Conflit au Moyen-Orient | Un chef de guerre sans plan

Huit jours après les premiers bombardements en Iran, le président des États-Unis est toujours incapable de formuler clairement ses objectifs.
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5 h 00
Si on ne comprend pas les objectifs, difficile de prévoir la fin de la guerre.
D’un autre côté, ça permet de déclarer la victoire n’importe quand. Cette confusion n’est peut-être donc pas seulement le fruit de l’improvisation, mais une tactique de communication du commandant en chef.
On sent qu’il brûle d’envie de crier victoire à tout moment. Comme il n’en définit pas bien le contenu, libre à lui de choisir le moment.
N’empêche : à quelques heures d’intervalle seulement, Donald Trump a déclaré que la guerre est « très complète, à peu près ». Les combats sont « très en avance sur l’échéancier », a-t-il ajouté.
Plus tard, il a déclaré : « nous avons gagné de plusieurs manières » et « nous allons de l’avant plus déterminés que jamais pour atteindre notre victoire ultime, qui mettra fin à ce danger de longue date une fois pour toutes ».
Quels sont les objectifs précis ? Quelle est cette victoire ultime ?
Neutraliser les capacités militaires de l’Iran, sans doute.
Parfois, il est question de changement de régime. Mais quand c’est le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui parle, cette hypothèse n’est pas sur la table.
Il est ensuite question du programme nucléaire iranien, censé avoir été annihilé par les frappes américaines de 2025. Ce n’était manifestement pas le cas.
Preuve supplémentaire du faible degré de planification : le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, est à peu près fermé à la circulation. C’était pourtant une des conséquences les plus prévisibles de cette guerre. Avec la hausse des prix du pétrole.
Réponse de Trump : si l’Iran continue à entraver la circulation maritime, « nous allons les frapper si fort qu’il leur sera impossible, ou à quiconque leur venant en aide, de récupérer cette partie du monde ».
J’écrivais la semaine dernière que le renversement de ce régime assassin, tortionnaire, commanditaire majeur du terrorisme, qui enrichit de l’uranium malgré les interdictions, et voué à la destruction d’Israël, est un objectif militaire légitime. Déjà, désarmer ce pays dangereux se justifie. Mais jusqu’où ? Jusqu’à quand ?
J’écrivais aussi que je n’ai aucune confiance en la vision géopolitique de Donald Trump.
Une semaine plus tard, ses justifications confuses, contradictoires, n’ont vraiment rien pour nous rassurer.
La seule constance est l’affirmation de la force de frappe de l’armée américaine, de sa puissance militaire « comme le monde n’en a jamais vu ». Tout en répétant que la guerre sera très courte… mais en admettant que ça peut durer longtemps, comme dit Hegseth, car on ne sait jamais…
Il donne l’impression de projeter une fin imminente du conflit uniquement pour calmer la spéculation sur le prix du pétrole.
Peut-être, malgré ses démonstrations de force, le régime très contesté des mollahs sera-t-il éventuellement renversé à la faveur des évènements. Peut-être pas. Impossible de le prédire. Il se peut que le résultat final soit encore plus de souffrance.
Mais ce qui saute aux yeux chaque jour un peu plus, c’est le degré d’impréparation de l’administration Trump pour autre chose que des frappes militaires dont on ne voit pas la fin. Dans le plan pour l’après-guerre, comme dans les tentatives d’alliance internationale pour l’avant-guerre, on est devant une page blanche.




