissal et Caroline Proulx allaient quitter la politique à la prochaine élection d’octobre.

Deux personnes issues des médias qui ont fait le saut en 2018. Le premier avec Québec solidaire dont il a claqué la porte en novembre.

La deuxième avec la Coalition avenir Québec où elle a été ministre du Tourisme, brièvement ministre des Aînés puis titulaire de l’Habitation et de la Condition féminine depuis octobre.

Ces deux parlementaires quittent avec le même constat: ils ont contribué pendant huit ans, ils ont aimé leur passage en politique, mais c’est difficile. Physiquement et moralement.

On le dit souvent, les chiffres et les propos de plusieurs élus le confirment, l’arène politique est un champ de bataille de plus en plus dur, partisan, épuisant.

Les réseaux sociaux sont cruels pour les élus et, surtout, les élues. Les vaillants anonymes cachés derrière leur clavier insultent et menacent.

Les raisons pour rentrer à la maison sont variées. La famille, la santé, l’énergie. Le désir de partir au bon moment.

La ministre Caroline Proulx a été particulièrement touchante dans son message sur les réseaux sociaux. Elle ne cache pas que le difficile deuil de sa mère, décédée subitement, a pesé dans la balance.

«Cette période, où j’ai dû me retirer temporairement de la vie publique et renoncer à mes responsabilités ministérielles, a nourri ma réflexion. Elle fait partie du chemin qui m’amène à la décision que je prends aujourd’hui», a-t-elle écrit.

«L’allée de la désillusion»

J’ai trouvé très lucide l’entrevue de Vincent Marissal dans La Presse lundi. Il y confie les raisons pour ne pas briguer de troisième mandat.

Il se dit «abîmé» par des années dans l’opposition, par son départ controversé de Québec solidaire dans un contexte de flirt avec le Parti québécois.

Il évoque la notion de transfuge, justement.

L’ex-chroniqueur de La Presse a couvert en masse la politique dans sa vie. Assez, dit-il, pour savoir que les transfuges n’ont pas la cote. «Ce n’est pas une affaire qui passe super bien, alors, moi, j’avais aussi à déterminer si je le faisais ou non. Puis, honnêtement, la réponse est non.»

Caroline Proulx est encore ministre pour quelques mois dans le gouvernement de la CAQ. Son départ annoncé s’ajoute à celui d’autres grosses pointures caquistes: Geneviève Guilbault, Sonia LeBel, Lionel Carmant, les fidèles Sylvain Lévesque et Jonatan Julien.

J’en oublie un? Ah oui, un certain François Legault.

Vincent Marissal siège comme indépendant aux côtés des ex-ministres Christian Dubé et Lionel Carmant. Avec une autre vedette, l’ex-libérale Marwah Rizqy qui quittera aussi la politique en octobre.

Vincent Marissal appelle «l’allée de la désillusion» cette section du Salon rouge où les indépendants se sont ajoutés au fil des semaines.

Vrai qu’il y a sans doute de la désillusion et un soupçon d’amertume dans la décision de quitter la politique quand on a eu l’impression de ne pas avoir changé le monde autant qu’on aurait voulu.

Du calcul aussi, de voir si on se rembarque dans une campagne avec de véritables chances de l’emporter ou non.

Malgré tout, d’autres embarquent

Malgré les départs, la grande roue de la politique tourne et d’autres prendront le relais.

Mardi, au lendemain des départs annoncés, la péquiste Marie-Karlynn Laflamme, fraîchement élue dans Chicoutimi, a au contraire fait son entrée officielle à l’Assemblée nationale.

Son assermentation était un «mélange de mariage et de graduation», a décrit Paul St-Pierre Plamondon à propos de la souriante septième députée du PQ.

Comme elle, ils seront des centaines à faire le saut encore cette année.

En 2022, 880 candidates et candidats étaient dans la course. Cinq principaux partis présenteront quelqu’un dans chacune des 125 circonscriptions. Ça fait déjà 625.

À cette base de 625 candidats s’ajouteront toutes les candidatures des 16 autres (!) partis pour l’instant autorisés par Élections Québec en prévision du scrutin du 5 octobre. En plus des indépendants.

Beaucoup d’autres élus actuels annonceront leur départ ces prochaines semaines. D’autres travaillent présentement très fort dans l’espoir d’être candidat dans ce monde de fou.

Un monde imprévisible où on part en fin de semaine et on revient le lundi avec une guerre en Iran qui aura un impact sur notre sentiment de sécurité et notre portefeuille.

Un monde polarisé, divisé, lui aussi abîmé.

Mais dans lequel, heureusement, de nouveaux matelots sont assez fous pour prendre le relais de ceux qui quittent le navire.

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