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Folichonneries | Derrière les folichonneries, de grandes questions

Sous ses airs de légèreté et un scénario joyeusement folichon, le premier long métrage d’Eric K. Boulianne propose une réflexion sentie sur le couple d’aujourd’hui, et surtout sur l’art de le garder en vie. Ça vous interpelle ? Vous n’êtes pas seul. Entretien avec ses principaux artisans, dans un décor tamisé de circonstance…


Publié à
6 h 00

« Oui, on parle de sexualité, de polyamour, etc. Mais ce n’est pas un film uniquement sur le sexe. C’est un film sur l’amour ! », précise d’emblée le réalisateur et coscénariste, Eric K. Boulianne, qui tient en prime un des rôles principaux de cette comédie de mœurs coquine, en salle le 30 janvier.

« C’est un film sur deux personnages qui apprennent à mieux vivre avec soi, mieux vivre en couple, ils deviennent de meilleures personnes et se comprennent mieux ! », renchérit Catherine Chabot (Lignes de fuite, La candidate), qui incarne son amoureuse à l’écran. Et disons qu’elle vivra de sacrés revirements. « C’est fait sans regard critique ni jugement. Il n’y a pas de honte aux explorations. C’est très tendre ! »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Catherine Chabot

C’est comme une ode à la liberté !

Catherine Chabot

Ce n’est pas tous les jours qu’on se rend à une rencontre de presse dans un club libertin. C’est pourtant au Club L, plus ou moins camouflé dans une ancienne Caisse Desjardins, rue Jean-Talon, que nous a conviés l’équipe, plus tôt cette semaine. Pour cause : deux scènes du film ont d’ailleurs été tournées ici.

« Peut-être qu’il y a une volonté de démocratiser [le libertinage], oui, ou du moins d’en parler », reprend Eric K. Boulianne, scénariste prolifique bien connu dans le milieu (Menteuse, Menteur, De père en flic 2, Viking, Le plongeur). « On sent que ça devient de plus en plus mainstream. Le polyamour, le mouvement sex-positive, la non-monogamie, […] et le film s’inscrit là-dedans. Le cinéma québécois était peut-être jusqu’ici un peu prude, croit-il, alors qu’on peut être un peu tannant. » Dit autrement : « Tant qu’à parler d’un sujet, autant le mettre de l’avant ! »

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La question de départ, même si elle n’est pas la plus « novatrice » qui soit, est néanmoins assez « universelle », enchaîne-t-il. En gros : comment diable garder la flamme allumée, le sacro-saint désir en vie, quand on est ensemble depuis 10, 15 ou 16 ans précisément, avec des enfants de surcroît ? D’où cet attachant duo, composé de François (Eric K. Boulianne) et Julie (Catherine Chabot), en quête d’ouverture, question de raviver ladite évanescente flamme.

Comment ? Pensez : échangisme, trips à trois, BDSM, même polyamour par la bande, pourrait-on résumer, mais le film ne tombe jamais dans la vulgarité. Tout le contraire : on verra les personnages découvrir un monde avec toute la maladresse et les fous rires, mais aussi les larmes, que cela implique.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Eric K. Boulianne

Notre approche n’est pas cynique, mais assez bienveillante. Ils vont se planter. Mais ils ne vont pas rester au point mort ni dans la routine.

Eric K. Boulianne

Il faut dire qu’Eric K. Boulianne est animé ici d’une sincère « curiosité », en tant que monogame de longue date et père de famille. Comprendre : il est tout sauf expert en matière d’ouverture de couple, tout comme son complice et coscénariste Alexandre Auger (Prank, Les Barbares de la Malbaie), d’ailleurs. Exactement comme leurs personnages, quoi. Et ça transparaît à l’écran.

« Il y a quelque chose, quand tu as des enfants, qui change dans la dynamique d’une relation, ajoute ce dernier. Des fois, tu t’oublies en tant que personne désirable et désirante. L’idée de faire renaître le désir, je trouvais ça beau. Ça n’a pas besoin de venir avec une ouverture, mais simplement de redécouvrir qu’on est un être sexué ! »

Le mot clé ici : redécouvrir. Ou plutôt « se » redécouvrir. « On voit de plus en plus de gens qui vont vers ces modèles [non monogames] pour se redonner une chance, reprend Eric K. Boulianne, mais au final, ils en apprennent plus sur eux-mêmes. Au départ, on pense que c’est un problème sexuel […] et puis finalement, on comprend que c’est une question de communication, et de bien se connaître soi-même ! » Bref, que tout cela dépasse largement le domaine de la sexualité.

PHOTO FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

Catherine Chabot et Eric K. Boulianne dans une scène de Folichonneries

Parlant de sexe, puisque c’est tout de même le point de départ du film, tout est ici très frontal, mais jamais « magnifié ». Le souci de réalisme est manifeste. « C’est la démarche que j’ai entreprise avec mon court métrage [Faire un enfant]. La sexualité est représentée de façon quotidienne. […] Ce n’est pas du soft porn. Il n’y a pas de gros plans sexy. » À noter que les scènes, positions, malaises et orgasmes ont tous été orchestrés d’un commun accord avec les acteurs et en présence d’une coordonnatrice d’intimité.

Ce n’est pas comme si j’avais fait des trips à quatre avant ! Alors on s’est assis : qu’est-ce qui est drôle, comment on amène le malaise ? […] Tu jases et c’est un sujet à belles discussions !

Eric K. Boulianne

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Eric K. Boulianne et Catherine Chabot

Curieusement, ce ne sont pas ces scènes-là qui ont été les plus difficiles à tourner. « Le plus vulnérabilisant, ça a été d’aller dans les émotions », tranche Eric K. Boulianne, qui a plus de métier derrière que devant la caméra. « Je suis sorti du tournage brûlé raide. C’est comme si jamais je ne m’étais permis d’aller là. » Et il n’y va pas à moitié, mais on ne vous en dira pas plus.

Chose certaine, « ce n’est pas un film qui va virer tout le monde non monogame », conclut le réalisateur. Mais c’est un film d’« émotions » qui devrait sinon ouvrir des esprits, à tout le moins provoquer de riches conversations. « On apporte un portrait nuancé. Oui, [le couple], c’est difficile, mais au final, on veut que l’amour triomphe ! »

En salle le 30 janvier

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