Maude Guérin: l’histoire de son coup de foudre

Ces jours-ci, on peut voir le grand talent d’actrice de Maude Guérin se déployer au petit écran dans la peau de Martine Brodeur, un personnage qui vit un drame d’une atrocité sans nom dans Indéfendable. Et le 29 janvier au Théâtre Outremont, dans la pièce Lettres d’amour, elle sera sur scène avec son conjoint des 17 dernières années, le comédien et metteur en scène de poésie, Christian Vézina. Ce qui donnera le coup d’envoir de la tournée de la pièce. Depuis leur arrivée dans une maison de campagne des Laurentides, il y a deux ans, le couple nage en plein bonheur, savourant le calme, la nature, les projets et la vie à deux.
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Maude, tout d’abord, bravo pour ta performance dans la peau de Martine Brodeur, dans Indéfendable.
Maude: Ah, merci, c’est vraiment gentil! Malgré la lourdeur de l’intrigue, j’ai adoré cette expérience.
On t’a moins vue à la télé, depuis 5e rang…
Maude: C’est vrai. J’ai tourné depuis dans Société distincte, puis dans Indéfendable. Tu peux demander à toutes les actrices, à celles de mon âge, surtout… Je crois que c’est normal qu’il y ait une sorte de flottement après avoir porté le personnage principal d’une série, comme je l’ai fait pendant six ans dans 5e rang en campant Marie-Luce. On pense moins à nous offrir un rôle, on dirait.
L’intrigue autour de Martine Brodeur, dans Indéfendable, c’est une histoire très dérangeante. As-tu hésité avant d’accepter ce rôle?
M.: Quand j’ai lu le scénario, je me suis demandé si j’embarquais, car cette intrigue va dans des zones très sombres. Isabelle Chevrier, la scénariste, est venue me voir sur le plateau et elle m’a dit: «Quand j’écrivais les dialogues du personnage de Martine, je pensais à toi.» Quel grand compliment!
Absolument! Malgré la lourdeur de l’intrigue, as-tu aimé ton passage à Indéfendable?
M.: Oui, tellement! D’autant plus que j’avais le plaisir de retrouver Henry Chassé, qui joue mon mari. Nous nous sommes souvent donné la réplique au théâtre. Par ailleurs, je suis arrivée dans une équipe tissée serrée qui forme une famille depuis quelques années. Je me suis sentie comme la petite nouvelle de la gang. (rires) Mais ils m’ont tous accueillie avec un immense respect, Sébastien Delorme a été adorable et même si j’étais nerveuse, j’ai vraiment adoré l’expérience.
Christian (il s’adresse à Maude): Je pense aussi que tes collègues comprenaient à quel point les scènes que tu devais tourner étaient difficiles, ils ont voulu que tu te sentes bien entourée.
M.: Tu as raison et j’ai ressenti beaucoup de respect de leur part.
Est-ce que je me trompe ou il semble maintenant y avoir de plus en plus de place pour des personnages importants de 60 ans et plus dans les séries télé?
M.: Pas tant que ça. C’est drôle, car en 2025, les femmes de mon âge ne vivent pas du tout la même vie et n’affichent pas la même apparence que dans les années 1950 ou 1960. Aujourd’hui, une femme de 60 ans travaille encore, elle a une vie active et on dirait que les auteurs ne savent pas trop quoi faire vivre aux personnages de ma génération. C’est dommage, car ce sont surtout des femmes de mon âge qui regardent la télé. (rires)
C.: Et ce qui est absurde, dans tout ça, c’est que la société vieillit, mais des gens vieillissants, on en voit trop peu au petit écran. J’ai récemment décidé de commencer une carrière d’essayiste et j’en ai pour cinq ans à faire ça, alors on verra.
M.: Mais maintenant, c’est ce qu’il faut faire; on doit se créer nos propres contrats. Christian et moi, à l’âge qu’on a, on aime se lancer ensemble dans divers projets, que ce soit la pièce Lettres d’amour, notre émission de radio sur ICI Première ou des projets télé. Janette Bertrand est le parfait modèle de ça. Elle écrit encore et elle animera bientôt une nouvelle émission. Et elle a 100 ans! C’est tellement inspirant et extraordinaire.
Bruno Petrozza / TVA Publications
Et, parlant de projet professionnel, vous partez en tournée de la pièce Lettres d’amour, dès le 29 janvier. Ce n’est pas la première fois que vous travaillez ensemble, n’est-ce pas?
C.: Non, Maude et moi, on s’est connus sur scène, justement. La pauvre, je l’ai embarquée dans de multiples projets, dont plusieurs qui étaient du théâtre poétique. J’ai passé ma vie sur scène moi aussi, mais pour du théâtre de poésie.
