Desabre défie l’Algérie : “On ne s’interdit rien”

En 2019 en Egypte, Sébastien Desabre (50 ans) avait participé avec l’Ouganda à sa première phase finale de CAN, et le Français avait mené les Cranes en 16e de finale, face au Sénégal (0-1), le futur finaliste. Près de sept ans plus tard, le Drômois retrouve le second tour de la compétition cette fois-ci avec la RD Congo, qu’il a rejointe en août 2022, et qu’il pourrait aussi qualifier pour la Coupe du Monde l’été prochain, en cas de victoire au mois de mars face au vainqueur de Jamaïque-Nouvelle-Calédonie. Avant d’affronter l’Algérie mardi soir à Rabat, Sébastien Desabre évoque ce 16e de finale, mais également ses trois premières années à la tête des Léopards.
Ce match entre la RD Congo et l’Algérie est présenté comme particulièrement indécis, et il semble difficile de dégager un favori…
Sébastien Desabre : Ce sera un match sans doute très serré, avec deux équipes qui figurent dans le Top 10 africain du classement FIFA, puisque l’Algérie est troisième et la RDC neuvième. Avec les matches à élimination directe, c’est une nouvelle compétition qui a commencé. Les deux équipes ont des ambitions, l’Algérie est un gros morceau, c’est une équipe que nous connaissons bien et qui a des arguments techniques, qui possède de belles individualités avec Mahrez, Amoura, Bensebaïni par exemple. Mais nous avons nos qualités, on a beaucoup travaillé sur différents systèmes de jeu pour ce match.
On peut battre ou accrocher les meilleurs
L’Algérie, avant le début de la CAN, était régulièrement perçue comme un des prétendants au titre, alors que la RDC était davantage classée parmi les outsiders. Est-ce un statut qui vous convient ?
S.D. : Bien sûr, car c’est le cas. Nous occupons la neuvième place africaine du classement FIFA. Les favoris, ce sont ceux qui sont devant, le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Algérie… Mais nous avons des ambitions nous aussi. Les joueurs et le staff technique ont envie de poursuivre cette aventure. Nous savons que nous pouvons battre ou accrocher les meilleurs, comme ce fût le cas face au Sénégal lors du premier tour (1-1). Nous avons aussi éliminé le Cameroun (1-0) et le Nigeria (1-1, 4-3 aux t.a.b) en novembre lors du deuxième tour des éliminatoires du Mondial, ce qui nous permettra de jouer le barrage intercontinental en mars au Mexique. On ne s’interdit rien.
Chancel Mbemba (RD Congo) contre le Botswana lors de la CAN, le 30 décembre 2025
Crédit: Getty Images
La RD Congo a effectué de gros progrès depuis votre nomination en 2022 après le départ de l’Argentin Hector Cuper. Ella a terminé quatrième lors de la CAN 2024, s’est qualifiée pour l’édition 2025 et est en passe de participer à la Coupe du Monde. Est-ce un bilan que vous aviez imaginé ?
S.D. : Ce n’était pas si évident, car quand je suis arrivé, l’équipe avait perdu ses deux premiers matches qualificatifs pour la CAN 2024. Il fallait presque réussir un sans-faute pour se qualifier, et elle l’a fait. Elle a terminé à la quatrième place en Côte d’Ivoire, et tout cela nous a fait gagner du temps. On a mis quelque chose en place avec le staff et les joueurs. Nous bénéficions de très bonnes conditions de travail : on voyage dans d’excellents conditions, tout est bien organisé, l’équipe joue des matches amicaux quand il y a des dates FIFA faites pour cela, et quand des joueurs évoluent dans un bon environnement, qu’ils ne doivent penser qu’au terrain, cela se voit. On a fait de belles choses ces dernières années, on a progressé au classement FIFA mais je considère que nous avons encore une marge de progression. Nous avons procédé à un certain renouvellement de l’effectif, en injectant du sang neuf, mais tout en misant sur l’importance et l’expérience de certains cadres.
Vous pensez notamment à Chancel Mbemba, Cédric Bakambu, Arthur Masuaku, Samuel Moutoussamy ou Gaël Kakuta ?
S.D. : Oui, entre autres. Ce sont des joueurs qui sont en sélection depuis des années, qui ont de l’expérience, et qui non seulement sont très impliqués dans leur rôle sur et en dehors du terrain. Je compte aussi sur eux pour l’intégration des nouveaux. J’ai vraiment la chance d’avoir un effectif soudé, uni, qui vit très bien. Il y a une concurrence saine, les joueurs s’entendent bien et sont tous tournés vers le même objectif. C’est ce qui nous permet de travailler en toute sérénité, d’avoir des certitudes dans notre jeu.
Cette passion, cette ferveur, c’est ce que les joueurs binationaux sont venus chercher en RDC. Et moi aussi, j’adore ce contexte
Votre sélection est composée de quelques joueurs nés en RDC, tels Mbemba, Elia, Mayele, ces deux derniers y ayant débuté leur carrière professionnelle, mais surtout de binationaux, nés en France, en Belgique, en Suisse ou en Angleterre. Certains d’entre eux avaient même joué pour leur pays de naissance, dans les catégories de jeunes, ou même en A, comme Joris Kayembe (deux sélections avec la Belgique), avant de répondre à l’invitation de la RDC. Comment l’expliquez-vous ?
S.D. : Il y a un attachement très fort des joueurs à la RDC, même s’ils sont nés en Europe, qu’ils y ont été formés et qu’ils y jouent. On leur présente un projet sportif, en leur donnant des garanties sur le fonctionnement de la sélection. Ils savent qu’ils vont évoluer dans un cadre professionnel, que ce soit au niveau des voyages, des hébergements ou des équipements.
Fiston Mayele (RD Congo) contre le Bénin lors de la CAN, le 23 décembre 2025
Crédit: Getty Images
Certains binationaux n’ont-ils pas été surpris par l’incroyable ferveur, parfois même la démesure, qui entoure la sélection congolaise, notamment quand elle joue à Kinshasa ?
S.D. : Je crois que c’est ce qu’ils recherchaient et ce qu’ils sont venus chercher. Ils sont professionnels, ils aiment ces ambiances et je le répète, ils sont très attachés à leur pays d’origine. La RDC est un pays bouillonnant, où tout n’est pas simple. Mais cette passion des supporters est stimulante.
Vous-même, qui êtes d’un naturel plutôt calme, n’êtes-vous pas parfois étonné par cette passion ?
S.D. : Je savais avant de signer en RDC à quel point les Congolais aiment le football et leur sélection nationale. Et même si je suis comme vous le dites quelqu’un de calme, j’adore ce contexte. Cela peut être parfois excessif, mais c’est aussi pour connaître cette passion que l’on fait ce métier. Je sens que les Congolais attendent avec impatience ce match contre l’Algérie. Ils ont envie qu’on aille loin dans cette CAN. On va tout faire pour y parvenir, comme on fera tout pour se qualifier pour la Coupe du Monde. Mais ça, on y pensera en temps voulu. L’objectif, c’est de se qualifier contre l’Algérie. Et nous pouvons l’atteindre…




