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Chronique de Jean-François Lisée | Ce que les Québécoises doivent à François Legault

Vous ne me croirez probablement pas, mais lorsqu’on prend un peu de recul et qu’on fait le bilan des sept ans de pouvoir de François Legault, on doit reconnaître qu’il fut remarquablement actif sur un front où on ne l’attendait pas : la condition des femmes.

Oui, oui, les femmes. Parlons d’abord des salaires. Pour les salariées de l’État, les augmentations consenties à toutes les catégories d’employés où les femmes sont majoritaires ont été supérieures à l’augmentation générale des salaires dans la société. Éducatrices en garderie, préposées aux bénéficiaires, infirmières, enseignantes ont, toutes, obtenu des augmentations majeures, parfois correctement désignées comme « historiques ». En santé, un des rares progrès fut la réduction substantielle de la plaie que constituait le « temps supplémentaire obligatoire » imposé aux infirmières. Leurs primes de nuit et de fin de semaine ont été rehaussées, et les infirmières praticiennes spécialisées ont enfin le droit de poser davantage de gestes médicaux.

À l’extérieur du cadre de l’État, deux des premiers gestes du gouvernement Legault furent une réduction importante du tarif des garderies et une augmentation des allocations familiales. Ajoutons le retour du remboursement de la procréation assistée. Le Régime d’assurance parentale a également été bonifié de plusieurs façons. Le nombre de places en garderie, tous services confondus, est passé de 292 500 en 2018 à 311 400 l’an dernier. Il s’agit d’une progression annuelle moyenne plus forte que sous les gouvernements antérieurs.

L’effet combiné des politiques gouvernementales fait du Québec le lieu en Amérique du Nord où l’écart de revenu entre les hommes et les femmes est le plus faible. L’action de la Coalition avenir Québec (CAQ) a contribué à resserrer l’écart. Il était de 9,4 % à son arrivée en 2018, et, l’an dernier, de 8,4 %. Idem pour le taux d’activité des femmes sur le marché du travail, le plus élevé au monde, selon l’économiste Pierre Fortin, passé de 87 % en 2018 à 88,5 % l’an dernier.

Pour des catégories de gens très vulnérables où la présence de femmes est grande ou majoritaire, l’effort fut également tangible. Les aînés à revenu modeste ont reçu une somme de 2000 $ par an, les personnes seules prestataires de l’aide sociale qui ont des contraintes sévères à l’emploi ont vu leur revenu augmenter de 40 % en sept ans.

Legault et ses ministres ont déployé un effort colossal — un demi-milliard de dollars — contre les tares que sont les féminicides, la culture du viol et la masculinité toxique. Ils ont formé un panel des meilleures femmes parlementaires et ont appliqué ses recommandations unanimes pour mieux recevoir les plaintes des victimes d’agression sexuelle et mieux les accompagner. Ils ont créé un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale et ont embauché des dizaines de procureurs spécialisés. Ils ont injecté 100 % de la somme demandée par la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes afin de répondre à une demande croissante. Ils ont instauré des « bracelets antirapprochement » pour empêcher les accusés d’intimider les victimes. Ils ont lancé une campagne de publicité contre la violence envers les femmes, du jamais vu, et ont nommé une directrice générale de la Sûreté du Québec. Une autre première.

Les budgets de lutte contre le proxénétisme et la traite des femmes, réduits par le gouvernement Couillard, ont été rehaussés de 20 millions par an. De nouvelles escouades ont été créées, et une campagne de sensibilisation des adolescentes sur les réseaux sociaux est devenue virale, cumulant plus de 14 millions de vues.

Le gouvernement Legault fut très attentif aux notions patriarcales véhiculées dans l’éducation et dans l’État par des forces misogynes, notamment les religions monothéistes. Il a évacué des classes les cours présentant comme anodins les signes religieux et a fait en sorte que les employés de l’État en autorité ne portent aucun signe d’un mouvement ou d’une religion qui tiennent les femmes pour inégales, modestes ou soumises.

Au sujet du droit à l’avortement, on a débattu avec raison de l’opportunité de le protéger dans une loi ou dans la Constitution du Québec. Mais on ne peut douter de l’engagement de la CAQ à ce sujet. Près de 8 millions de dollars ont été débloqués pour améliorer l’accès et réduire les délais.

La présence de femmes à des postes de responsabilité au gouvernement n’est certainement pas étrangère à toute cette activité. La CAQ étant davantage hiérarchique que démocratique, François Legault pouvait simplement décider de choisir des femmes comme candidates dans plus de la moitié des circonscriptions : 52 % en 2018, 55 % en 2022. Parmi ses 90 élus de 2022, on comptait 41 femmes, donc 45 % du total. Du jamais vu. Le record précédent était détenu par le gouvernement de Pauline Marois, en 2012, avec 32 %.

On a beaucoup dit que François Legault était vieux jeu, multipliait les remarques de « mononcle » et favorisait un « boys’ club » parmi ses ministres les plus proches. Force est de constater qu’il fut l’artisan de l’augmentation du nombre de femmes à l’Assemblée nationale, qu’il fut responsable des arbitrages coûteux qui ont augmenté la rémunération des employées de l’État, qu’il fut un allié dans l’adoption des mesures favorables aux femmes victimes d’agression et de violence.

Aujourd’hui, sur la ligne de départ de la course à sa succession, on trouve plusieurs femmes fortes auxquelles François Legault a donné de grandes responsabilités : Geneviève Guilbault, Sonia LeBel, Christine Fréchette.

Que le meilleur ou la meilleure gagne. Qu’une femme prenne la barre du parti créé par François Legault ne serait-il pas la plus belle preuve qu’un de ses legs les plus durables ne sera ni la filière batterie ni les futurs barrages d’Hydro, mais sa contribution étonnante, mesurable, méconnue et non reconnue à la condition des Québécoises ?

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