Une contravention pour marcher du mauvais côté de la rue: «Ça n’a juste aucun sens»

Fin septembre, par une belle journée automnale, Gabriel Fournier se rend à Bromont pour célébrer l’anniversaire d’un proche. En soirée, le jeune homme de 23 ans et trois amis vont au Edgar Hyperlodge sur le boulevard de Bromont. Tout bascule quelques minutes après leur sortie du pub.
«Personne dans le groupe n’avait trop bu. On voulait juste être responsables en ne prenant pas le volant. […] Alors, on a décidé de marcher sécuritairement du côté éclairé de la rue pour revenir à notre hôtel», affirme Gabriel, qui est originaire de La Prairie en Montérégie.
Peu de temps après avoir traversé l’artère routière, soit vers 2 h le matin, les membres du groupe ont constaté qu’un véhicule les suivait de loin, mentionne le jeune homme. Il affirme avoir levé le pouce en l’air pour indiquer au conducteur que «tout était ok». Or, il s’agissait d’une autopatrouille, aurait-il constaté par la suite.
Gabriel Fournier, Antoine Boulanger, Nicholas Murphy et Edouard Ducharme ont donc été interpellés par les policiers près d’un carrefour commercial, où l’on retrouve notamment le centre communautaire.
Gabriel concède que la tension a monté d’un cran lorsqu’il a refusé de s’identifier, arguant que les policiers ne voulaient pas lui donner les motifs pour lesquels on l’a interpellé. Antoine Boulanger aurait également eu maille à partir avec les agents de la paix, estimant que l’arrestation du groupe était arbitraire. Les jeunes n’ont finalement pas eu le dernier mot.
«Les policiers nous ont arrêtés comme si on était des criminels et nous ont donné [à deux jeunes sur quatre] des contraventions. Ça n’a juste aucun sens», clame Gabriel.
Exception
Gabriel a écopé de deux constats d’infraction de 58 $ (incluant les frais). Le premier concerne l’article 448 du Code de la sécurité routière, qui stipule qu’«un piéton ne peut se tenir sur la chaussée pour solliciter son transport ou pour traiter avec l’occupant d’un véhicule».
La seconde contravention est liée à l’article 453, qui prévoit que «lorsqu’aucun trottoir ne borde une chaussée, un piéton doit circuler sur le bord de la chaussée ou sur l’accotement et dans le sens contraire de la circulation des véhicules, en s’assurant qu’il peut le faire sans danger».
Il y a néanmoins une exception, à laquelle se reportent Gabriel et Antoine pour justifier leur décision.
«Malgré le premier alinéa, un piéton peut circuler dans le même sens que la circulation, afin d’éviter de traverser la chaussée à plus d’une reprise sur une courte distance ou afin de circuler du côté éclairé du chemin public ou du côté où l’accotement est le plus large, après s’être assuré qu’il peut le faire sans danger.»
Contestation
Considérant être victime d’injustice dans cette affaire, Gabriel a décidé de contester ses deux contraventions.
Durant son procès, qui a récemment eu lieu à la cour municipale de Waterloo, la juge Monique Perron a souligné que, selon la version des policiers, Gabriel Fournier a été «très arrogant».
De son côté, le défendeur a plaidé qu’il a préféré, logiquement, changer de côté du boulevard pour marcher parce que l’éclairage était meilleur et donc plus sécuritaire. Il a présenté une photo pour appuyer ses propos.
Des arguments réfutés par le procureur de la Ville dans cette cause, Me Jocelyn Bélisle.
«Le boulevard de Bromont n’a pas 100 pieds de large. S’il y a des lampadaires de l’autre côté de la rue, je ne vois pas en quoi l’autre côté n’était pas éclairé. […] C’est le gros bon sens qui s’applique.»
La juge Perron s’est finalement rangée derrière les arguments de l’avocat, déclarant le défendeur coupable des deux infractions contestées.
«La seule interprétation raisonnable que l’on peut y accorder, c’est que le défendeur faisait de la sollicitation de transport, en Québécois, du pouce», a-t-elle fait valoir.
«Il y avait amplement d’éclairage des deux sens de la chaussée pour qu’il puisse [marcher] en sens contraire de la circulation», a-t-elle conclu.
Le revers de Gabriel devant le tribunal a fait grimper la facture globale pour ses constats à 346 $ en raison des frais de cour.
Antoine Boulanger a indiqué à La Voix de l’Est qu’il compte également contester ses contraventions.
Questions en suspens
Le capitaine Mathieu Lacroix a répondu à notre demande en mentionnant que le Service de police de Bromont ne pouvait commenter, étant donné les procédures judiciaires toujours en cours.
Toutefois, plusieurs questions restent en suspens. Pourquoi les policiers ont-ils donné des constats à deux jeunes, alors que le groupe entier aurait contrevenu à la loi en marchant du mauvais côté du boulevard?
Est-ce une pratique courante des policiers municipaux de Bromont de donner de telles contraventions?
Marcheurs, soyez donc aux aguets.




