Anaplasmose | Une vie changée après avoir été infecté par une tique

« On dit toujours ça, mais mourir ici, c’était mon but. » Richard Maurais se balance à l’ombre sur son terrain de huit acres à la végétation abondante situé à quelques kilomètres de la frontière américaine, en Estrie.
Il y a un an à peine, l’octogénaire jardinait et cordait son bois. Aujourd’hui, il peine à marcher et à rester éveillé.
En 2025, Richard Maurais est tombé gravement malade après avoir été infecté à l’anaplasmose, une maladie transmise par les tiques.
Il ne s’en est jamais remis.
Moins connue que la maladie de Lyme, l’anaplasmose préoccupe les autorités de santé publique, qui observent une augmentation des cas au Québec.
Depuis 2021, 155 infections ont été recensées en Estrie, dont plus du tiers – 37 % – ont entraîné une hospitalisation, selon Santé Québec Estrie.
Richard Maurais en fait partie : il a passé deux semaines cloué dans un lit d’hôpital.
« Personne n’est au courant de la situation », déplore celui qui n’avait lui-même jamais entendu parler de l’anaplasmose avant d’en être infecté.
Visibles à travers les fenêtres de sa maison, des boîtes de carton s’entassent. À 80 ans, il emménagera dans une résidence pour aînés en septembre, ne pouvant plus s’occuper seul de son terrain.
« Couper des arbres, faire de la grosse ouvrage, j’aimais ça. En 2025, je le faisais. Là, je ne suis plus capable », lâche-t-il.
Comme une grippe
En juin 2025, Richard Maurais travaillait sur son terrain lorsqu’il a senti une démangeaison au niveau du ventre. « J’ai vu que c’était une tique. Je l’ai enlevée, mais je ne l’ai pas enlevée correctement », raconte-t-il.
Par précaution, il s’est rendu dans une pharmacie pour demander le traitement contre la maladie de Lyme, qui aurait aussi été efficace contre l’anaplasmose.
Comme il n’y avait pas de rougeur, symptôme distinctif de la maladie de Lyme, le pharmacien n’a pas voulu lui donner le traitement, raconte-t-il.
« Il m’a dit que je n’en avais pas besoin », raconte Richard Maurais, qui n’avait alors aucun symptôme. Mais vers la fin juin, il a commencé à se sentir « grippé ».
Puis son état a dégringolé.
Je ne me sentais pas bien. Un soir, quand je suis allé me coucher, je ne me suis pas rendu [au lit]. Je suis tombé. Je ne pouvais plus bouger, j’avais mal partout.
Richard Maurais
Apeuré, il a passé la nuit figé dans cette même position, incapable de se lever pour appeler les secours. Ce n’est qu’au petit matin qu’il a trouvé la force de ramper jusqu’à son téléphone et de contacter les services d’urgence.
À l’hôpital, les médecins lui ont fait passer une batterie de tests. L’un d’eux est revenu positif : celui pour l’anaplasmose, une maladie transmise par la tique à pattes noires.
L’anaplasmose se manifeste par des symptômes d’allure grippale, plus aigus que ceux de la maladie de Lyme.
Chez les personnes âgées ou immunosupprimées, des complications cardiaques, des crises d’épilepsie ou encore une défaillance respiratoire peuvent même survenir.
Le taux de décès reste toutefois inférieur à 1 %, habituellement en raison d’une défaillance d’organe, selon le site d’information du gouvernement du Canada sur l’anaplasmose.
Richard Maurais garde peu de souvenirs de son séjour de deux semaines à l’hôpital.
« On m’a donné des antibiotiques. J’étais incontinent, je ne pouvais pas bouger ou marcher. Quand j’ai réussi à me lever, j’avais un déambulateur », raconte-t-il.
Séquelles à long terme
Un an plus tard, il souffre toujours des conséquences de la maladie. Il y a cette fatigue, insurmontable, qui l’empêche de rester éveillé l’après-midi.
« D’habitude, j’aime lire, mais je ne suis plus capable, je m’endors. Je pourrais dormir tout le temps. »
Et ce mystérieux liquide qui s’écoule de ses orifices, notamment ses yeux et sa bouche, dont les médecins ignorent la nature ou le traitement.
« C’est un liquide qui me brûle et qui me chauffe depuis ce temps-là. Ça fait mal, ça brûle. »
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Richard Maurais, qui a passé deux semaines à l’hôpital après avoir été infecté à l’anaplasmose, une maladie transmise par les tiques
Surtout, il y a sa mobilité qui a beaucoup décliné, l’obligeant à se déplacer avec une canne. Tout cela « à cause d’une petite crisse de bibitte ! », blague-t-il, une pointe de tristesse dans la voix.
Infections en croissance
Au Québec, 25 cas d’anaplasmose ont été déclarés jusqu’à présent cette année au ministère de la Santé, dont environ 65 % en Estrie.
C’est encore peu, mais le nombre d’infections devrait continuer d’augmenter dans les prochaines années.
Avec le réchauffement climatique, le territoire occupé par la tique s’agrandit, explique Jérémie Bouffard, coordonnateur de projet de la plateforme de surveillance et d’identification des tiques eTick.
Plus nos hivers sont cléments, plus la saison des tiques s’allonge et plus tu as un haut taux de survie des tiques et de leurs hôtes.
Jérémie Bouffard, coordonnateur de projet de la plateforme de surveillance et d’identification des tiques eTick
Au Québec, les tiques à pattes noires représentent 80 % de la population de tiques, dit-il. Or, c’est l’espèce qui pose « le plus grand risque médical ».
« Elle peut transmettre plusieurs maladies qui sont problématiques », explique Jérémie Bouffard.
Par courriel, Santé Québec Estrie affirme que ses professionnels de la santé sont sensibilisés « à l’émergence de l’anaplasmose dans la région et à l’importance de l’inclure dans leur évaluation clinique si cela s’avère pertinent ».
« Chaque année, des actions de sensibilisation auprès de la population estrienne sont déployées afin d’éduquer les gens sur les moyens de prévention, les actions à prendre en cas de piqûre et les signes et symptômes à surveiller », poursuit l’organisme.



