Grève dans un centre de distribution de Metro | Pénurie de fruits et légumes chez Metro et Super C

Les clients de Metro et de Super C n’auront pas d’ananas pour leur recette de jambon de Pâques ce week-end à moins de faire leur épicerie chez les concurrents. Une grève au centre de distribution de Metro à Laval cause des pénuries de fruits et légumes dans 300 épiceries de la province, selon Metro.
Publié à
5 h 00
« Ils n’ont pas d’ananas pour notre recette. On a dû aller chez Provigo à côté, il y en avait plein les tablettes », racontent en chœur Marie et Martine croisées dans le stationnement du Super C du boulevard Roland-Therrien à Longueuil.
Dans ce commerce visité par La Presse jeudi après-midi, un nombre impressionnant de tablettes de la section des fruits et légumes étaient complètement vides.
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE
De nombreuses tablettes dans la section des fruits et légumes étaient vides jeudi, au Super C du boulevard Roland-Therrien.
« Ça fait vraiment bizarre, lance une autre cliente, Martine, en cherchant en vain des champignons et des raisins. Est-ce que c’est juste pour aujourd’hui ? questionne-t-elle. Comment ça se fait que je n’étais pas au courant ? Je vais être obligée d’aller chez Maxi. »
Une note de la direction imprimée sur une feuille de papier 8 1/2 x 11 et collée à quelques endroits dans la section touchée par la pénurie ne donne pas d’explication précise.
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Dans une note affichée sur les tablettes vides du Metro de la rue Sainte-Catherine, la direction explique que certains produits sont indisponibles pour des raisons indépendantes de sa volonté.
« C’est écrit que c’est hors de leur contrôle, mais on ne sait pas ce qui se passe », ajoute Diane après avoir rangé ses maigres emplettes dans le coffre de sa voiture. « Je suis venue ici pour des choses bien spécifiques, des concombres, de la laitue, mais il n’y en a pas. Je vais aller à côté, chez Provigo. »
La grève des 550 travailleurs du centre de distribution de Laval, du siège social et des chauffeurs de l’entrepôt Mérite 1, à Rivière-des-Prairies, a été déclenchée lundi. Elle est à durée indéterminée.
Les attentes des deux parties étaient inconciliables, selon le syndicat. Jeudi matin, l’offre patronale complète, déposée avant le déclenchement de la grève, a été présentée aux syndiqués lors d’une assemblée. Les membres ont rejeté à l’unanimité les augmentations salariales de 11 % sur six ans, car elles ne couvrent pas les pertes de pouvoir d’achat des employés dues à l’inflation.
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La grève au centre de distribution de Laval a été déclenchée lundi.
Au Metro Plus de la rue Saint-Charles à Longueuil, la pénurie touche surtout les petits fruits, les agrumes et les ananas, indique un employé qui n’est pas autorisé à parler aux médias. « Tout le monde me demande des ananas aujourd’hui », relate-t-il en regarnissant les tablettes de sacs de pommes de terre. C’est grâce à un autre fournisseur qui a livré des fruits et légumes jeudi matin, dit-il, qu’il peut enfin mettre des légumes frais dans les comptoirs, car les frigos au sous-sol du commerce sont vides.
« Ça va s’améliorer »
Au Metro de la rue Sainte-Catherine à Montréal, près de la station de métro Papineau, la pénurie est bien visible. Au Super C juste à côté, un employé en train de remplir les comptoirs de fruits affirme que tout était vide jeudi matin.
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Un employé s’apprête à remplir quelques tablettes, au Super C de la rue Sainte-Catherine, à Montréal.
La situation devrait se résorber d’ici la semaine prochaine ou avant, assure au téléphone Marie-Claude Bacon, vice-présidente, affaires publiques et communications chez Metro.
« C’est probablement qu’on est au pire de la situation aujourd’hui. Chaque jour, ça va continuer de s’améliorer, explique-t-elle à La Presse.
Le temps que le plan de contingence se déploie, ça demande des ajustements et ça peut entraîner des variations temporaires dans notre assortiment de fruits et légumes dans certains de nos magasins.
Marie-Claude Bacon, vice-présidente, affaires publiques et communications chez Metro
« On est bien désolés pour nos clients qui sont impactés, ajoute-t-elle, je peux vous assurer que nos équipes travaillent extrêmement fort à améliorer la situation le plus rapidement possible. »
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Metro affirme que la situation qui touche quelque 300 épiceries devrait se résorber d’ici la semaine prochaine.
Pendant ce temps, les négociations sont sur pause et Mme Bacon ne comprend pas le message syndical publié jeudi. « Ils disent que les employés ont rejeté une offre que nous aurions présentée. Ce que nous démentons. Nous n’avons pas fait d’offre à être présentée aux employés. »
De leur côté, les syndiqués sont en colère, affirme le syndicat.
« On veut envoyer un message clair que ce n’est pas satisfaisant pour l’ensemble des travailleurs. On veut négocier. Quand on a déclenché la grève, l’employeur a annulé les trois séances de négociations prévues cette semaine et depuis, il refuse de négocier », soutient au téléphone le président du Syndicat des travailleurs et travailleuses des épiciers unis Metro-Richelieu-CSN, Matthieu Lafontaine.
Dans un communiqué, le président de la Fédération du commerce-CSN, Serge Monette, rappelle à quel point les dernières années ont été fructueuses pour le groupe Metro.
« En six ans, le chiffre d’affaires a grimpé de 28 %, les profits ont augmenté de 39 % et les dividendes aux actionnaires de 56 %. Les salaires des employé-es, pour la même période ? Seulement 11 % », a-t-il déclaré dans le communiqué publié jeudi.
Le syndicat rapporte que le salaire d’entrée tourne autour de 20 $ l’heure, mais l’employeur rétorque que le salaire de l’employé de référence atteint 33,71 $ l’heure.



