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Démission de François Legault | L’agonie historique de la troisième voie

Ce n’était pas seulement la survie politique de François Legault qui était en jeu aux prochaines élections. C’était, c’est encore, la survie de la « troisième voie ».


Publié à
12 h 44

François Legault a réussi là où tant d’autres ont échoué dans l’histoire politique du Québec : créer un nouveau parti qui vienne casser le moule électoral dans lequel nous semblions enfermés à perpétuité.

Depuis un demi-siècle, cette élusive troisième voie avait été maintes fois rêvée, échafaudée, balbutiée, abandonnée. L’ADQ de Mario Dumont, en 2007, s’était hissée au rang d’opposition officielle. Mais pour aussitôt se faire écraser l’année suivante, comme une fièvre sans lendemain.

Il fallait une audace certaine pour tenter à nouveau cette troisième voie, en fondant la CAQ. Mais François Legault avait misé sur une chose : le Québec entrait dans une ère post-constitutionnelle. Il n’y aurait pas de référendum sur la souveraineté dans un avenir prévisible. Et si le nationalisme demeurait le premier moteur de la vie politique, de nouveaux enjeux allaient distinguer les gagnants et les perdants électoraux.

Ni péquiste, ni libéral, ni oui, ni non. Il proposait un programme autonomiste et économiste. Quand les historiens referont l’histoire intellectuelle de ce mouvement qui a abouti à la CAQ, ils iront du côté du Manifeste des lucides, pour l’économie, mais aussi à une série de textes d’Alain Dubuc dans La Presse, qui proposait de sortir du cadre du débat de revendications constitutionnelles, vers une sorte d’affirmation nationale dépouillée du légalisme.

À sa première tentative, en 2012, au plus creux du gouvernement Charest, la CAQ de François Legault finit troisième, avec 19 députés et 27 % des voix. En 2014, le parti stagne : 22 députés, mais seulement 23 % des voix.

Plusieurs ont pensé que cette « coalition » allait finir comme les autres aventuriers de la troisième voie, à petit feu.

Legault avait toutes les raisons d’abandonner honorablement : un parti qui remporte un certain succès, mais ne lève pas vraiment, comme condamné par le poids de l’histoire et un système électoral de style britannique qui expulse les tiers partis.

Il a persisté. Il a gagné. Est-ce la fin de la troisième voie et le retour à la vieille opposition fédéralistes-souverainistes ?

Ce n’est peut-être pas un hasard si les déboires de la CAQ coïncident avec le déclin de son meilleur ennemi, Québec solidaire. Les deux partis ont émergé en même temps. Les deux ont obtenu leurs meilleurs résultats en même temps. Les deux sont menacés de marginalisation terminale.

N’oublions pas toutefois qu’aux dernières élections, c’est le Parti québécois qui était menacé de disparaître. Sans un dépliant volé par son adversaire de QS dans la circonscription de Paul St-Pierre-Plamondon, sans un ouragan aux Îles-de-la-Madeleine, le PQ aurait pu se retrouver avec un seul député. Le voici solidement en tête des intentions.

Quand la Coalition Avenir Québec a commencé à perdre des plumes, elle s’est d’abord vidée de sa frange plus nationaliste. Ces péquistes déçus, un temps coalisés autour de François Legault, retournaient à la maison. Des libéraux-caquistes ont fait le même chemin de leur côté, mais en bien moins grand nombre.

Ce qui se joue maintenant, c’est l’héritage politique du premier ministre. « Coalition Avenir Québec – L’équipe François Legault », puisque c’est son nom officiel, risque fort de disparaître sans lui.

Quelle est sa voie de passage maintenant ? Choisira-t-il Simon Jolin-Barrette, l’homme des initiatives « identitaires » et des affrontements avec Ottawa ? Sonia Lebel, qui a réussi un rare sans-faute en huit ans de hautes fonctions ? Ou la continuité économique, avec Christine Fréchette, ou celui qu’on ne mentionne jamais, mais qui est très intéressé, Eric Girard ?

Le prochain chef aura à démontrer que la CAQ, c’est autre chose que « l’équipe François Legault », ce à quoi elle se résumait jusqu’ici. Un autre ciment peut-il faire tenir cette coalition de pragmatiques, somme toute assez disparate ?

S’il survit, ce sera forcément un nouveau parti, mais il aura trompé le destin. S’il meurt, ce sera un nouvel enterrement au cimetière des « troisièmes voies ».

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