Mission Artemis II | L’équipage reprend contact avec la Terre après être passé derrière la Lune

Après avoir battu le record de distance avec la Terre, le Canadien Jeremy Hansen et ses trois collègues astronautes ont passé sept heures à observer la géologie lunaire. Ils ont notamment scruté la face cachée de la Lune et observé une éclipse solaire depuis la Lune, deux premières pour un vol habité.
Mis à jour hier à
23 h 51
Ce qu’il faut savoir
- Artemis II a battu le record de distance de la Terre d’Apollo 13.
- Les astronautes ont observé 30 cratères et sites géologiques lunaires.
- La face cachée de la Lune a été vue par des humains pour la première fois.
« Les observations ont été un moment fédérateur », a dit l’astronaute David Saint-Jacques. « On n’a pas seulement un nouvel équipage dans la capsule, mais aussi une nouvelle équipe de soutien scientifique. Toute l’équipe lunaire se met en place. »
Le président des États-Unis, Donald Trump, a discuté avec les quatre astronautes en fin de soirée. Jeremy Hansen a dit que le « leadership spatial » de M. Trump est « extraordinaire ». M. Trump a répondu en disant qu’il avait parlé d’Artemis II avec Wayne Gretzky et Mark Carney. « Vous avez beaucoup de courage, je ne suis pas sûr qu’ils voudraient faire cela. Même la Merveille », a dit le président, utilisant le surnom anglais (The Great One) de Gretzky.
Durant une séance de questions du public après l’appel de Donald Trump, le patron de la NASA, Jared Isaacman, a demandé aux astronautes comment avait été la séance de photos de sept heures. Reid Wiseman a mimé des coups de poing pour montrer son enthousiasme. « C’est au-delà de ce monde (out of this world) », a dit Christina Koch, qui a pour passe-temps la photographie astronomique.
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C’est la première fois depuis Apollo 17, en 1972, que l’humain est dans le voisinage de la Lune. La capsule lunaire Integrity a dépassé le record d’Apollo 13 de distance par rapport à la Terre pour un vol habité. Cette mission de 1970 avait été marquée par une explosion qui avait forcé un changement d’itinéraire pour revenir plus rapidement sur Terre. Un film mettant en vedette Tom Hanks a raconté l’odyssée d’Apollo 13.
Le record a été établi avec une distance de 406 771 km pendant une interruption des communications avec la Terre, entre 18 h 45 et 19 h 25. « Ça a été un moment intense pour eux, ils étaient seuls au monde, dit M. Saint-Jacques. Et après, émotivement, c’est le début du retour. » Les astronautes se sont réconfortés pendant l’interruption des communications en mangeant des biscuits à l’érable.
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Les observations lunaires ont fait rêver Jasmin Robert, directeur général de la Fédération des astronomes amateurs du Québec. « Les descriptions sont faites avec enthousiasme et émotion et ne peuvent être reproduites par les images transmises par des sondes. Mais ce qui m’a le plus impressionné est la couleur de la surface de la Lune vue de proche : ils la décrivent comme ayant une teinte brunâtre et non grisâtre ! Quand on pense qu’Artemis II n’est que le début d’un futur où l’humain assurera une présence continue sur la Lune, on ne peut que rêver à ce qui nous attend sur ce nouveau monde qui ne demande qu’à être exploré. »
Les astronautes d’Artemis II sont les premiers à voir la face cachée de la Lune. Les missions Apollo étaient planifiées pour que le Soleil éclaire les endroits où les alunissages étaient faits, plutôt que la face cachée. Environ 21 % de la face cachée de la Lune a été visible pour les quatre astronautes.
Luminosité
Les astronautes ont beaucoup parlé des différences de luminosité sur de petites sections de la Lune : le reflet du Soleil sur les pics d’une zone lunaire où le sol n’était pas éclairé, des petits cratères qui sont beaucoup plus illuminés, des sommets de cratères qui ont une apparence neigeuse. Le terme pour la luminosité qui est utilisé par les astronautes est « albédo », qui désigne la capacité du sol à refléter la lumière solaire.
« Les cratères plus récents ont un albédo plus élevé », explique Caroline-Emmanuelle Morisset, scientifique principale des sciences lunaires et planétaires de l’Agence spatiale canadienne (ASC).
