Une fin abrupte pour le musée de Louis Garneau

Le 16 mai, Louis Garneau ouvrait son musée du vélo aménagé dans l’ancienne église de Sainte-Christine-d’Auvergne, dans Portneuf.
Quelques pièces de sa collection de 300 vélos y étaient exposées, tout comme une sélection de ses œuvres d’art. Un espace café faisait également partie des plans de l’ex-olympien afin d’animer ce bâtiment centenaire.
La métamorphose de l’église désacralisée en un attrait touristique était dans les cartons de l’homme de 67 ans depuis l’automne 2025. Après avoir imaginé les grandes lignes de cette transformation, M. Garneau a officiellement mis la main sur le bâtiment pour un peu plus de 130 000 $ en février 2026.
Au fil des derniers mois, il préparait l’inauguration de ce qu’il appellera l’Espace Louis-Garneau.
Mais, pas moins de 24h après le coup d’envoi, l’instigateur du projet a fait marche arrière, a appris Le Soleil.
L’église de Sainte-Christine-d’Auvergne a de nouveau été mise en vente pour 159 000 $. Le site web de l’Espace Louis-Garneau informe que le point final de cette aventure a été posé. «Louis Garneau se retire de cette aventure en remerciant sincèrement toutes les personnes qui ont manifesté leur intérêt et leur enthousiasme pour ce lieu unique», est-il partagé brièvement.
Sur le réseau social Facebook, certains visiteurs indiquent s’être butés à une porte fermée au cours de la dernière fin de semaine.
Joint par Le Soleil, M. Garneau n’a pas souhaité émettre de commentaires. «J’ai décidé de prendre ma retraite et de me reposer avec ma famille», affirme-t-il, dans un échange de textos.
Un aimant touristique
Parmi les enthousiastes à l’égard de ce projet de requalification figure le maire de Sainte-Christine-d’Auvergne qui y voyait un potentiel de développement économique. «Le 17, donc le lendemain matin [de l’ouverture], je recevais un téléphone de M. Garneau me disant que c’était terminé pour le projet de l’église», raconte Marc Ouellet, nouveau maire de ce village de plus de 700 âmes.
«C’est une nouvelle qui nous a pas mal surpris, je vous dirais», admet-il, sur le champ.
Ce dernier n’est pas amer, même s’il est déçu de la fin de ce projet porté depuis son arrivée en poste en novembre 2025. «Je ne peux pas dire que je saute au plafond. La vie est ainsi faite, on ne contrôle pas tout», glisse-t-il.
Bien qu’il ne soit pas au courant de tous les détails, le maire indique que des raisons de santé ont été évoquées par Louis Garneau afin d’expliquer la courte existence du musée.
«Il n’y a pas eu de chichi ni de chicane. Tout va bien. J’ai parlé à M. Garneau, je lui ai dit que je comprenais sa situation.»
— Marc Ouellet, maire de Sainte-Christine-d’Auvergne
Afin d’assurer la concrétisation de ce projet à vocation patrimoniale et artistique, le maire aura utilisé des incitatifs mis à sa disposition. «Pour le supporter dans tout cela, le conseil a décidé de donner à la Fondation Louis Garneau indirectement pour l’équivalent de la valeur des taxes, ce qui fait en sorte que les taxes lui revenaient à zéro. La municipalité s’engageait à investir 2400 $ pour la Fondation», explique-t-il.
Il ajoute que la municipalité se chargeait également de l’entretien du terrain en hiver comme en été, tout en facturant le coût de ces travaux à la pièce au propriétaire des lieux.
À terme, Marc Ouellet est persuadé que cette nouvelle offre aurait bénéficié autant aux résidents du coin qu’aux touristes. «Ça aurait fait un achalandage intensif au niveau des visites du musée, surtout par des gens de vélo, parce qu’il y a beaucoup de cyclistes qui passent par la 354 à travers notre village.»
En réalité, le parvis de l’ancienne église sert déjà à accueillir des sportifs le temps d’une brève pause. «J’imagine que ça va continuer. C’est sûr que l’attrait du musée ne sera plus là. Mais c’est sa décision», souffle-t-il.
Bientôt vendue?
Le bâtiment érigé en 1894 a été mis en vente jeudi dernier par l’entremise de l’agence immobilière Via Capitale.
Au téléphone, le courtier responsable de la vente, Charles Asselin, affirme que l’église reçoit une belle vague d’intérêt. Il a reçu une trentaine d’appels depuis la mise en marché.
Bien des intéressés ont pour visée de proposer un projet en cohérence avec les besoins de la municipalité, affirme celui qui a également piloté la vente précédente. Les locaux de l’église étaient entre autres utilisés pour des activités communautaires ainsi que le camp de jour.
Pour sa part, le maire de Sainte-Christine-d’Auvergne, qui se décrit comme un amoureux du patrimoine, rappelle l’importance que l’église a dans le noyau villageois. «L’église dans un village comme le nôtre, c’est un peu comme une tour Eiffel ou un phare. C’est un endroit de rassemblement», espère-t-il préserver comme vocation.
UN DÉPART DU MILIEU DES AFFAIRES
Au moment d’inaugurer son musée à la mi-mai, Louis Garneau annonçait d’un même élan sa retraite du monde des affaires.
En effet, il y a un peu plus d’un an, il avait mis sur pied une boutique en ligne de vêtements et d’accessoires destinés aux cyclistes: LG Art Factory. L’entrepreneur avait par la suite lancé deux nouvelles marques de vélos. Une vente de fermeture est présentement en cours.
Ce retour en affaires survenait après que l’athlète ait vu l’entreprise qu’il avait fondée en 1983 être vendue à Lolë. Une dette de plus de 19 millions de dollars avait été cumulée, forçant ainsi la compagnie à se placer à l’abri de ses créanciers.
Quelques jours avant la grande ouverture de l’Espace Louis-Garneau, il présentait cette implication dans le milieu muséal et artistique comme sa dernière carrière.




