TVQ abolie sur des produits | Fréchette veut en faire plus pour réduire le coût de la vie

(Lévis) La première ministre Christine Fréchette fait de la réduction du coût de la vie sa « priorité numéro un » même si, pour y arriver, elle défonce la petite caisse que le ministre des Finances, Eric Girard, lui a réservée pour réaliser ses promesses.
Mis à jour le
23 mai
Le grand argentier du gouvernement lui a d’ailleurs lancé une mise en garde au sujet du rythme de ses dépenses. Un avertissement qui n’a pas freiné son élan.
« Malgré tout ce qu’on a déjà fait, on doit en faire encore plus, c’est sûr. On doit aller encore plus loin ! », a soutenu Christine Fréchette dans son discours de clôture du conseil général de son parti, samedi à Lévis.
C’était son premier conseil général à titre de première ministre, mais aussi son dernier avant la campagne électorale qui sera lancée dans trois mois.
La priorité numéro un de notre nouveau gouvernement, c’est de diminuer le coût de la vie des Québécois. C’est notre priorité numéro un parce qu’on doit aider un maximum de Québécois à joindre les deux bouts. On doit les aider financièrement.
Christine Fréchette, première ministre du Québec
Lundi, Christine Fréchette annoncera que la TVQ sera abolie sur une série de produits à l’épicerie et à la pharmacie, comme les barres granola, les muffins, les noix, les fruits et légumes déjà coupés, les mouchoirs et le papier hygiénique. C’est une promesse qu’elle avait faite lors de la course à la direction de la CAQ. Sa réalisation n’était qu’une question de temps.
Cette mesure représenterait une économie annuelle de 50 $ par ménage. Elle coûtera 100 millions de dollars par année à l’État, selon le Journal de Québec.
Christine Fréchette a signalé que d’autres mesures seraient annoncées « pour venir en aide [à] ceux qui en ont le plus besoin ».
Une petite caisse qui se vide
Avec la détaxation et les autres annonces faites depuis sa victoire de la mi-avril, Christine Fréchette défonce la petite caisse de 250 millions par année qu’Eric Girard avait réservée dans son budget pour permettre au successeur de François Legault de concrétiser ses engagements.
PHOTO CHRISTINNE MUSCHI, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Avec l’abolition de la TVQ sur certains produits et les autres annonces faites depuis sa victoire de la mi-avril, Christine Fréchette défonce la petite caisse de 250 millions par année qu’Eric Girard (à gauche) avait réservé dans son budget pour permettre au successeur de François Legault de concrétiser ses engagements.
Elle a déjà utilisé 140 millions pour financer sa promesse de rembourser une part importante des droits de mutation immobilière (« taxe de bienvenue ») aux nouveaux acheteurs, 50 millions pour baisser les impôts des PME et 22 millions pour bonifier les soins à domicile.
Si l’on ajoute les 100 millions liés à la détaxation prochaine de produits, le total se chiffre à environ 312 millions jusqu’à maintenant.
« On travaille pour répondre aux besoins des Québécois. La situation n’est pas facile en ce moment pour les Québécois », s’est justifiée Mme Fréchette lors d’une mêlée de presse.
Lors de la présentation de son budget, Eric Girard avait signalé que si le prochain chef avait besoin de plus de 250 millions, l’argent nécessaire serait puisé dans la « provision pour éventualités » – le coussin normalement réservé aux imprévus. On n’en serait pas encore là, car une « marge de manœuvre supplémentaire » est apparue dans les coffres de l’État, notamment en raison d’une hausse des transferts fédéraux supérieure aux prévisions, dit-on au gouvernement. Cette marge de manœuvre permet de payer des dépenses excédentaires, selon lui.
Il reste que le budget du Québec est écrit à l’encre rouge vif : le déficit anticipé s’élève à 8,6 milliards cette année.
Mise en garde
Dans un courriel envoyé le 2 mai, au moment où Mme Fréchette avait déjà réalisé certaines promesses et préparait d’autres annonces, Eric Girard l’a mise en garde. « Je me dois de souligner que je suis inquiet du nombre d’annonces considérées par notre gouvernement depuis votre élection », a-t-il écrit à la première ministre dans ce courriel que Radio-Canada a obtenu.
PHOTO JOCELYN RIENDEAU, LE SOLEIL
Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard
Les Québécois sont « intelligents » et « savent compter », ajoute-t-il. Ils « connaissent l’état des finances publiques et souhaitent une première ministre responsable qui ne dépense pas à tout vent comme son prédécesseur était perçu ».
Pour Christine Fréchette, il est « important » que le ministre des Finances lui « partage sa lecture ». Mais elle dit avoir, à titre de première ministre, un « regard à portée plus large » : elle doit trouver le « bon équilibre » entre « la gestion des finances publiques » et « la réponse aux besoins des Québécois ».
Quant à Eric Girard, il a tenté de relativiser le courriel envoyé à la première ministre en disant qu’il en avait écrit des « milliers » du même genre au cours de sa carrière professionnelle.
Le grand argentier du gouvernement a signalé que « la situation des finances publiques est un peu meilleure que prévu » dans le budget de mars.
À saveur électorale
Le conseil général de la CAQ a surtout été consacré à des préparatifs électoraux tenus à huis clos. Le discours de clôture de Christine Fréchette donnait d’ailleurs l’impression d’une répétition générale avant la campagne électorale.
Elle a accusé « le PQ de Paul St-Pierre Plamondon et le PLQ de Charles Milliard [de vouloir] nous ramener 30 ans en arrière en nous imposant leur débat référendaire ». « Messieurs, les Québécois, on est rendus ailleurs », a décoché Mme Fréchette.
Le Parti libéral, c’est pour Mme Fréchette « la résignation face au déclin du français et la défense de l’identité québécoise ». Le Parti québécois, c’est « l’illusion », celle de « penser que c’est le bon moment pour tenir un référendum sur l’indépendance ». « Allô, la Terre ! », a-t-elle pesté.
Quant à la CAQ, c’est « l’ambition », a-t-elle dit, un mot que les militants se sont mis à scander.
« Il y a à peine un mois, pas grand monde ne donnait cher de notre peau. Encore aujourd’hui, il y en a beaucoup qui doutent qu’on ait des chances de gagner les prochaines élections. Moi, je suis convaincue qu’on peut le faire, et je suis convaincue qu’on va le faire », a lancé Mme Fréchette, déclenchant des « olé ! olé ! olé ! », le chant traditionnel des matchs du CH, dans la foule. Ce n’était pas un hasard si de nombreux caquistes portaient le chandail du Canadien et d’autres vêtements à son effigie.
« On va être à l’image de nos équipes de hockey, notre Victoire de Montréal et nos Canadiens de Montréal : on va faire mentir les prédictions et on va gagner les prochaines élections ! Au travail ! Go, Habs, Go ! », a lancé Mme Fréchette sous les applaudissements.



