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Conflit au Moyen-Orient | L’Iran vise des cibles américaines, Israël annonce créer une zone tampon au Liban

(Riyad) De l’ambassade américaine à Riyad à des centres de données du géant Amazon aux Émirats et à Bahreïn, Téhéran multiplie mardi les attaques ciblant des sites liés aux États-Unis dans le Golfe, en riposte à la guerre sans précédent lancée par Israël et les États-Unis.


Publié à
6 h 30

Sofiane ALSAAR, avec les bureaux de l’AFP à Téhéran, Jérusalem, Beyrouth et Dubaï

Agence France-Presse

Alors que le Moyen-Orient s’embrase, de Téhéran à Beyrouth et même Chypre, l’ambassade américaine en Arabie saoudite a été la cible de deux drones, qui ont provoqué un incendie, l’obligeant à fermer ses portes.  

De nouvelles explosions ont retenti par la suite dans le centre de la capitale saoudienne, selon un journaliste de l’AFP et des témoins, et au moins quatre drones ont été interceptés. Un riverain a dit avoir « entendu une détonation et senti la maison trembler ».

Comme à Riyad, l’ambassade américaine au Koweït a signalé sa fermeture jusqu’à nouvel ordre, et Washington a ordonné le départ de tout son personnel diplomatique « non urgent » d’Irak, de Jordanie et du Bahreïn.  

À Bahreïn, une base aérienne américaine a été visé par des drones et de missiles au cours d’une « attaque à grande échelle », selon les Gardiens iraniens de la Révolution.

Autres cibles liées aux États-Unis, des centres de données d’Amazon aux Émirats arabes unis et à Bahreïn ont été endommagés par des drones, perturbant les services de la multinationale dans certaines régions du Moyen-Orient.

Six militaires américains ont été tués depuis le début de la guerre, selon le Pentagone.

Côté iranien, le Croissant-Rouge a annoncé un bilan de plus de 780 personnes tuées depuis le début de l’attaque samedi, un chiffre que l’AFP n’a pu vérifier de manière indépendante.

PHOTO MAJID ASGARIPOUR, WEST ASIA NEWS AGENCY, FOURNIE PAR REUTERS

Une femme marche dans la rue après une frappe israélienne et américaine contre un poste de police à Téhéran, en Iran, le 3 mars 2026.

Télévision iranienne ciblée

À Téhéran, ville fantôme désertée par ses habitants, de puissantes explosions continent à retentir, selon des journalistes de l’AFP, tout comme à Karaj, à l’ouest de Téhéran, ainsi qu’à Ispahan (Centre).

Dans le nord de la capitale, l’armée israélienne a affirmé dans la nuit avoir « frappé et démantelé » le siège de la radio-télévision publique iranienne (IRIB), mais celle-ci a dit poursuivre ses émissions.

« La situation n’est pas bonne du tout. Nous sommes sous le feu des bombardements. Internet ne fonctionne pas et nous n’avons aucune nouvelle de personne », témoigne un producteur de film présent à Téhéran.

PHOTO DILARA SENKAYA, REUTERS

Des Iraniens se frayent un chemin après avoir traversé la frontière turque au poste-frontière de Kapikoy, en Turquie, le 3 mars 2026.

Dans ces conditions, l’agence de l’Union européenne pour l’asile redoute un scénario de « flux de réfugiés d’une ampleur sans précédent » en provenance d’Iran, qui compte près de 90 millions d’habitants.

« Le déplacement de ne serait-ce que 10 % de la population iranienne suffirait à rivaliser avec les plus importants flux de réfugiés de ces dernières décennies », a-t-elle averti.

Incursion terrestre israélienne au Liban

Au Liban, les ordres d’évacuation secouent le pays où les frappes israéliennes, menées en riposte aux tirs du mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait 52 morts au total, selon les autorités. Les Nations unies ont fait pour leur part état d’au moins 30 000 personnes déplacées.

Pour la première fois depuis le début de son offensive samedi, l’armée israélienne mène une incursion terrestre dans une zone frontalière du sud, a indiqué une source militaire à l’AFP.  

PHOTO RABIH DAHER, AGENCE FRANCE-PRESSE

De la fumée s’élève suite au bombardement israélien sur la région de Kfar Tibnit, dans le sud du Liban, le 3 mars 2026.

L’armée israélienne a annoncé mardi qu’elle créait « une zone tampon » au Liban, peu après que le ministre de la Défense, Israël Katz, a autorisé les soldats à se déployer sur de nouvelles positions dans le sud du pays, frontalier du nord d’Israël.

« Le Commandement nord a avancé, pris le contrôle des hauteurs et crée à présent une zone tampon, comme nous l’avions promis, entre notre population et toute menace », a déclaré le porte-parole de l’armée, le général de brigade Effie Defrin, à la télévision.

Le Hezbollah, frappé d’une interdiction « irrévocable » de ses activités militaires de la part des autorités libanaises, a de son côté dit avoir ciblé trois bases militaires situées sur le sol israélien.

Israël compte pour l’instant dix morts à la suite de frappes iraniennes, selon les services de secours.

« Viser l’Amérique »

Au début de l’attaque, qui s’est soldée par la mort du guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens, Donald Trump avait appelé le peuple à renverser la République islamique en place depuis 1979.

Si les États-Unis souhaitent la chute du pouvoir actuel, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a assuré que ce n’était pas « l’objectif » de la guerre, qui pourrait durer des semaines, voire « beaucoup plus », selon Washington.

Il s’agit avant tout d’empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique – intention que Téhéran dément – et de détruire ses capacités balistiques, selon Israël.

PHOTO JACK GUEZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le personnel de sécurité procède à une fouille après qu’un projectile a frappé la région de Petah Tikva, dans le centre d’Israël, le 3 mars 2026.

Après la guerre de 12 jours en juin 2025, les Iraniens « ont commencé à construire de nouveaux sites, des bunkers souterrains qui auraient rendu leurs programmes de missiles balistiques et leurs programmes d’arme atomique intouchables d’ici quelques mois », a assuré le premier ministre Benyamin Nétanyahou.

« Et alors ils auraient pu viser l’Amérique », a-t-il ajouté.

« M. Rubio a admis ce que nous savions tous : les États-Unis sont entrés dans une guerre choisie par et au nom d’Israël. Il n’y a jamais eu de soi-disant “menace” iranienne », lui a répondu sur X son homologue iranien, Abbas Araghchi.

Inquiétude des marchés

Face à l’extension de ce conflit protéiforme, l’inquiétude gagne les marchés : les Bourses mondiales creusent leurs pertes, lestées par la flambée des prix du pétrole. Les prix du gaz européen s’envolent aussi, affectés par l’arrêt de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar et la paralysie du détroit d’Ormuz.

Les Gardiens de la révolution ont revendiqué lundi l’attaque d’un pétrolier, présenté comme lié aux États-Unis, dans ce stratégique détroit qui sépare l’Iran de la Péninsule arabique.

Et un général a menacé de « brûler tout navire » qui tenterait de franchir le détroit, par où transitent 20 % du pétrole et du GNL mondiaux.

Quant aux touristes bloqués au Moyen-Orient, certains ont commencé à rentrer dès que l’espace aérien a rouvert.  

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