Vie privée, de Rebecca Zlotowski | Jodie Foster dans la langue de Molière

Dans Vie privée, Rebecca Zlotowski offre à Jodie Foster un premier grand rôle dans un film français. La Presse a recueilli les propos de la réalisatrice et de l’actrice lors d’une conférence de presse privée au Festival de Toronto.
Publié le
30 janvier
Maîtrisant à merveille le français, langue qu’elle a apprise dès l’âge de 9 ans, Jodie Foster a tourné plus d’une fois en France. Ainsi a-t-on pu la voir dans Moi, fleur bleue (1977), d’Éric Le Hong, Le sang des autres (1984), de Claude Chabrol, et Un long dimanche de fiançailles (2004), de Jean-Pierre Jeunet. Pourtant, jamais un cinéaste français n’avait encore osé lui offrir un rôle de premier plan.
« Comme les Américains et les Canadiens, les Français sont obsédés par Jodie Foster, affirme Rebecca Zlotowski. Que Jodie parle et joue en français m’apparaît comme un superpouvoir à la Marvel. Parfois vous voyez des acteurs et des actrices dont les superpouvoirs n’ont pas été explorés. Je me suis dit qu’elle ne voulait peut-être pas jouer en France, qu’elle n’aimait peut-être juste pas la baguette. Alors ce que j’ai fait, c’est de le lui demander, tout simplement. »
Désolé, votre navigateur ne supporte pas les vidéos.
Séduite par le scénario de Vie privée, où elle incarne Lilian Steiner, psychanalyste américaine exerçant à Paris, Jodie Foster s’est alors plongée dans l’univers de Rebecca Zlotowski (Belle épine, Grand Central, Les enfants des autres) avant de rencontrer la cinéaste et d’accepter son offre. Enchantée qu’on lui confie enfin une telle partition, l’actrice s’est rendue à Paris trois semaines avant le tournage afin de vivre totalement en français.
« J’ai une personnalité complètement différente en français qu’en anglais, confie-t-elle. Ma voix est plus haute. Je n’ai pas confiance en moi. J’ai l’impression que je vais commettre une erreur à tout moment, et donc, ça me rend un peu inquiète, anxieuse. »
J’ai l’impression qu’il est plus facile pour moi d’entrer dans un tout nouveau personnage quand je ne sonne pas et que je ne me sens pas comme la personne ancrée que je suis.
Jodie Foster
Alors qu’elle vient de perdre un patient (Noam Morgensztern), insatisfait de ses services, Lilian apprend que sa patiente Paula Cohen-Solal (Virginie Efira) vient de se suicider. N’ayant pu détecter sa détresse, Lilian est persuadée que la femme a été assassinée par son mari (Mathieu Amalric). Bientôt, la psychanalyste convainc son ex (Daniel Auteuil) d’enquêter sur la mort de Paula.
PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS
Jodie Foster et Vincent Lacoste dans une scène de Vie privée
« Je n’ai jamais joué de thérapeute, en l’occurrence, de psychanalyste freudienne, auparavant », explique Jodie Foster, qui a étudié Freud à l’université. « Lilian n’est pas une bonne thérapeute parce qu’elle n’a pas une bonne écoute. C’est une expatriée qui a tout laissé derrière elle, qui a dû se réinventer. Elle parle français couramment, mais elle n’a jamais maîtrisé à 100 % cette langue. D’ailleurs, j’ai dit à Rebecca que l’un des aspects du film que je trouvais très intéressant, c’est la relation qu’elle a avec son fils, joué par Vincent Lacoste, qui ne parle que français et qui peut donc la dominer. »
Quand vous entrez dans le cabinet d’un psychologue, vous êtes devant tant de mystères, tant de questions. Pour le cinéma de genre, c’est un terrain de jeu idéal pour les désirs refoulés, les conversations, les révélations.
Rebecca Zlotowski
« Puis, je me suis demandé ce qui arriverait si on échangeait les rôles, c’est-à-dire si le patient devenait muet et super secret et que celui qui est censé l’écouter devenait bavard, tenterait d’enquêter sur lui-même, puis de partager ses propres secrets », raconte la cinéaste, qui a dû elle-même quitter sa thérapeute parce qu’elle se confiait beaucoup trop à elle.
PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS
Rebecca Zlotowski sur le plateau de Vie privée
Rompue aux drames, Rebecca Zlotowski s’est plu cette fois à explorer une part moins sombre d’elle-même. Si elle emprunte aux codes du thriller, elle y apporte une certaine fantaisie et une dose d’humour en plongeant dans la psyché et les vies antérieures de Lilian.
« Je suis juive », laisse-t-elle simplement tomber pour expliquer ce virage. « Nous pouvons pleurer tout en restant drôles ou être drôles tout en étant profondément mélancoliques. Cela fait partie de ma famille et de ma culture, mais dans la vie de tous les jours, j’aime rire. Vie privée est mon sixième film, et cette fois, je me suis dit que j’allais faire exactement le film que j’avais envie de voir. »
PHOTO FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS
Jodie Foster et Daniel Auteuil dans une scène de Vie privée
De l’avis de Jodie Foster, Daniel Auteuil, qui, à l’instar des autres acteurs du film, ne s’est pas fait prier pour donner la réplique à l’actrice américaine, a beaucoup contribué à apporter une forme de légèreté à Vie privée.
« Évidemment, quand Rebecca a écrit le film, elle avait une idée de l’orientation qu’il allait prendre, mais Daniel a une belle légèreté, il ne se prend pas au sérieux. Comme Rebecca, je savais qu’un lien allait s’établir entre Daniel et moi ; nous nous sentions comme un frère et une sœur. Daniel a vraiment changé le ton du film et Rebecca n’a pas eu peur de le suivre dans cette direction », conclut Jodie Foster.
En salle



