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Voyages aux États-Unis | « Nos amis canadiens nous manquent »

« Nos amis canadiens nous manquent, c’est une situation très étrange. » Derek Stevens s’est tourné vers un vieux truc pour les rapatrier à Las Vegas. À l’intérieur de ses trois hôtels situés dans la ville du péché, le dollar canadien vaut autant que le billet vert. Ce type d’offensive peut-il faire changer d’idée les voyageurs ayant tourné le dos aux États-Unis ? Ça ne sera pas facile.


Publié à
5 h 00

Les revenus tirés des jeux de hasard d’argent ont peut-être atteint 15,8 milliards US l’an dernier au Nevada, mais l’homme d’affaires ne s’en cache pas : derrière ce record se cache un bémol – une baisse de 7,5 % du nombre de touristes à Las Vegas.

« Il y avait une baisse chez les touristes internationaux et plus particulièrement en provenance du Canada, explique M. Stevens, en entrevue téléphonique. Le Canada est le principal marché touristique pour Las Vegas. »

Cette tendance ne semble pas vouloir s’essouffler. La magie de Disney s’estompe et l’intérêt pour d’autres grandes villes comme New York s’amenuise. Un récent portrait brossé par la firme de données sur l’industrie aérienne Cirium à la demande de La Presse en offre un aperçu.

Entre le 7 octobre et le 31 janvier dernier, les réservations pour des vols pour se rendre chez nos voisins du Sud au mois de juillet – le cœur de la saison estivale – affichaient un recul d’environ 15 % par rapport à la même période en 2024. Le déclin est similaire de l’Europe vers les États-Unis.

PHOTO RYAN GOBUTY PHOTOGRAPHY LLC

À Las Vegas, le Circa Resort & Casino accepte le dollar canadien au pair avec le billet vert pour tenter de reconquérir les voyageurs canadiens.

C’est dans ce contexte que le propriétaire et président du Circa Resort & Casino, du D Las Vegas et du Golden Gate Hotel and Casino a décidé d’offrir du répit au portefeuille des visiteurs canadiens, alors que le huard s’échange aux alentours de 74 cents US.

Jusqu’au 31 août, ses hôtels acceptent le dollar canadien à sa valeur nominale.

Changement d’humeur

Sans commenter directement les politiques du président américain, Donald Trump, à l’endroit du Canada, M. Stevens concède que le climat tendu entre les deux pays se reflète sur la baisse de l’achalandage chez les touristes étrangers, d’où l’idée de sa promotion à l’égard des Canadiens.

« Ce n’est pas parce que nos dirigeants sont engagés dans une guerre verbale que nous le sommes tous, dit-il. Nous aimons toujours le Canada. C’est notre meilleur allié et je tiens à le préciser. »

PHOTO SAM MORRIS, ARCHIVES LAS VEGAS NEWS BUREAU

Derek Stevens, propriétaire et président du Circa Resort & Casino, du D Las Vegas et du Golden Gate Hotel and Casino, en 2019

Est-ce que ça fonctionne ? « Moitié-moitié », répond le principal intéressé, en expliquant que certains clients, malgré un accueil favorable à l’offre de ses hôtels, comptent néanmoins passer leur tour cette année.

M. Stevens n’est pas le seul à le constater. CAA-Québec, qui offre une multitude de produits et services pour planifier un voyage, le voit aussi. On délaisse les États-Unis pour l’Europe, souligne son porte-parole, Nicolas Ryan.

Un exemple : les groupes scolaires habitués d’aller au sud de la frontière optent pour d’« autres destinations », comme l’Europe. Et les croisiéristes qui partaient de la Floride préfèrent maintenant lever l’ancre à partir des ports européens.

« Pour Disney, c’est une baisse d’environ 30 %, affirme M. Ryan. Nous continuons tout de même à recevoir de la demande, mais tout le marché américain demeure difficile. »

Bonjour, l’Europe

Si les États-Unis ne figurent plus parmi les options des vacanciers, où vont-ils ?

Ils restent essentiellement dans leur coin de pays ou se tournent vers l’Europe, selon les intervenants que nous avons consultés. Cirium constate une augmentation notable des réservations à destination d’aéroports comme ceux de Dublin (34 %), Barcelone (31 %), Munich (23 %) et Milan (21 %) en vue de la période estivale.

Chez CAA-Québec, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Allemagne, la République tchèque, la Turquie et la Finlande ont la cote.

« Cela témoigne du fait que l’Europe demeure l’option de rechange pour les Canadiens qui voyageaient aux États-Unis et qui cherchent une autre façon de se dépayser », observe Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat.

Même Airbnb constate une augmentation des recherches émanant du Canada vers l’Italie, la France, le Portugal, le Royaume-Uni et l’Espagne, a indiqué à La Presse la plateforme de location et de réservation de logements, sans toutefois aller jusqu’à fournir des données précises.

« Bien que l’intérêt des Canadiens pour les destinations européennes demeure fort cet été, nous observons également une demande soutenue pour des voyages plus près de chez nous », a ajouté son gestionnaire des politiques publiques au Canada, Louis-Martin Leclerc.

Par ailleurs, la baisse d’intérêt des Européens à l’endroit des États-Unis pourrait sourire au Canada si certaines tendances se maintiennent. Vers le Canada, Cirium constate des augmentations en provenance d’Amsterdam, aux Pays-Bas (20 %), de Heathrow, à Londres (11 %), et de Francfort, en Allemagne (3 %).

Il s’agit de plaques tournantes, où les voyageurs transitent dans le cadre de leur voyage à l’étranger. Selon M. Vachon, cela témoigne d’un « intérêt des Européens d’un peu partout envers le Canada ».

La méthodologie de Cirium

C’est une sorte d’échantillon que la firme peut fournir. Ses données proviennent de sources tierces, comme les agences de voyages en ligne ainsi que d’autres systèmes de distribution. Il ne s’agit pas des ventes directement faites par les compagnies aériennes. « Seuls les transporteurs connaissent avec certitude leur nombre de réservations », précise Cirium.

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