Hockey | Macklin Celebrini : le vieillissement accéléré d’un adolescent de 19 ans

(Milan) Au dévoilement de la formation d’Équipe Canada le 31 décembre, le directeur général, Doug Armstrong, a fait rigoler son auditoire avec une anecdote sur Macklin Celebrini.
Publié hier à
12 h 57
Le DG racontait qu’à l’automne 2024, dans les premières semaines de la carrière de Celebrini dans la LNH, il avait contacté celui qui avait alors 18 ans pour l’informer qu’il ne serait pas retenu pour la Confrontation des 4 nations, mais que « ce serait ensuite les Jeux olympiques ». Cette conversation a eu lieu quelques heures avant un duel entre les Blues d’Armstrong et les Sharks de San Jose, à St. Louis.
« Et il a eu quatre points ce jour-là. Je devrais toujours avoir ces conversations après les matchs, pas avant ! », avait dit en riant Armstrong.
Armstrong a quelque peu embelli l’histoire, puisque Celebrini avait « seulement » obtenu deux, puis trois points lors des deux visites des Sharks à St. Louis cet automne-là. Mais au-delà de l’anecdote, cette conversation a insufflé à Celebrini le reste de motivation nécessaire. Avec comme résultat que lundi midi, il était là, debout devant des dizaines de journalistes agglutinés derrière une barricade, à Milan. Aux Jeux olympiques.
« J’étais juste emballé. Je ne savais même pas que j’étais sur leur radar, a raconté Celebrini, après l’entraînement du Canada. Quand il m’a dit ça, ça m’a donné une poussée, de l’enthousiasme, un objectif sur lequel travailler. J’étais heureux de simplement être mentionné. »
Travaillé, il a. Statistiquement, ça s’est traduit par une campagne initiale de 63 points en 70 matchs, puis une explosion de 81 points en 55 matchs cette saison, qui lui valait le 4e rang de la LNH au moment de la pause olympique.
Macklin Celebrini détient maintenant la distinction d’être le plus jeune joueur à avoir porté les couleurs d’Équipe Canada dans les Jeux olympiques auxquels les joueurs de la LNH ont participé.
Celebrini obtient un privilège auquel même Sidney Crosby n’a pas eu droit. Crosby était toutefois un an plus jeune ; les Jeux de Turin, en 2006, avaient lieu pendant la première saison du numéro 87. N’empêche que c’est possiblement la seule fois qu’un dirigeant de hockey a dit « non » à Crosby.
« Il veut être dans cette situation, dans ces gros moments, a observé Crosby. Il s’améliore d’année en année, il voulait être ici, et ça paraît qu’il veut être ici. »
PHOTO GUILLAUME LEFRANÇOIS, LA PRESSE
Sidney Crosby en mêlée de presse lundi
L’âge de Celebrini est un sujet, mais Jon Cooper a tenu à y apposer un bémol après l’entraînement de dimanche.
« Il a peut-être 19 ans, dans le sens que son corps a 19 ans, mais son intelligence du jeu est en avance sur son âge, a estimé l’entraîneur-chef du Canada. Donc je ne peux pas le considérer comme un jeune. Je l’ai côtoyé, j’ai parlé à des joueurs, et il est beaucoup plus mature que son âge. »
L’expérience du Mondial junior… et ses cicatrices
Championnat du monde des moins de 18 ans en 2023, des moins de 20 ans l’année suivante. Championnat du monde sénior en 2025, et maintenant, les JO. Ce qui est l’œuvre d’une vie pour plusieurs, Celebrini l’a accompli en moins de trois ans, soit en à peine 34 mois.
Au sujet de ces différents plateaux qu’il franchit à une vitesse folle, un confrère lui a demandé ce que le Celebrini de 17 ans, qui participait au Championnat du monde junior, dirait s’il avait su qu’il côtoierait les meilleurs au monde deux ans plus tard.
C’est incroyable, ça ne me traversait même pas l’esprit. J’essayais juste de gagner l’or au Mondial junior, puis deux ans plus tard, le but a changé un peu. Mais l’état d’esprit reste le même.
Macklin Celebrini
Parmi les trucs qui sont identiques, il y a le but. Hormis peut-être le Championnat du monde sénior de mai, le Canada débarque généralement dans les tournois internationaux à titre de favori. Tout résultat autre qu’une médaille d’or viendra avec son lot de critiques.
À ce sujet, Celebrini est bien placé pour s’exprimer. Dans ses trois tournois mentionnés plus haut, le Canada n’a jamais même atteint la finale. Jeudi, en lever de rideau du tournoi, les unifoliés affrontent la Tchéquie, pays qui a éliminé le Canada dans les trois dernières éditions du Mondial U20, dont celle à laquelle Celebrini a participé.
« J’ai été dans un de ces matchs. On sait le genre de jeu qu’ils jouent. Ce n’est pas un pays que tu peux prendre à la légère. C’est cool de voir à quel point ils forment un tout pour ces tournois. On devra offrir notre meilleur rendement. »
Si l’adolescent de 19 ans en est conscient, on devine que les plus vieux le sont aussi.
Trop tard pour le 71
Après Nick Suzuki, Celebrini patinera lui aussi avec un numéro différent de celui qu’il porte dans la LNH. Il faudra en effet s’habituer à le voir avec le 17, numéro qu’il portait notamment à Boston University. Son 71 est pourtant disponible, mais s’est libéré trop tard ; c’est Anthony Cirelli qui devait le porter, mais il est blessé. « Les chandails étaient déjà faits », a-t-il précisé.
Avec McDavid, peut-être
Parmi les intrigues de l’entraînement de dimanche, il y avait justement Celebrini, qui avait été jumelé à Connor McDavid et Tom Wilson, au sein d’un fascinant trio. On aimerait bien vous dire que c’était encore le cas lundi, mais Hockey Canada a décrété que l’entraînement se tiendrait à huis clos. Aucun journaliste n’y a donc été admis, donc Jon Cooper a eu le loisir de tester de nouvelles combinaisons à l’abri des regards, si le cœur lui en disait. Notons que la Suède, la Lettonie et la Suisse ont aussi fermé leurs entraînements du jour aux médias. C’est la deuxième fois que Hockey Canada fait le coup du huis clos aux journalistes depuis le début des Jeux ; l’équipe féminine s’était également entraînée sans le regard bienveillant des journalistes jeudi soir, une séance qui remplaçait le match contre la Finlande, qui avait été reporté.
Grand champion
Par ailleurs, la mêlée de presse de Sidney Crosby a pris fin de façon inusitée. Un homme s’est approché de la barricade et lui a tendu un chandail numéro 87 des Penguins de Pittsburgh, en lui demandant un autographe. « Non, non, non, pas d’autographe ! », a aussitôt crié un relationniste d’Équipe Canada, pendant que les journalistes nord-américains qui prennent leur métier au sérieux donnaient une volée de bois vert à l’hurluberlu du jour. Il n’est pas clair si ledit hurluberlu était journaliste ou membre du personnel des JO. Qu’importe, il est reparti bredouille.




