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Le déficit du Québec dégonflé de 2,8 milliards

Les bonnes nouvelles ne pleuvent pas. Mais en voici une, qui touche indirectement votre portefeuille : le déficit du Québec pour l’année terminée le 31 mars dernier est finalement beaucoup plus bas que prévu.

Plus bas de combien  ? De 2,8 milliards de dollars ou 28 %. Cet écart, majeur, se trouve dans le Rapport sur la situation financière, publié jeudi à 16 h. Et à moins d’un nouveau choc économique, il augure bien pour le retour à l’équilibre budgétaire du Québec, prévu en 2029-30, dans trois ans.

Voyons dans le détail. En mars dernier, le ministre des Finances Eric Girard a annoncé une révision à la baisse du déficit envisagé pour l’année 2025-26, qui se termine le 31 mars 2026. Ce déficit après versement au Fonds des générations passait des 13,6 milliards qui étaient prévus à 9,9 milliards.

Ce chiffre de 9,9 milliards restait toutefois une estimation, puisqu’au moment du dépôt du budget, le 18 mars, le gouvernement n’avait pas encore toutes les données pour calculer le déficit réel de l’année qui se termine le 31 mars. Il faut quelques mois – et les déclarations de revenus de 2025-avant d’avoir l’heure juste.

Justement, les données plus à jour sont sorties jeudi à 16 h. Et ce déficit de 9,9 milliards s’avère être plutôt de 7,2 milliards, soit 2,8 milliards plus bas (2,76 milliards arrondis).

« On avait budgété de façon conservatrice », me dit au téléphone Eric Girard, très heureux de ce portrait plus rose, dans le contexte où le gouvernement caquiste a été critiqué pour sa gestion des finances publiques.

Deux grandes raisons expliquent cet heureux écart. D’abord, les entrées de revenus autonomes sont près d’un milliard de dollars plus importantes que prévu(1). Ce bond s’explique notamment par des recettes plus importantes tirées de l’impôt des sociétés et des taxes à la consommation. En incluant les transferts fédéraux, en baisse, les recettes totales sont en hausse de près de 600 millions.

Surtout, les dépenses de portefeuille s’avèrent significativement plus faibles, de 2,2 milliards. Plusieurs ministères ont contribué à cet effort, selon le rapport, notamment le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation et le ministère de l’Économie.

Une bonne partie de cette économie de 2,2 milliards dans les dépenses est récurrente, tandis qu’une autre portion est plutôt un « rythme de réalisation plus lent que prévu des projets d’infrastructure subventionnés », indique le document.

Le déficit du Québec avant versement au Fonds des générations – celui comparable aux autres provinces – passe donc à 4,9 milliards de dollars, en baisse lui aussi de 2,8 milliards.

Ce déficit représente l’équivalent de 0,8 % du Produit intérieur brut (PIB), et conséquemment, il devient le plus petit des 10 provinces canadiennes, fait remarquer Eric Girard, en supposant que les autres provinces ne révisent pas elles aussi leur propre déficit à la baisse.

En comparaison, aux dernières nouvelles, l’Ontario avait un déficit équivalent à 1,1 % du PIB, l’Alberta, de 0,9 % du PIB et la Colombie-Britannique, de 2,2 % du PIB.

Rappelons que c’est notamment l’annonce, en mars 2025, d’un déficit à venir de 13,6 milliards pour l’année 2025-26 qui avait incité l’agence S&P à décoter le Québec, en avril 2025. Or, ce déficit, au bout du compte, s’avère possiblement le plus petit des 10 provinces.

« Vous me permettrez d’affirmer qu’on n’aurait donc pas dû être décoté, on aurait seulement dû recevoir un avertissement avant la décote », me dit Eric Girard, qui avait révélé, lors d’une récente conférence à Québec, avoir très mal pris la nouvelle.

« Je n’ai pas digéré ça. On aurait dû d’abord avoir un avis de perspective négative. S&P n’aime pas le Québec, n’aime pas le Canada », avait déclaré Eric Girard aux congressistes de l’Association des économistes québécois, le 7 mai.

Le 8 mai, Eric Girard a justement eu ses rencontres annuelles avec les agences, notamment S&P. Il affirme que la rencontre avec S&P s’est très bien déroulée, et constate que le rapport de l’agence publié la semaine dernière est positif. Il juge qu’un pas vers le redressement de la cote de crédit du Québec est possible l’an prochain si les partis sont raisonnables dans leurs promesses électorales. Une telle hausse dépendra aussi du renouvellement de l’accord de libre-échange avec les États-Unis et de l’imminence, ou non, d’un référendum sur la souveraineté.

Cela dit, les données budgétaires plus favorables – dont une bonne part est récurrente – rendent maintenant bien plus probable l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Par exemple, au dernier budget, la hausse des dépenses de portefeuille pour 2026-27 était de seulement 1,6 %, ce qui ne couvre pas les coûts du système (inflation, etc.). Or, en maintenant le même niveau de dépense pour 2026-27, les nouveaux paramètres font en sorte que la hausse avoisinerait 3 % plutôt que 1,6 %.

« Soudainement, les prévisions de dépenses pour 2026-27 deviennent beaucoup plus solides », dit M. Girard.

Pour l’année 2026-27, rappelons-le, le gouvernement du Québec a prévu un déficit de 8,6 milliards (ou 6,3 milliards avant versement au Fonds des générations). Ces chiffres incluent une provision de 2 milliards, ce qui pourrait ramener le déficit comptable à 4,3 milliards si elle n’est pas utilisée, comme c’est le cas depuis deux ans.

Dans ce contexte, Eric Girard fait remarquer que le dépassement de 86 millions de dollars de l’enveloppe récurrente de 250 millions dépensée par la nouvelle première ministre Christine Fréchette est somme toute peu important.

(1) La forte hausse des marchés boursiers (+28 % en 2025) et du prix de l’or (+44 %), entre autres, a moussé les recettes du gouvernement (le Québec compte certains producteurs d’or). De plus, le PIB nominal de 2025 a grimpé de 4,7 % en 2025, soit 1,3 point de pourcentage de plus que prévu au budget de mars 2025, à la veille du déclenchement de la guerre tarifaire de Donald Trump.

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