PHOTO FOURNIE PAR LA NASA
La Lune, vue depuis Integrity
Éclipse
Les astronautes d’Artemis II se sont relayés au fil des sept heures d’observations. L’un regardait et décrivait ce qu’il voyait, un autre prenait des photos, un troisième prenait des notes et un dernier lisait les procédures d’observation planifiées. À la fin de la journée, une éclipse solaire a été observée pour la première fois par des humains depuis la Lune. Pendant l’éclipse les astronautes ont observé quatre micrométéorites frapper la Lune, un phénomène qui sur Terre donne des étoiles filantes.
Les astronautes ont fait les observations en suivant un plan sur une application pour tablette conçue spécialement pour la mission. Ils ont eu des formations en géologie, avec notamment des excursions scientifiques en Islande, dont le sol rocheux est l’un des endroits de la Terre qui se rapproche le plus de la Lune. Pendant les observations, elle avait pour les quatre astronautes la taille d’un ballon de basketball tenu à bout de bras.
La capsule Integrity est dans la zone d’influence gravitationnelle de la Lune depuis le milieu de la nuit de dimanche à lundi et y demeurera jusqu’à mardi, 13 h 30.
À partir de 14 h 45, les quatre astronautes d’Artemis II ont passé près de sept heures à observer 30 sites lunaires, dont certains sur le pôle Sud pourraient abriter de l’eau glacée.
Alain Vézina, de la Société d’astronomie du Planétarium de Montréal, est particulièrement intéressé par les images du pôle Sud lunaire. « On ne connaît pas beaucoup le pôle Sud. Il y aurait probablement de la glace, alors on veut y aller avec une mission habitée. » Le pilote Victor Glover a rapporté que le sol est beaucoup plus accidenté sur le pôle Sud qu’ailleurs sur la Lune.
Un alunissage est prévu avec Artemis IV en 2028 sur le pôle Sud. La Chine prévoit un alunissage habité en 2030.
Les larmes d’un commandant
Des larmes ont accueilli la première observation. « Son nom était Carroll, l’épouse de Reid et la mère de Katie et Ellie », a dit Jeremy Hansen en annonçant que l’équipage d’Artemis II avait décidé de nommer un cratère sans nom en l’honneur de la femme du commandant Reid Wiseman, morte en 2020.
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Le commandant Wiseman a pleuré, a tenu l’épaule de Jeremy Hansen, puis lui a donné une accolade. Christina Koch s’est aussi essuyé les yeux. L’émotion a monté d’un cran quand les quatre astronautes se sont réunis pour un câlin de groupe.
La voix de l’astronaute canadien a tremblé quand il a épelé le nom Carroll, témoigne David Saint-Jacques. « C’est beau de voir des gars qui se permettent d’être vulnérables, dit M. Saint-Jacques. C’est ça, la vraie force. Jeremy et Reid sont meilleurs chums, Jeremy a beaucoup aidé la famille quand Carroll était malade. »
Le cratère Carroll a été choisi parce qu’il sera souvent visible depuis la Terre.
La biographie officielle du commandant Wiseman indique qu’élever seul ses deux filles depuis le cancer fatal de leur mère a été « le plus grand défi et la phase la plus gratifiante [rewarding] de sa vie ».
Une maman et ses deux filles
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PHOTO FAMILLE WISEMAN, FOURNIE PAR LA NASA
Reid Wiseman et sa femme Carroll
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PHOTO TIRÉE DU COMPTE X DE REID WISEMAN
Reid Wiseman avant le lancement d’Artemis II avec ses filles Ellie (à gauche) et Katherine
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PHOTO TIRÉE DU COMPTE X DE REID WISEMAN
Reid Wiseman avant le lancement d’Artemis II avec ses filles Ellie (à gauche) et Katherine
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La mission au jour le jour
- Mardi 7 avril, 13 h 30 : Integrity sort de la zone d’influence lunaire.
- Mardi 7 avril, 15 h 30 : Conversation entre les astronautes d’Artemis II et de la Station spatiale internationale
- Vendredi 10 avril, 21 h : Amerrissage au large de la Californie
En savoir plus
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6550 km
Distance à laquelle s’est approchée la capsule Integrity de la LuneSource : nasa
400 171 km
Distance maximale d’Apollo 13 avec la TerreSource : nasa
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377 000 km
Distance maximale d’Apollo 8, qui en 1968 a fait le tour de la Lune comme Artemis II, avec la TerreSource : nasa




