Geneviève Guilbault quittera la vie politique

(Québec) Tête d’affiche de la Coalition avenir Québec (CAQ) depuis huit ans, Geneviève Guilbault quittera la vie politique à la fin de son mandat, a appris La Presse. Elle renonce ainsi à succéder à François Legault.
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5 h 00
La ministre des Affaires municipales annoncera ce dimanche qu’elle ne se représentera pas aux prochaines élections, toujours selon nos informations. Elle le fera dans sa circonscription de Louis-Hébert, dans la région de Québec, où elle a été élue pour la première fois en octobre 2017 dans une élection partielle rocambolesque.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Geneviève Guilbault a longtemps été perçue comme l’éventuelle successeure de François Legault. Sur la photo, on les voit en juin 2025, au dernier jour de la session parlementaire.
Sa victoire dans ce bastion libéral a valeur de symbole pour la CAQ. C’est à ce moment que l’électorat a basculé : les Québécois ont vu en la CAQ une solution de rechange aux libéraux. Le parti a brusquement pris la tête dans les intentions de vote pour ensuite remporter les élections générales de l’automne 2018, brisant l’alternance au pouvoir entre libéraux et péquistes qui se perpétuait depuis près d’un demi-siècle.
De nombreux caquistes s’attendaient à ce que Geneviève Guilbault tente de briguer la succession de François Legault. Trois députés étaient prêts à l’appuyer, dit-on, mais plusieurs autres ont fait savoir à La Presse qu’ils voulaient lui barrer la route. En coulisses, on parlait même d’un mouvement Anybody but Geneviève Guilbault.
Sur la foi de sources caquistes sûres, La Presse a révélé jeudi que la ministre – et non pas seulement des membres de son cabinet alors qu’elle était aux Transports – avait reçu à la mi-décembre un « préavis de mauvaise conduite » de la part de la commission Gallant sur le fiasco SAAQclic. Elle a embauché un avocat pour défendre sa réputation. La crédibilité de son témoignage de l’automne dernier est mise en doute par Denis Gallant, dont le rapport est attendu le 13 février. Cette tuile venait plomber sa candidature éventuelle.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE
Geneviève Guilbault a reçu à la mi-décembre un « préavis de mauvaise conduite » de la part de la commission Gallant sur le fiasco SAAQclic.
Des raisons familiales
Après avoir entamé dans les derniers mois une réflexion sur son avenir politique, Geneviève Guilbault a décidé de ne pas solliciter un nouveau mandat. L’annonce de la démission de François Legault, mercredi, est venue précipiter les choses. Et elle a décidé de ne pas attendre plus longtemps avant de signifier ses intentions.
En conférence de presse, la politicienne de 43 ans invoquera des raisons familiales. Elle veut être davantage présente pour ses deux enfants. Elle les a eus tout en siégeant à l’Assemblée nationale : Capucine a 8 ans et Christophe, 6 ans.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Avant de faire le saut en politique, Geneviève Guilbault a été porte-parole du Bureau du coroner. Sur la photo, on la voit à Lac-Mégantic, dans la foulée de l’accident ferroviaire qui a fait 47 morts.
Elle était enceinte de six mois quand François Legault lui a demandé de remplacer au pied levé son candidat dans Louis-Hébert en pleine campagne électorale, en 2017. Elle venait de quitter son poste de porte-parole du Bureau du coroner, où elle travaillait depuis 2009 après avoir été attachée de presse adjointe du ministre libéral Jacques Dupuis pendant deux ans. Elle faisait déjà partie de l’équipe de candidats de la CAQ en vue des élections générales de 2018, mais elle devait se présenter dans Charlesbourg.
PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Geneviève Guilbault a été élue pour la première fois en octobre 2017. Ci-dessus, elle célèbre sa victoire dans la partielle de Louis-Hébert en compagnie de François Legault.
Dans Louis-Hébert, le candidat libéral, qui filait vers une victoire quasi certaine pour succéder à Sam Hamad, et le candidat de la CAQ avaient été forcés de se retirer de la course le même jour en raison d’antécédents en matière de harcèlement psychologique en milieu de travail.
Une « nouvelle étoile de la politique » est née, a lancé François Legault le soir de la victoire de Geneviève Guilbault dans Louis-Hébert. Elle est aussitôt devenue l’une des têtes d’affiche de la CAQ, reconnue pour ses talents de communicatrice.
Au lendemain de la prise du pouvoir en 2018, François Legault en a fait sa vice-première ministre et l’a nommée ministre de la Sécurité publique.
