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Les bienfaits de s’occuper de ses petits-enfants

S’occuper de ses petits-enfants protège le cerveau, selon une récente étude sur la santé des aînés.


Publié à
6 h 00

Quelques fois par mois, Jean-Guy Sanche joue au billard avec son petit-fils Julien, 18 ans. « Ça me permet d’être une présence dans sa vie. J’avais un grand-père que j’ai appris à connaître à l’adolescence, il m’a beaucoup donné. »

M. Sanche, qui a trois autres petits-enfants, estime que son rôle de grand-papa est bénéfique tant pour lui que pour eux. « Des fois, ils font des observations et je me rends compte que je ne peux pas m’asseoir dans mes certitudes. Ça me garde flexible, ça m’oblige à m’adapter. »

PHOTO FOURNIE PAR FRANÇOIS SANCHE

Julien avec son grand-père Jean-Guy Sanche

Ce temps passé avec ses petits-enfants est bon pour la santé de M. Sanche, confirme la science. À la fin de janvier, une étude sur 2887 Britanniques suivis pendant six ans a démontré que ceux qui s’occupaient de leurs petits-enfants avaient moins de déclin de la mémoire et du vocabulaire.

« Pour les femmes, il y avait moins de baisse durant ces six ans sur des tests cognitifs », dit Flavia Chereches, de l’Université de Tilbourg, aux Pays-Bas, qui est l’auteure principale de l’étude publiée dans la revue Psychology and Aging.

L’effet cognitif de fréquenter ses petits-enfants était petit, mais statistiquement significatif. Et il est comparable à d’autres activités sociales ou intellectuelles qu’on recommande souvent pour prévenir le déclin cognitif, note Mme Chereches.

La Pat’Patrouille

Près de Sorel, Françoise Reid, elle, s’occupe du quotidien de ses quatre petits-enfants : cours de natation, trajets de l’école ou de la garderie vers la maison, ou alors les vacances à sa maison de Saint-François.

« C’est tellement de joie pour moi, dit Mme Reid. Les enfants m’appellent Mamou. Ma première petite-fille, Mathilde, disait Mamour comme dans mamie amour. Son petit frère Léonard avait du mal à prononcer les R, alors c’est devenu Mamou. »

Mme Reid et M. Sanche ne sont pas surpris des résultats de l’étude de Mme Chereches.

Mes petits-enfants me gardent jeune. Les plus vieux sont ados et ils me gardent au courant de la musique. Au fil des ans, je me suis intéressée aux dinosaures, au Moyen Âge, à l’astronomie et aussi à La Pat’Patrouille et Minecraft ! C’est sûr que ça me garde flexible.

Françoise Reid

M. Sanche rapporte que lorsque les iPad ont été lancés, il a appris à s’en servir pour pouvoir garder un lien avec ses petits-enfants.

Des rôles différents

La prochaine étape dans les travaux de Mme Chereches est d’examiner les motivations des grands-parents qui s’occupent de leurs petits-enfants. « Il est possible que les grands-parents qui trouvent que c’est un fardeau aient moins de bénéfices cognitifs, dit-elle. Il faudrait aussi comprendre pourquoi il y a des différences pour l’impact chez les femmes et les hommes. »

Les grands-papas ont souvent un rôle de soutien, par exemple remplir un rôle de chauffeur, alors que les grands-mamans sont souvent plus impliquées dans les soins et l’éducation de leurs petits-enfants, avance-t-elle. Il se peut que cela explique les différences entre hommes et femmes.

Autre possibilité, le rôle de soutien des grands-pères leur donne moins d’autonomie, en ce sens qu’on leur donne des directives, par rapport aux grands-mères qui pourraient avoir plus de latitude dans la manière dont elles s’occupent de leurs petits-enfants, propose Mme Chereches.

Des études montrent que les aînés qui ont la garde de leurs petits-enfants ont une moins bonne santé physique et psychologique que ceux qui s’en occupent de temps en temps, note Mme Chereches. Cela pourrait être dû au fait qu’ils se considèrent comme trop vieux pour s’occuper d’enfants, ou que leurs enfants (les parents des enfants) compliquent ce rôle parental inattendu.

Même chez les grands-parents qui font du gardiennage, un sur cinq trouve que c’est un « fardeau », note Mme Chereches, s’appuyant sur une étude auprès de 3500 grands-parents néerlandais, publiée en 2024 dans Ageing & Society. Il n’y avait pas de différence entre la fréquence du gardiennage.

Au Québec aussi

L’étude néerlandaise est très intéressante, selon Xavier St-Denis, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui a publié en septembre une étude sur les grands-parents québécois. « Dans la vie de tous les jours, on parle souvent des bénéfices pour les grands-parents de s’occuper de leurs petits-enfants, dit M. St-Denis. Mais il y a peu d’études qui les quantifient. »

Seul bémol selon lui, dans l’échantillon néerlandais, les grands-parents qui s’occupaient le plus de leurs petits-enfants au début de l’étude avaient aussi un meilleur profil cognitif. Donc, il est possible que l’effet protecteur de la grand-parentalité soit surestimé.

L’étude québécoise a certains résultats semblables à celle de Mme Chereches.

« Nous avons aussi observé des inégalités entre les genres », dit M. St-Denis. Son étude incluait des données sur la proximité émotionnelle, qui était légèrement plus élevée pour les grands-mamans que pour les grands-papas (60 % contre 46 %). Les grands-parents étaient aussi plus proches émotionnellement des enfants de leurs filles que de ceux de leurs fils (59 % contre 49 %).

Autre différence entre les sexes, les grands-mères québécoises sont plus impliquées dans des soins « traditionnellement associés aux femmes », dit M. St-Denis. Par exemple, plus d’une grand-maman sur 20 s’occupe des soins de ses petits-enfants au moins tous les deux jours, contre un nombre négligeable de grands-papas. Deux fois plus de femmes que d’hommes font régulièrement du gardiennage.

Et pourtant, la fréquence des contacts des petits-enfants avec grand-papa et grand-maman était similaire. Est-ce que cela pourrait signifier que grand-maman a un rôle à jouer lors de ces contacts, alors que grand-papa est plutôt un figurant ? « Peut-être, dit M. St-Denis. Il est aussi possible que les grands-pères vont plus aux compétitions sportives de leurs petits-enfants. Ou alors, ça peut vouloir dire que les grands-mères appellent gardiennage ce que les grands-pères considèrent comme du temps de qualité passé avec leurs petits-enfants. »

En savoir plus

  • 53 %
    Proportion des grands-parents néerlandais qui considèrent comme une obligation le fait de s’occuper de leurs petits-enfants s’ils les voient plusieurs fois par semaine

    source : agEing & society

    17 %
    Proportion des grands-parents néerlandais qui considèrent comme une obligation le fait de s’occuper de leurs petits-enfants s’ils les voient quelques fois par année

    source : agEing & society

  • 20 %
    Proportion des grands-parents néerlandais qui considèrent comme un fardeau le fait de s’occuper de leurs petits-enfants

    source : agEing & society

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