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Médaille d’or en poursuite par équipe | La fin d’une belle histoire

(Milan) « Était-ce la dernière ? », a demandé Isabelle Weidemann pendant les joyeuses célébrations de la victoire. Au fond, elle connaissait la réponse à cette question sans nostalgie. Cette finale de la poursuite par équipe avec Valérie Maltais et Ivanie Blondin était bel et bien leur chant du cygne.


Mis à jour hier à
17 h 23

C’est probablement pourquoi les trois patineuses, drapeaux unifoliés à la main, ont prolongé le tour d’honneur pour saluer une deuxième fois les centaines de spectateurs canadiens qui les acclamaient aux quatre coins du Stade de patinage de vitesse de Milan qui, pour une rare occasion, n’était plus l’apanage des Néerlandais en orange, mardi après-midi.

Quelques minutes plus tôt, Weidemann, Maltais et Blondin, dans cet ordre, avaient justement pris la mesure des Néerlandaises Joy Beune, Marijke Groenewood et Antoinette Rijpma-de Jong pour décrocher une deuxième médaille d’or olympique consécutive après le sacre de Pékin, quatre ans plus tôt, dans un aréna à peu près vide.

Sur la musique de Shania Twain, demande spéciale de Blondin, les Canadiennes pouvaient bien se laisser aller à l’exultation. La Franco-Ontarienne a même fait tomber l’entraîneur Remmelt Eldering, fou comme un balai, en lui sautant dans les bras.

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    L’enthousiasme est tel qu’il fait perdre l’équilibre à Ivanie Blondin près de son entraîneur Remmelt Eldering.

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    Les Canadiennes durant la demi-finale

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    Les Canadiennes ont lentement grugé l’avance des Néerlandaises avant de s’imposer en finale.

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    Après l’effort, la joie pour les trois Canadiennes

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Sur le podium, la grande Weidemann a spontanément entouré ses coéquipières, telles deux petites sœurs. Les championnes olympiques ont écouté l’hymne national en valsant et en riant, conclusion parfaite à un partenariat de huit ans qui a connu sa part de hauts et de bas à travers les succès.

« Celle-là est spéciale », a réagi Maltais, avec Blondin qui approuvait à ses côtés dans la zone mixte. « On a mis beaucoup, beaucoup d’efforts. Pas qu’on n’en avait pas mis pour l’autre, mais celle-là, il y avait comme de l’intention. Et on s’est préparées différemment. »

Après une mise en route plus lente que celle de ses rivales, comme prévu, le trio canadien a graduellement repris l’ascendant pour conclure les six tours de piste avec une priorité de près d’une seconde sur les Néerlandaises, championnes mondiales en titre.

« Avant la finale, je ne me disais pas : c’est correct si on gagne l’argent ou on y va pour la médaille d’or », a relaté Maltais, première médaillée du Canada à Milan avec le bronze au 3000 m. « J’avais plus l’impression qu’on allait patiner six tours le plus vite possible. Je pense qu’on a exécuté notre meilleure course de la saison. C’est vraiment satisfaisant. »

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Isabelle Weidemann, Ivanie Blondin et Valérie Maltais après la victoire

Les hauts après les bas

Le scénario l’était d’autant plus que les Néerlandaises se sont battues jusqu’à la ligne. En 2022, les Japonaises, en bronze mardi, avaient chuté pendant la finale, ce qui avait concrétisé une victoire canadienne qui paraissait néanmoins presque acquise.

Après ce premier titre, Maltais a quitté Calgary pour venir s’entraîner au nouveau Centre de glaces Intact Assurances à Québec. Pour son cinquième cycle olympique, sa priorité était de monter sur un podium individuel après l’argent au relais en courte piste en 2014 et l’or de Pékin à la poursuite. Weidemann, triple médaillée en Chine, et Blondin, qui avait gagné l’argent au départ de groupe, ont pris du temps pour se ressourcer.

La chimie était à rebâtir. La stratégie aussi : les pays ont commencé à ne plus faire d’échanges pendant la poursuite, s’en tenant à un train continu pendant toute l’épreuve. Les Canadiennes s’y sont mises avec un peu de retard, gagnant l’argent aux Mondiaux de 2024 avec Maltais en tête. Eldering ne les jugeant pas assez rapides, elles ont repris leur ancienne tactique la saison suivante, ce qui s’est avéré « un désastre » aux dires de la Québécoise. Aux Mondiaux, elles ont décroché le bronze sans échange avec Blondin en tête.

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Ivanie Blondin, Valérie Maltais et Isabelle Weidemann

Avant le début de l’année, Maltais a elle-même suggéré au groupe de placer Weidemann en tête pour profiter de sa régularité et de son endurance, à défaut d’un départ rapide. « J’étais arrivée très convaincue ! », a dit en souriant l’athlète de La Baie.

Deux camps d’entraînement consacrés à la poursuite ont servi à recréer la fluidité et la chimie qui régnaient entre les partenaires lorsqu’elles patinaient toutes ensemble à Calgary. Maltais a relaté une rencontre qui a permis à chacune de mettre cartes sur table avant le début de la saison à Salt Lake City.

« On a discuté de ce qu’il fallait à chacune pour être bien et se respecter, pour que tout le monde soit dans sa zone et puisse performer », a souligné celle qui se décrit comme « assez intense ». « C’était une discussion vraiment puissante. J’ai eu l’impression qu’après ça, c’est devenu plus simple et qu’on se respectait vraiment, chacune de notre côté. »

Avec une seule victoire à la Coupe du monde de Calgary, Weidemann, Maltais et Blondin savaient qu’elles auraient fort à faire pour rééditer l’exploit en Italie. Après avoir inscrit le meilleur temps des quarts de finale samedi, elles ont disposé des Américaines de façon convaincante en demi-finale mardi. La table était mise pour l’ultime duel avec les Pays-Bas.

À la conclusion de l’épreuve, Weidemann basculait la tête d’incrédulité pendant que Maltais et Blondin hurlaient leur joie derrière. « C’est venu du fond du cœur, a expliqué la Saguenéenne. Même si on savait qu’on pouvait gagner, ce n’était pas nécessairement attendu. J’étais juste comme : wow, on l’a fait ! »

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Les trois patineuses saluent les nombreux fans canadiens présents à l’anneau de glace.

Après cette quatrième médaille olympique, Weidemann est prête « à passer le flambeau à la prochaine génération ». « Je pense qu’on a un peu [ouvert] la voie », a mentionné l’Ottavienne de 30 ans.

« Ça représente tout à mes yeux et je ne voudrais être ici avec personne d’autre, a ajouté Blondin, 35 ans et elle aussi d’Ottawa. C’est la confiance qu’on a dans cette équipe qui a permis d’en arriver là. »

« Très fière » d’être maintenant quadruple médaillée olympique dans deux disciplines, Maltais « ne le réalise pas encore ». « C’est grâce aux filles que j’ai trois médailles en équipe, a souligné l’athlète de 35 ans. Cette chimie est toujours spéciale. Je sais qu’on va partager ça toute notre vie. C’est quelque chose de riche et d’unique qui va nous en apprendre beaucoup pour la suite. »

Le parcours de Maltais est loin d’être fini à Milan. Comme Blondin, elle s’alignera au 1500 m vendredi et au départ de groupe samedi.

« Quand je me suis réveillée ce matin je me suis dit : oh, il m’en reste plus à faire que j’en ai de fait. Les JO, c’est long ! Mais on a encore une bonne énergie. Et c’est clair que, gagner l’or, ça nous donne juste envie de continuer sur notre lancée. »

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