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L’UQTR propose une nouvelle maîtrise permettant aux enseignants non qualifiés d’être payés pour étudier

Une nouvelle maîtrise qualifiante permet à des enseignants non légalement qualifiés de Lanaudière de continuer à travailler à temps plein dans leur école secondaire tout en obtenant des libérations rémunérées pour suivre cette formation sur leur lieu de travail. Un projet inédit, destiné à améliorer la rétention du personnel, qui pourrait faire des petits ailleurs au Québec.

Simon Chatelain figure parmi les 25 membres de la cohorte d’étudiants ayant entamé l’automne dernier une nouvelle maîtrise qualifiante en enseignement offerte par l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), en partenariat avec les centres de services scolaires (CSS) des Affluents et des Samares. Cette formation leur permettra d’obtenir un brevet leur accordant une autorisation permanente d’enseigner, et donc une certaine stabilité professionnelle.

L’an dernier, M. Chatelain, qui enseigne depuis six ans dans une école secondaire, était prêt à tout laisser tomber pour changer de carrière en raison de la précarité liée à son statut d’enseignant non légalement qualifié.

« Je trouvais ça vraiment difficile de toujours repartir à zéro dans une nouvelle école, avec de nouveaux collègues, de la nouvelle matière », raconte au Devoir M. Chatelain, joint en marge d’une conférence de presse tenue mercredi par l’UQTR dans une école secondaire de Repentigny.

Or, suivre un programme qualifiant qui le forcerait à travailler à temps partiel plutôt qu’à temps plein pendant quelques années n’était pas une option financièrement viable pour lui. « Tant qu’à retourner aux études, j’allais faire un DEP quelconque, probablement comme électricien ou pour travailler sur un chantier de construction », avait ainsi envisagé le jeune père de famille. « Le pas à faire pour être un enseignant [légalement qualifié] était trop gros pour ce que j’avais le désir de faire et les capacités de faire », confie-t-il.

C’est alors qu’il a été informé par son employeur — le CSS des Affluents — de la possibilité de suivre cette nouvelle maîtrise qualifiante de 45 crédits, d’une durée d’environ deux ans et demi, qu’il a entamée en septembre dernier. Il suit depuis la plupart de ses cours dans des locaux de son école et pendant ses heures de travail, dans le cadre de libérations rémunérées par son employeur. « Ça fait une très grosse différence », constate-t-il.

Car non seulement Simon Chatelain peut continuer à enseigner à temps plein pendant ses études, mais il évite aussi d’avoir à « aller passer un trois heures chaque samedi [pour suivre un cours] à Trois-Rivières », puisqu’il est formé directement dans l’école où il enseigne.

D’ailleurs, amener les professeurs de l’UQTR à se rendre directement dans des écoles pour former des enseignants en quête d’un brevet permet à ceux-ci d’être davantage au fait des enjeux contemporains que rencontre le réseau de l’éducation, incluant la croissance du nombre d’élèves à besoins particuliers ou issus de l’immigration, relève au Devoir le directeur général du CSS des Affluents, Patrick Capolupo.

« Ça change la donne » en rapprochant la formation universitaire offerte de la réalité du travail des enseignants « sur le plancher des vaches », illustre le gestionnaire, qui voit par ailleurs dans cette formation une occasion de s’attaquer à l’importante pénurie de personnel dans les écoles en améliorant la rétention de ses enseignants.

M. Chatelain note pour sa part qu’au cours des derniers mois, cette formation lui a permis d’améliorer la planification de ses cours et la manière dont il donne des instructions à ses élèves. Des connaissances qui, déjà, ont eu « de gros impacts » sur sa manière d’enseigner, constate-t-il.

Un premier pas

D’ailleurs, la satisfaction devant ce projet est telle qu’à l’UQTR, on prévoit déjà d’en élargir la portée en créant un parcours qualifiant au baccalauréat en enseignement secondaire ayant une formule similaire. Celui-ci permettrait aux enseignants sans brevet qui ne sont pas éligibles à suivre une maîtrise qualifiante d’avoir eux aussi l’occasion d’être formés dans leur milieu de travail, explique en entrevue le recteur de l’université, Christian Blanchette.

Ce dernier confie également son intérêt à voir ce « projet pilote », qui permet de revoir la façon de former nos enseignants, faire des petits dans d’autres régions du Québec. « L’objectif, c’est de pouvoir l’établir là où le besoin est », si le financement gouvernemental est au rendez-vous.

Dans Lanaudière, l’initiative de formation en cours a bénéficié d’un soutien financier du ministère de l’Enseignement supérieur d’un peu plus d’un demi-million de dollars et, même s’il n’a pas encore été garanti, M. Blanchette est « optimiste » que son université obtiendra le coup de pouce nécessaire de Québec pour former une nouvelle cohorte d’étudiants l’automne prochain.

« Je pense que c’est évident qu’on n’a pas le choix, comme Québec, de financer ce genre de projet là pour justement qualifier une grande part [des enseignants] qui est déjà dans nos salles de classe », poursuit M. Blanchette.

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