Une grève au goût amer dans l’industrie du sirop d’érable

En pleine saison des sucres, un conflit de travail perturbe les activités d’un des plus grands transformateurs de sirop d’érable du Québec.
Plus de deux semaines après le déclenchement d’une grève, la centaine d’employés de la coopérative Citadelle, à Plessisville, au Centre-du-Québec, sont toujours sur les lignes de piquetage.
Le 18 mars, les employés de Citadelle, qui embouteille et distribue le sirop de plus de 1000 acériculteurs de la province, ont voté à 72 % pour une grève illimitée. Ils sont sans contrat de travail depuis le 1er janvier 2025.
Les négociations, qui duraient depuis 13 mois, ont récemment achoppé sur la durée de l’entente.
La partie patronale souhaite une entente de cinq ans, alors que le syndicat préconise une convention de trois ans, a précisé au Devoir Dany Maltais, représentant syndical des Métallos (FTQ), présent à la table des négociations.
Outre la question du salaire, les points en litige portent principalement sur les conditions de travail et les horaires.
« On a un sirop d’érable qui est rendu autour de la Lune, mais la fabrication est difficile sur la Terre », a imagé M. Maltais, en référence à l’astronaute canadien Jeremy Hansen, qui a amené avec lui du sirop d’érable Citadelle à bord de la mission Artemis II.
Le syndicat dénonce des conditions de travail difficiles, notamment le froid qui règne dans l’usine en hiver.
Citadelle, dont les produits portent aussi les marques Camp, Cleary’s, Smokey Kettle, Shady Maple Farm, est l’un des grands joueurs dans l’industrie acéricole. Fondée en 1925, elle transforme et distribue la production de 1500 membres acériculteurs de la province, notamment dans le reste du Canada et à l’international.
Le choix de déclencher la grève au moment de la saison des sucres n’est pas fortuit, a admis Dany Maltais.
« C’était calculé. […] On ne peut pas laisser passer une autre récolte quand ça fait 13 mois qu’on négocie. »
Les deux parties ne sont pas rencontrées depuis le début du conflit de travail, selon le syndicat des Métallos.
La direction de Citadelle n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Devoir.
Un impact sur les prix ?
Selon Joël Vaudeville, porte-parole de l’association des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), la grève n’affecte pas pour l’instant le roulement de l’industrie de l’érable.
D’après le syndicat, l’usine de Plessisville fonctionne toujours, mais au ralenti, en vertu d’un plan de contingence.
Citadelle possède également des installations à Aston-Jonction, à Château-Richer et à Saint-Quentin, au Nouveau-Brunswick.
Si le conflit s’éternise, les producteurs membres de Citadelle pourraient théoriquement entreposer leur production dans l’enceinte de la réserve stratégique de sirop d’érable.
« La loi nous oblige à traiter sur un pied d’égalité tous les producteurs. Donc un producteur qui est affilié à Citadelle pourrait toujours venir livrer son sirop d’érable [à la réserve stratégique]. Par contre, cela pourrait possiblement le placer en contravention avec ses obligations avec Citadelle et avoir des conséquences pour eux », prévient M. Vaudeville.
La réserve stratégique permet de stabiliser les prix du sirop d’érable en cas de mauvaise récolte ou de conflit de travail, précise PPAQ.
« Ç’a l’avantage de pouvoir éviter les fluctuations de prix, mais également de sécuriser les parts de marché. Lorsqu’on vend en épiceries ou à l’international, on veut pouvoir garantir le produit et son approvisionnement sur le moyen long terme », explique M. Vaudeville.
Premier producteur de sirop d’érable dans le monde, le Québec concentre 72 % de la production mondiale, pour des ventes de 700 millions de dollars par année.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.