M.: Christian est comédien et metteur en scène de poésie, il a comme inventé ce métier. Lors de représentations, il invitait beaucoup de gens connus afin de faire découvrir le plus possible la poésie. Je me souviens, on s’est rencontrés dans un spectacle bénéfice de poésie au TNM.
C.: Oui, je me souviens. C’était sur la poésie russe. J’avais été invité à la dernière minute, alors je n’avais même pas eu le temps de répéter avec l’équipe et une fois sur place, j’avais réalisé que la moitié du bottin de l’union des artistes était là, dont Maude. (rires) Et cette rencontre fut un coup de foudre artistique, qui a été suivi par environ quatre ans d’amitié et de collaboration professionnelle.
M.: Et un moment donné, au-delà des collaborations, on est devenus pas mal plus que ça… (rires)
Et qu’est-ce que le projet Lettres d’amour exactement?
C.: Il y a environ 10 ans, le père de Maude nous avait vus ensemble sur scène et il nous avait alors parlé de la pièce originale, Love Letters, qui connaissait un grand succès sur Broadway et à l’international.
M.: Mon père nous avait fortement suggéré de la jouer ensemble. Dans le fond, c’est l’histoire d’un couple qui vit une relation épistolaire. Ils s’écrivent de 8 ans à 68 ans, c’est tellement beau. On a voulu interpréter les personnages à travers tous leurs âges, alors on les incarne de 8 à 68 ans. (rires) Sincèrement, on a beaucoup de fun et on se gâte, car c’est le grand pianiste jazz Yves Léveillé qui nous accompagne en musique. Lettres d’amour est un petit spectacle qui fait du bien aux gens. C’est du vrai théâtre qui allume un peu la nostalgie du théâtre classique. Et je dois dire qu’avant de devenir un couple, Christian et moi, on aimait beaucoup s’écrire et on a une chaîne de courriels assez impressionnante de tous nos messages.
Et mis à part le spectacle Lettres d’amour, avez-vous d’autres projets ensemble?
C.: En février, sur les ondes d’ICI Première, nous animerons quatre émissions de L’amour à 4 pour la Saint-Valentin, comme nous l’avons fait durant les fêtes. J’adore faire de la radio, alors on s’est lancés dans cette belle aventure qui consiste à s’asseoir, Maude et moi, devant un autre couple afin de parler d’amour. Et dans les temps que l’on vit, qui sont très moroses, cette émission fait du bien. Parler d’amour fait toujours un grand bien et on va dans tous les sens, on aborde la diversité, alors tout le monde va y trouver son compte.
Clairement le sujet de l’amour pour vos projets professionnels vous va à merveille.
C.: Maude, je crois qu’on a créé un monstre! (rires)
M.: (Rires) C’est un beau monstre en tout cas.
Votre complicité et votre énergie amoureuse est évidente. Est-ce dû au fait qu’après 17 ans de vie de couple, ça ne fait que depuis deux ans que vous habitez sous le même toit?
M.: C’est vrai qu’en 2023, alors que ça faisait six ans que chacun vivait dans son appartement dans le même duplex, on a décidé de prendre un gros virage. Non seulement on a enfin déménagé sous le même toit, mais on a quitté la ville pour vivre à la campagne, dans les Laurentides. Ça faisait 37 ans que j’habitais Montréal alors ce fut un grand choc.
C.: Pour moi, Montréal avait été une parenthèse. J’ai pas mal toujours habité à la campagne. Ç’a été un gros changement de vie, même si ça faisait 17 ans qu’on est ensemble. À la base, je suis un grand solitaire mais finalement, ça nous convient parfaitement.
M.: On habite vraiment en retrait, en plein bois, dans une belle petite maison tchekhovienne de 1853 avec notre chien Ti-Mousse. C’est certain que quand je joue au théâtre, je trouve ça un peu loin pour revenir chez-moi après le travail mais on adore cette nouvelle vie. Cet hiver, je me lance dans le ski de fond et Christian aime faire de la raquette. On est loin d’être de grands sportifs, mais on aime ça. Et notre sport commun, c’est la nage que l’on pratique au lac près de la maison.
Loin de la ville, c’est une vie beaucoup plus calme et zen, idéale pour faire de la contemplation et prendre le temps.
M.: Absolument! Notre vie a grandement changé, c’est vrai, même que parfois on vit comme si on était des semi retraités. On prend des cafés de deux heures le matin et on devient très contemplatifs, surtout quand les chevreuils viennent nous visiter, ça c’est un bien beau problème.