Elle a déposé le tout premier projet de loi du gouvernement, « un message fort pour dépolitiser les nominations ». Depuis, le patron de la Sûreté du Québec, le commissaire de l’Unité permanente anticorruption et le Directeur des poursuites criminelles et pénales doivent être nommés au terme d’un vote aux deux tiers des députés de l’Assemblée nationale.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Geneviève Guilbault prête serment lors du récent remaniement ministériel qui l’a vue passer des Transports aux Affaires municipales, en septembre.
Mais on a rapidement observé un fort roulement de personnel au sein de son cabinet. En 2019, elle a dû présenter des excuses pour avoir traité d’incompétents d’anciens employés. Son cabinet a d’ailleurs continué d’être une porte tournante : elle en est à son cinquième chef de cabinet en deux ans.
Une poignée de défis aux Transports
À la Sécurité publique, Geneviève Guilbault a notamment amorcé une réforme du système policier, lancé l’opération Centaure sur le trafic d’armes et instauré les bracelets antirapprochements, une mesure visant à contrer la violence conjugale.
Lors de la pandémie, elle a remplacé à quelques reprises François Legault lors des fameuses conférences de presse de 13 h « pour faire le point sur la situation au Québec quant à la COVID-19 ».
Après la réélection de la CAQ en 2022, François Legault a mis Geneviève Guilbault aux commandes des Transports. L’image est restée dans les mémoires : elle s’est présentée avec une pile de gros cartables en conférence de presse pour justifier l’abandon de la promesse de troisième lien Québec-Lévis.
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Geneviève Guilbault avec une pile de cartables pour justifier l’abandon de la promesse de troisième lien Québec-Lévis, le 20 avril 2023
Quelques mois plus tard, François Legault a ressuscité le projet après une défaite électorale dans Jean-Talon à Québec, et Geneviève Guilbault a dû changer de discours du tout au tout.
Toujours aux Transports, Mme Guilbault a eu maille à partir avec les villes au sujet du financement du transport collectif.
Elle a dû s’impliquer directement dans la gestion de la crise à la Société de l’assurance automobile du Québec après le lancement catastrophique de SAAQclic.
Devant la commission Gallant, la version des faits de Mme Guilbault a été mise à mal. Alors qu’elle disait n’avoir appris l’ampleur des dépassements de coûts qu’en 2025, des documents ont montré qu’elle avait été avisée en 2023.
Lors du remaniement ministériel de septembre dernier, François Legault lui a retiré le poste de vice-première ministre – sans toutefois nommer d’autre vice-premier ministre. Il l’a envoyée aux Affaires municipales.
Lisez la chronique de Paul Journet : « Une étoile qui s’est consumée »
Geneviève Guilbault en quelques dates
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Geneviève Guilbault lors d’une prise de parole au Salon rouge de l’Assemblée nationale, le 7 mai 2025
2006 à 2008
Geneviève Guilbault est attachée de presse adjointe du ministre libéral Jacques Dupuis.
2009 à 2017
Geneviève Guilbault est responsable des communications et des relations avec les médias au Bureau du coroner.
2 octobre 2017
À 34 ans, Geneviève Guilbault est élue députée de Louis-Hébert lors d’une élection partielle, après le départ de l’ancien ministre libéral Sam Hamad. Elle récolte 51 % des voix sous la bannière de la Coalition avenir Québec (CAQ). François Legault voit en elle une « nouvelle étoile de la politique ».
18 octobre 2018
Peu après la victoire caquiste aux élections générales, elle est désignée vice-première ministre du Québec, ministre de la Sécurité publique et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale. Le 24 septembre 2021, elle lance l’opération Centaure, pour lutter contre le trafic d’armes.
20 octobre 2022
À la suite de la victoire écrasante du gouvernement Legault pour un second mandat, Geneviève Guilbault est transférée au ministère des Transports et de la Mobilité durable, comme elle le souhaitait. Son mandat sera marqué par quelques controverses : non-port de la ceinture de sécurité, déclaration que le transport collectif « ne relève pas » de l’État, et le scandale SAAQclic.
20 février 2025
La vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, fait état d’un dépassement de coûts de près de 500 millions de dollars lié à la plateforme SAAQclic. Sur le coup, la ministre des Transports déplore avoir été « sciemment induite en erreur ». En août 2025, à la commission Gallant, elle avoue toutefois avoir été informée des dépassements de coûts dès juin 2023.
10 septembre 2025
Dans la foulée du fiasco SAAQclic, Mme Guilbault perd son poste de vice-première ministre du Québec, lors d’un remaniement ministériel. Elle est également mutée vers le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.
William Thériault, La Presse



