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Primaires républicaines | Quand Trump gagne « trop »

(Washington) Nous allons tellement gagner que nous serons épuisés de gagner, promettait naguère Donald Trump. Il parlait des États-Unis sous sa gouverne, qui auraient presque « trop » de succès.


Publié à
6 h 00

La question se pose maintenant pour son propre parti. Le président est-il en train de gagner « trop » en écrasant toute apparence de « déloyauté », toute critique dans son propre parti ?

Donald Trump a une fiche parfaite ces derniers temps. À six mois des élections de mi-mandat, il a réussi à éjecter de son parti plusieurs élus importants jugés déloyaux.

Sa toute-puissance dans le parti est incontestable. Elle est peut-être néanmoins la meilleure nouvelle depuis longtemps pour les démocrates.

Il y a eu le représentant du Kentucky Thomas Massie, qui a milité pour la publication du dossier Epstein et critiqué ouvertement le président. Puis le sénateur de Louisiane Bill Cassidy, qui avait eu l’audace de voter pour la destitution de Donald Trump, en 2021. Tous deux ont été battus lors de primaires de leur parti par des candidats choisis ou appuyés par Trump.

Mardi, ce fut au tour du sénateur John Cornyn, du Texas, qui siège depuis 24 ans à la Chambre haute et qui est un des acteurs les plus influents dans son parti. C’est un des plus sûrs alliés de Donald Trump. Sur les questions fiscales, l’immigration, les nominations judiciaires et autres, il vote systématiquement avec son parti.

PHOTO JORDAN VONDERHAAR, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Le sénateur républicain John Cornyn, du Texas

Mais voilà, il a eu le malheur en 2023 de dire que Donald Trump était fini, qu’il ne pourrait pas être réélu, car il n’attirait que la base MAGA. Trump a gagné la nomination de son parti et le sénateur s’est rangé immédiatement derrière lui. Mais c’est le genre de chose que Donald Trump n’oublie pas.

Mardi, donc, le procureur général du Texas, une fripouille du nom de Ken Paxton, a battu Cornyn à plates coutures. Paxton sera donc le candidat républicain pour le Sénat du Texas en novembre.

Est-ce la victoire de trop ? Plusieurs républicains expriment leur malaise ouvertement.

Paxton a fait l’objet d’enquêtes et survécu incroyablement à un procès en destitution au Texas. Il était accusé de corruption et de pots-de-vin, notamment pour avoir fait réaliser des travaux chez lui en échange d’avantages juridiques pour un entrepreneur qui avait des ennuis avec la loi.

L’automne dernier, il a déposé une poursuite contre le fabricant de Tylenol, après la conférence de presse de Robert F. Kennedy fils et de Donald Trump où ils affirmaient sans preuve que le médicament, quand il est administré aux femmes enceintes, cause l’autisme. La poursuite, menée par un cabinet d’avocats qui a échoué plusieurs fois ailleurs dans le même type d’actions, a été déposée dans un petit district judiciaire où il n’y a qu’un juge, manœuvre censée en accroître les chances de succès.

Pour les démocrates, c’est une sorte de cadeau. Paxton, comme Trump, a beau être populaire chez les républicains convaincus, il peut être un fameux repoussoir pour les indépendants et un stimulant pour les démocrates désabusés.

L’autre raison qui pourrait faire de ces triomphes des victoires « nuisibles », c’est que les primaires entre républicains laissent des traces. Des dizaines de millions (plus de 100 dans le cas du Texas) ont été engloutis dans des campagnes massives de publicité négative entre frères politiques. Tous les coups sont permis, à seulement six mois des élections de mi-mandat. Il en restera quelque chose.

Au Texas, les républicains pro-Cornyn ont commencé le travail de diffamation contre Paxton.

L’autre chose, c’est que les éjectés, Massie, Cassidy, Cornyn, sont en poste jusqu’en janvier. Ils gardent leurs pleins pouvoirs de vote, leur liberté d’expression et leur potentiel de nuisance.

Ils demeurent des conservateurs, sinon des ultraconservateurs ; ils sont très loin de virer au « bleu ». Mais dans les votes clés, ils peuvent très bien ralentir le programme de Trump.

Et puis ces gens ont des amis, des alliés. Jusqu’ici, ceux qui ont protesté contre l’arrivée des candidats de Trump sont essentiellement ceux qui partent à la retraite ou les républicains modérés comme Susan Collins (Maine) et Lisa Murkowski (Alaska), bref, les suspects habituels. Mais si leur survie politique est menacée par une trop grande association avec Trump, on risque d’en voir prendre un pas de recul.

Les démocrates ont des fantasmes texans depuis longtemps. La démographie, dit-on, joue en leur faveur, dans cet État dont les grandes villes sont jeunes, multiethniques et de plus en plus latinos. Les projections basées sur les vieilles habitudes de vote des différentes communautés ne se sont pas réalisées. Donald Trump a gagné l’État par 14 points. L’une des clés de son succès : le vote des jeunes latinos, les hommes surtout, qui ont rompu avec les habitudes de leurs parents.

PHOTO DESIREE RIOS, THE NEW YORK TIMES

Des partisans suivent la soirée électorale sur Fox News, à Plano, au Texas, mardi

Les derniers sondages indiquent cependant que ces électeurs sont de retour chez les démocrates, et massivement. Le candidat démocrate pour le Sénat, James Talarico, un chrétien conservateur de 37 ans, pourrait créer la surprise en novembre.

En même temps, six mois, c’est très proche et très loin. Parier contre les républicains et Donald Trump au Texas n’a jamais été une bonne idée depuis deux générations. Tous les rêves démocrates, gonflés entre les scrutins, se sont évanouis élection après élection.

Jusqu’à preuve du contraire, donc, le triomphe de Paxton (64 % des votes !) est simplement une autre victoire de Donald Trump dans son parti, et toute une.

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