David Reinbacher, l’eau sous les ponts et le dernier échelon

LAVAL – Lorsqu’on lui suggère que l’attention autour de David Reinbacher a baissé d’un cran ou deux, au point d’avoir atteint un niveau relativement sain, dans la dernière année, Pascal Vincent tourne autour du pot pendant un temps, puis finit par livrer le fond de sa pensée.
« Je trouve qu’on en parle encore beaucoup trop », lâche l’entraîneur-chef du Rocket de Laval.
Vincent, c’est vrai, n’a pas arrêté d’aligner les entrevues au sujet du prometteur défenseur cette saison. Et comme entraîneur d’un club-école bien nanti en espoirs, il lui revient de donner les tapes dans le dos aux bonnes personnes aux bons moments. Une pluie d’éloges mal canalisée et un vestiaire peut rapidement prendre l’eau. « Je suis plus un gars avec une vision d’équipe au-delà de l’individu », se décrit Vincent.
Il suffit toutefois de se rappeler la tempête dans laquelle Reinbacher a été accueilli dans la Ligue nationale pour convenir que la chaleur a diminué autour de l’ancien choix de première ronde. Le temps et ce que la direction du Canadien en a fait semblent avoir fait leur œuvre.
Reinbacher a été repêché par une équipe qui venait de finir au 28e rang du classement général de la Ligue avec une récolte de 68 points. Au dernier match de cette saison à oublier, la brigade défensive du CH était composée de Frédéric Allard, Justin Barron, Joel Edmundson, Johnathan Kovacevic, Mike Matheson et Chris Wideman.
Alors oui, le grand défenseur repêché au cinquième rang quelques mois plus tard était mieux d’être bon!
Près de trois ans plus tard, Reinbacher fait son petit bonhomme de chemin dans un contexte totalement différent. Le Canadien l’intégrera avec bonheur dans son groupe de défenseurs le moment venu, mais en attendant sa brigade est plutôt bien nantie. Les succès de l’équipe, qui entrera en séries comme l’une des favorites dans l’Est, sont aussi propices à la patience.
Dimanche, après la victoire contre les Islanders de New York, les médias affectés à la couverture de l’équipe ont davantage axé leur histoire sur les 100 points de Nick Suzuki. Les débuts du joyau autrichien dans la LNH ont surtout servi à mettre de la viande autour de l’os.
Une décision éditoriale logique en 2026, mais qui aurait été difficile à prédire en 2023.
La conversation évolue et éventuellement, Vincent adapte son point de vue.
« Le monde a des attentes, mais je pense que t’as raison. Ces attentes-là ont comme bifurqué un petit peu », est prêt à envisager l’entraîneur de 54 ans.
« C’est sûr que la venue de [Noah] Dobson et [d’Alexandre] Carrier change la donne. Surtout Dobson, un droitier. » Silence de quelques secondes. « Pis c’est tant mieux, enchaîne-t-il. Au fil des années, ce que j’ai appris, c’est que si tu undercook un joueur dans la Ligue américaine, si tu ne le cuis pas assez, tu vas le brûler dans la Ligue nationale. […] J’ai vu des joueurs qui ont monté rapidement. Tout le monde est content, le jeune est content, la famille est contente, mais c’était un cadeau empoisonné. Sur le moment, c’était le fun, mais ça a créé un doute dans la tête du jeune parce qu’il n’était pas prêt. Et un coup que ça, c’est créé, c’est dangereux. Alors il faut que tu le gardes dans la Ligue américaine le plus longtemps possible et dès que tu sais qu’il est prêt, bang, il monte et il joue. »
Une première audition réussie pour Reinbacher À l’Antichambre, nos panélistes discutent du premier match dans la LNH de David Reinbacher.
« On n’est pas encore où on peut aller »
Alors, Reinbacher a-t-il passé suffisamment de temps sur le grill ou a-t-il encore besoin d’un peu de cuisson?
Il a certainement fait belle figure à son baptême. Ses récupérations en fond de territoire, son sang-froid sous pression, sa prise de décision en relance, sa contribution en zone offensive… autant de cases cochées sur la liste des points à surveiller durant les quelque onze minutes qu’il a passées dans l’action.
Vincent croit que cette entrée en matière réussie fera grand bien à son poulain. « De vivre cette expérience, ça va lui enlever un peu de poids sur les épaules. D’avoir joué un match, de voir que ‘Ok, je suis capable de jouer ici’. »
Ceci dit, il serait prématuré de croire que Reinbacher, qui n’a encore que 78 matchs d’expérience dans la Ligue américaine, est mûr pour un rôle quotidien dans le show. Pour Vincent, l’athlète de 21 ans n’a pas atteint la maturité physique nécessaire pour soutenir les rigueurs d’un hiver au sommet de la pyramide.
« Garder ses décisions un peu plus simples avec la rondelle, on progresse, même si on n’est pas encore où je pense qu’on peut aller. Mais sa game défensive, [son contrôle de la distance avec les attaquants, la façon de défendre le devant de son filet]… Il y a un paquet de ces affaires-là qu’il n’arrive pas à faire présentement, juste parce que sa force physique n’est pas encore à point. Il essaye, mais c’est pas encore ça. Les résultats ne sont pas nécessairement positifs, mais l’intention est positive. Je pense que là, on est rendus à une étape où il comprend comment ça se joue ici. Je dirais que c’est ça la grosse différence avec la photo du début. »
« On commençait à développer un certain momentum aux Fêtes et là je pense qu’il a compris. Ce n’est pas linéaire, une progression, il y a des hauts et des bas, mais on monte l’échelle présentement. »
Vincent a vu trop de joueurs perdre pied sur cette proverbiale échelle parce qu’ils ont mal géré la déception de la première rétrogradation. Il sera probablement là, le prochain défi de David Reinbacher : reprendre où il avait laissé à Laval et profiter d’un potentiellement long parcours éliminatoire pour confirmer les gains réalisés dans cette saison formatrice.




