Appui à Bernard Drainville | Régine Laurent démissionne du CA de Santé Québec

(Québec et Trois-Rivières) L’ex-syndicaliste Régine Laurent, qui a appuyé mardi Bernard Drainville dans la course à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ), contrevenant ainsi au code d’éthique des administrateurs de sociétés d’État, démissionne de son poste au sein du conseil d’administration de Santé Québec.
Mis à jour hier à
13 h 36
Mardi, Mme Laurent a appuyé publiquement le député de Lévis afin qu’il devienne le prochain chef caquiste au terme de la course, le 12 avril prochain. En prenant position, elle a dit qu’elle n’était aucunement en conflit d’intérêts. Sur quoi se basait-elle pour le dire ? « J’ai vérifié ça moi-même, je suis capable », a-t-elle répondu. Elle prendra une carte de membre de la CAQ afin de voter pour son favori.
Or, en agissant ainsi, Mme Laurent a contrevenu au code d’éthique des administrateurs de société d’État. Santé Québec l’a rappelée à l’ordre et l’ancienne syndicaliste a finalement remis sa démission.
Après vérifications mardi, la société d’État indiquait à La Presse que Mme Laurent devait observer un devoir de réserve dans le cadre de ses fonctions et que « le Code d’éthique des administrateurs de Santé Québec et le règlement sur l’éthique et la déontologie des administrateurs publics sont clairs au regard de la neutralité politique et de la réserve »
« L’indépendance de [ses] administrateurs est essentielle afin de préserver la confiance du public et du réseau de la santé et des services sociaux envers Santé Québec », concluait-on mardi.
Selon le chef libéral par intérim, Marc Tanguay, la situation dans laquelle Régine Laurent s’est placée elle-même était intenable.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Le chef libéral par intérim, Marc Tanguay
« Santé Québec nous a été vendu comme étant une entité qui, de façon indépendante, apolitique, va venir gérer les opérations. Elle est membre du conseil d’administration. Elle est rémunérée par les fonds publics pour ça [et] elle vient dire : j’appuie la CAQ, puis j’appuie Bernard Drainville. Pour moi, c’est inacceptable », a dit le chef de l’opposition officielle mercredi.
« C’est une position intenable. Je ne pense pas qu’elle puisse rester », a-t-il tranché. Souhaitant également réagir, le porte-parole de Québec solidaire (QS) en matière d’éthique, Étienne Grandmont, a affirmé que les actions de Mme Laurent exigent « des conséquences ». « Il est clair [qu’elle] est allée trop loin avec sa déclaration », a-t-il déclaré par écrit.
Pour le Parti québécois (PQ), « le risque est grand que toutes les décisions de la société d’État soient interprétées à l’aune de l’implication partisane active de certains membres de son CA ». Le gouvernement Legault s’en remettait pour sa part à Santé Québec. C’est pourtant lui qui a nommé Régine Laurent au conseil d’administration de cette société d’État, en vertu d’un décret adopté le 22 mai 2024.
« Je ne me mêle pas de ça comme ministre de la Santé », a affirmé Sonia Bélanger en marge d’une réunion du caucus caquiste à Trois-Rivières. « Le conseil d’administration de Santé Québec, c’est un conseil d’administration qui a toutes les responsabilités d’assurer les bonnes pratiques en gouvernance. Alors ils vont faire le suivi donc avec Mme Laurent, je les laisse regarder ça. »
« Je pense qu’il faut laisser ça à chaque personne. Il y a une question d’éthique, de positionnement, une question d’attitude dans ce dossier-là, je vais laisser le conseil d’administration faire le travail qu’ils ont à faire », a-t-elle ajouté.
Pour l’aspirant premier ministre Bernard Drainville, Régine Laurent « est une femme qui est libre », qui « a décidé de prendre la parole comme citoyenne ». « Il n’y a pas personne qui va réussir à la faire taire ! » a-t-il lancé, tout en disant qu’il ne veut pas commenter « les procédures internes » de Santé Québec.
Drainville sur un terrain glissant
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Le député de Lévis et aspirant chef caquiste Bernard Drainville.
Marc Tanguay juge par ailleurs que l’aspirant chef caquiste Bernard Drainville s’aventure sur un terrain glissant, alors qu’il a souligné avec enthousiasme dimanche dernier à Tout le monde en parle que les Québécois qui paieront 15 $ pour devenir membres de la CAQ auront le privilège de choisir le prochain premier ministre du Québec.
En s’exprimant ainsi, M. Drainville s’expose-t-il à des pressions externes, notamment des groupes de pression qui pourraient inciter leurs membres à payer les fonds nécessaires pour choisir la personne qui sera à la tête de l’État ?
« Il faut toujours être conscient de ça, puis il faut toujours éviter le cas. Je pense qu’encore une fois c’est une zone grise, c’est un terrain glissant », a dit M. Tanguay.
Les libéraux, qui sont aussi en plein cœur d’une course à la chefferie, dans laquelle le seul candidat actuellement reconnu est l’ex-président de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Charles Milliard, se disent prêts si des élections hâtives sont déclenchées ce printemps. Or, M. Tanguay dit qu’il espère que le gouvernement terminera son mandat et que la loi sur les élections à date fixe sera respectée (le cas échéant, le scrutin aura lieu en octobre).
Poids du Québec au sein du Canada
M. Tanguay est par ailleurs inquiet de constater que le poids démographique du Québec au sein du Canada est appelé à diminuer au cours des prochaines années. Par contre, il ne dit pas clairement si le PLQ hausserait de façon importante les seuils d’immigration afin de freiner ce déclin.
Selon les nouvelles projections démographiques publiées mardi par Statistique Canada, plus l’immigration augmentera ailleurs au pays, plus la population du Québec pèsera moins lourd dans la fédération au cours des prochaines années. Si le Québec accueille aujourd’hui 22 % de la population canadienne, cette proportion pourrait diminuer à près de 18 % d’ici 2050, selon certains scénarios.
« On est préoccupé […]. [Le poids démographique] du Québec au sein de la fédération canadienne, c’est une donnée essentielle pour qu’on puisse continuer à assumer et avoir de l’influence au sein du Canada », a dit M. Tanguay.
Dans un premier temps, les libéraux promettent d’établir une clause de droits acquis pour les immigrants présents sur le territoire et qui avaient choisi de refaire leur vie au Québec à l’époque de l’ancien Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui était jusqu’à tout récemment la voie rapide pour obtenir la résidence permanente. Le PLQ souhaite que ces personnes puissent postuler à ce programme et que leur dossier soit évalué selon les anciens critères.
Selon les libéraux, le fait que de nombreuses personnes immigrantes parlant français et intégrées sur le marché de l’emploi soient incapables de rester dans la province, car elles ne se qualifient pas dans le nouveau programme mis en place par la CAQ, est un bris de parole de l’État québécois.



