Un nouveau chef pour sauver le NPD

L’année s’est ouverte sur les chapeaux de roues, gracieuseté du locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump. Elle s’annonce porteuse de nouvelles occasions — mais aussi de nouveaux périls — pour chacun des partis politiques à Ottawa. Tour d’horizon.
L’année 2025 aura été brutale pour le Nouveau Parti démocratique (NPD). En plus de perdre 17 députés, la formation politique a aussi perdu son chef et son statut de parti reconnu à la Chambre des communes — une situation à des années-lumière de 2011, lorsqu’elle formait l’opposition officielle à Ottawa.
L’année à venir sera cruciale pour la reconstruction du parti, qui prendra forme avec l’élection d’un nouveau chef le 29 mars à Winnipeg. Le NPD aura alors passé près d’un an sans direction officielle depuis la démission de Jagmeet Singh le soir des élections générales.
Le prochain chef devra relever plusieurs défis pour redonner une crédibilité au parti — et le premier sera d’agir sans tarder, indique Karl Bélanger, ancien directeur national du NPD.
« Le plus gros défi sera de préparer le parti à affronter des élections rapidement. Malgré les transfuges conservateurs, le gouvernement demeure minoritaire. Leur durée moyenne, c’est 18 mois, ce qui nous mène à novembre », rappelle-t-il.
Cela donnera très peu de temps au nouveau chef, qui devra en plus de se faire un nom et construire une offre politique convaincante pour s’imposer dans le débat national. Au Parlement, il devra aussi composer avec une marge de manœuvre extrêmement limitée : sous la barre de 12 députés, le NPD n’a plus de place au sein des comités parlementaires et a perdu une grande partie de ses ressources financières.
Une nouvelle fenêtre
La pente à gravir reste importante, mais les néodémocrates entendent tirer parti de l’occasion pour séduire les « libéraux déçus », frustrés par les politiques de Mark Carney.
Le NPD et les libéraux de Justin Trudeau, jadis si proches qu’ils avaient conclu un accord de soutien, ont vu le premier ministre Carney rompre toute proximité entre les deux partis avec ses nouvelles politiques : abandon de la taxe sur le carbone, exception aux normes environnementales pour accélérer les grands projets d’infrastructures, et protocole d’entente avec l’Alberta pour construire un nouvel oléoduc vers le Pacifique.
« Il va falloir saisir cette occasion », faisait valoir le député et chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice, en entrevue au Devoir en novembre.
Et déjà, à la fin 2025, les sondages commençaient à révéler l’émergence de ces « libéraux déçus ». Après avoir obtenu environ 6 % au dernier scrutin, le NPD atteint désormais 10 % à l’échelle nationale dans les intentions de vote.
Le projet d’oléoduc avec l’Alberta a visiblement ébranlé les électeurs de la région de Vancouver, où le soutien aux libéraux a chuté de 15 points depuis novembre, selon un sondage d’Angus Reid paru en début décembre, mais les électeurs libéraux se sont surtout dirigés vers le Parti conservateur (+ 6), les verts (+ 4) et vers la colonne des indécis (+ 3), le NPD ne récoltant que 2 points de plus dans la région.
Même s’il existe des circonstances favorables pour regagner des sièges en Colombie-Britannique, le nouveau chef néodémocrate devra rester prudent dans sa volonté de se démarquer des libéraux. « Ça a un coût politique. En Alberta, on est plutôt contents de cette entente sur les oléoducs, et avec un NPD fort [au niveau provincial], on ne verrait pas d’un bon œil une campagne trop négative envers le secteur énergétique », note Karl Bélanger.
Convaincre le Québec
L’ancien directeur national du parti insiste : le NPD ne ralliera pas la gauche « par défaut ». Il faudra s’imposer comme un parti d’envergure pancanadienne — mais, pour cela, il devra inévitablement renouer avec le Québec. À l’heure actuelle, le NPD n’y compte qu’un seul siège et demeure sous la barre des 10 % d’intentions de vote dans les derniers sondages, loin derrière ses rivaux.
Or, séduire les Québécois ne sera pas une mince affaire, d’autant qu’aucun candidat à la direction ne maîtrise actuellement le français, 57 ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles.
Au-delà de la question linguistique, c’est aussi la méconnaissance des réalités québécoises qui préoccupe les militants. « On veut sentir que le Québec est important pour [les aspirants à la direction du parti], et qu’ils reconnaissent son statut particulier comme nation et comme culture distincte », indiquait Alexandre Boulerice avant le premier débat de la course à la direction, en novembre.
Il y a beaucoup à rebâtir pour le NPD, et les décisions de son prochain chef pourraient soit le remettre sous les projecteurs… soit le condamner à rester dans l’ombre.




