«Un bateau, c’est un trou dans lequel tu dépenses de l’argent»: l’héritage encombrant de la pandémie

La pandémie a provoqué une ruée vers la navigation de plaisance, mais la passion s’est évaporée aussi vite que les finances pour certains propriétaires, qui ont abandonné le navire sur la terre ferme.
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La navigation entraîne depuis toujours son lot de rêveurs, mais ils n’ont pas toujours les moyens de leurs ambitions.
« Là-dedans, 50 % et peut-être même plus, ce sont des rêveurs, dit Yvon Vannini, propriétaire d’une marina située à Repentigny, en désignant la trentaine de bateaux en ruine. Ils voient des films, c’est de toute beauté, ils sont dans un lagoon quelque part… »
Partout en province, des marinas sont prises avec des épaves qui ne leur appartiennent pas et qui leur coûtent des milliers de dollars à gérer. Crédit : Audrey Ruel-Manseau, Agence QMI. dossier Bateaux abandonnés
AUDREY RUEL-MANSEAU/AGENCE QMI
Ce rêve de liberté a toutefois eu l’effet d’un chant de sirène au plus fort de la pandémie.
« Il y a eu un boom, vraiment », souligne Michel Sacco, plaisancier, journaliste nautique depuis 30 ans. « Les gens ne pouvaient plus voyager. Ils se sont dit : « Tiens, et si j’avais un bateau ? »
Sauf que ne s’improvise pas navigateur qui veut, et les contraintes se font vite sentir.
« On découvre qu’on n’est peut-être pas compétent. Qu’il ne fait pas toujours beau. Que ça coûte cher, entretenir un bateau. Au bout de deux ans, le rêve se fane. Et au bout de trois ans, on se dit qu’on a eu une drôle d’idée d’acheter un bateau », évoque M. Sacco, également ex‐éditeur du magazine spécialisé L’Escale nautique.
10 000 $ par année
Les frais annuels pour une embarcation de plaisance sont salés : place à quai l’été, entreposage l’hiver, hivernisation, entretien et assurances.
« Ça peut coûter 10 000 $, facilement », estime, pour une embarcation de 30 pieds, Pierre L’Espérance, responsable du terrain de la Marina de Longueuil. Et c’est sans compter l’essence.
« Ils ont payé leur bateau une fois et demie plus cher pendant la COVID », rapporte M. L’Espérance. « Aujourd’hui, ils essaient de le revendre et ils ne sont pas capables. Alors, ça donne ça », dit-il en pointant des épaves, vestiges de la pandémie.
Abandonner une embarcation sur l’eau est illégal en vertu de la Loi fédérale sur les épaves. Mais, dès que le bateau sort de l’eau, c’est le code civil qui s’applique, laissant tout le fardeau aux marinas. Sur la photo, Pierre L’Espérance, responsable du terrain de la Marina de Longueuil. Crédit : Audrey Ruel-Manseau, Agence QMI. dossier Bateaux abandonnés.
AUDREY RUEL-MANSEAU/AGENCE QMI
« Tous ces gens-là n’ont pas prévu qu’un bateau, c’est un trou dans lequel tu verses de l’argent », témoigne le propriétaire de la Marina de la Rive-Nord, Yvon Vannini.
Le bois refusé des rêves inachevés
À la Marina Bellerive, à Saint-Ours, la majorité des bateaux abandonnés étaient des bateaux de bois. Dans ce cas, on parle d’embarcations qui demandent énormément d’entretien. La cour comptait jadis une dizaine d’épaves. Aujourd’hui, il n’en reste que deux.
« On a éliminé ça en n’acceptant plus de bateaux de bois. Souvent, ces bateaux-là, ce sont des projets, des rêves, et ça demande beaucoup d’amour. Les gens travaillent dessus un an ou deux, et hop ! ils disparaissent », raconte Jérémy Ménard, copropriétaire de la marina.




