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7 femmes racontent leurs combats invisibles du quotidien

Le 8 mars célèbre la
Journée internationale des droits des femmes. Né en 1909 aux
États-Unis, le mouvement n”est arrivé en France qu’en 1982 à
l’initiative de la Ministre déléguée aux Droits de la femme, Yvette
Roudy. Désormais, l’événement veut « fêter les victoires et les
acquis » des femmes et « faire entendre leurs revendications »,
souligne le ministère de l’Éducation nationale. Mais cette journée
est surtout l’occasion idéale de dresser un bilan sur la situation
des femmes dans notre société.

Si l’inscription de l’IVG dans la Constitution tombe à point
nommé, qu’en est-il des inégalités économiques,
sociales, culturelles et des combats psychologiques que certaines
femmes continuent d’endurer au quotidien ? Des petits aux plus
grands combats, elles nous racontent leurs forces, leurs faiblesses
et leur quotidien rythmé immanquablement par leur condition de
femmes. 

Sarah, 48 ans : “Je lutte contre un sentiment de
culpabilité de ne pas être une bonne maman”

« Séparée depuis 8 ans et divorcée depuis 6 ans, maman solo de
deux adolescentes de 13 et 15 ans, mon ex-mari a lancé une
procédure pour une modification du jugement de divorce et demande
la garde complète de ma fille aînée et la garde partagée de ma
fille cadette. Dans un contexte de non-communication et de guerre
d’avocats, mon combat quotidien est psychologique pour lutter
contre un sentiment de honte de ne pas être une bonne maman, un

sentiment de culpabilité : qu’est-ce que j’ai fait pour en
arriver là ? Pour mériter ça ? Pourquoi n’ai-je pas le droit au
bonheur ?

Mon combat est également affectif pour garder ma place de maman
face à deux adolescentes, la nécessité de les cadrer, de leur
offrir les limites qu’elles cherchent et risquer ainsi de passer
pour la mauvaise personne, celle qui dit non, celle qui contrôle et
garde le contrôle. En regard de cela, Monsieur passe pour la
personne cool, permissive, et du coup cela est alléchant de vouloir
aller vivre chez lui… Mon combat quotidien est aussi de préserver
les relations avec mes filles dans ce contexte de tension
psychologique. »

Colette, 86 ans : “J’ai peur d’aller seule dans un
café”

« Parisienne de 86 ans, j’ai reçu une éducation sévère et
aujourd’hui j’ai encore peur d’aller seule dans un café car on m’a
souvent répété “Les cafés ne sont pas des lieux pour les femmes”.
Il faut savoir que “putain” était la pire des insultes. Le mariage était la seule
possibilité de transgression des codes de la société pour vivre une
vie amoureuse et sexuelle. Je trouve que l’accélération sociétale
peut avoir du bon comme l’inscription de l’ivg dans la
constitution. Je suis passionnée des civilisations et pour moi ce
qui a dégradé l’équité Homme-Femme c’est la bourgeoisie et ses
codes qui ont imposé beaucoup de choses aux femmes.

“Pour moi le plus beau mot en français est féminin : La
liberté.”

Je dis souvent que le premier organe sexuel d’un homme sont ses
yeux. C’est dire l’importance d’un regard ! En tant qu’aînée, je
souhaite être un pont entre les générations et transmettre aux
jeunes mon expérience de femme. Pour moi le plus beau mot en
français est féminin : La liberté. »

Louise, 29 ans : “Mon combat quotidien c’est de
m’accepter telle que je suis”

« À presque 30 ans, je prends conscience que je perds du temps à
ne pas être bien dans ma peau. D’aussi loin que je me souvienne, je
n’ai jamais été à l’aise avec mon physique. C’est un combat au
quotidien parce que cela occupe une grande partie de mon espace
mental et c’est une lutte continue contre moi-même. Depuis quelques
mois, je suis suivie par une psychologue à ce sujet-là donc j’ai un
peu moins l’impression de livrer ce combat seule.

Mais, en attendant, chaque jour je dois faire face à mes

pensées contradictoires qui, d’un côté, me poussent à changer
mon apparence et, de l’autre, m’entraînent à m’accepter telle que
je suis. C’est une thématique omniprésente puisqu’elle conditionne
mon alimentation, mon activité sportive ou encore la manière avec
laquelle je m’habille. Et c’est une lutte qui change chaque jour
puisqu’elle dépend de mon équilibre mental qui influence à son tour
la dysmorphophobie et toutes les pensées qui vont en découler.
Prendre à bras le corps ce problème en consultant une
professionnelle me rend fière de moi. Je sais que la situation est
amenée à évoluer et que, même si ça doit prendre du temps, je suis
sur le chemin pour aller mieux. »

Bérengère, 43 ans : “J’ai fait une PMA en
Espagne”

« Je suis maman d’un petit garçon de 18 mois né à la suite de 3
années de
PMA (procréation médicalement assistée, ndlr) qui s’est
terminée en Espagne. Cette aventure a été un long combat. Pour
notre PMA, nous avons suivi trois protocoles différents en France
et, n’étant pas réactive aux traitements, deux protocoles en
Espagne où les lois de bioéthiques permettent (moyennant finances)
plus de techniques. Nous ne voulions pas perdre de temps, mon âge
jouant en notre défaveur, nous avons enchainé aussi vite que
possible malgré l’interminable pause de 4 mois imposée par le
Covid. 

Aujourd’hui, mon combat quotidien est celui de me séparer de mon
fils chaque jour pour aller faire un travail que je considère comme
un “bullshit job” et où je dois refaire mes preuves auprès de la
nouvelle directrice générale. D’autant plus que mon père est décédé
en octobre, il était en bonne santé et nous étions très proches.
Mais grâce à mon bébé, je reste optimiste. »

Caroline, 27 ans : “Mon combat quotidien est de
travailler dans un milieu d’hommes”

« Lorsque j’étais en Master 2 de Physique, j’ai réalisé un stage
dans un laboratoire de recherche. Durant ce stage, j’ai reçu à
plusieurs reprises des remarques déplacées de la part de mon
encadrant de stage. Cela se déroulait en été et il faisait
assez chaud. Pendant une expérience que je réalise en laboratoire
avec un doctorant en physique, mon encadrant de stage entre dans la
pièce. Il se moque alors de son doctorant qui porte une polaire (en
plein été). Celui-ci lui dit qu’il froid dans les labos car ils
sont climatisés. L’encadrant répond : “Et pourtant il y a Caroline
à côté de toi, tu devrais avoir chaud”. Si seulement ça pouvait
s’arrêter là !

Un autre commentaire reçu : un jour après le déjeuner avec les
collègues, nous prenions le café dans la cour de l’observatoire. Ce
jour-là, je portais un short. J’ai entendu un commentaire de mon
encadrant à d’autres collègues en disant : “On verra quand Caroline
viendra en string au labo”. Ces situations dénotent à la fois de la
difficulté de travailler dans un milieu où la majorité des
collègues sont des hommes, mais aussi du chemin à parcourir pour
considérer les femmes salariées en se basant uniquement sur leurs
compétences professionnelles. »

Esther, 32 ans : “Je dois choisir entre ma carrière et
fonder un foyer”

« Après plusieurs années en tant que auto-entrepreneure, je me
sens forcée de retourner dans le salariat pour fonder une famille.
J’ai 32 ans et je suis en couple depuis plusieurs années. Mon
conjoint (qui est également à son compte) et moi avons comme projet
de fonder une famille en 2026. Seul bémol : mon statut
professionnel est trop précaire pour mener à bien ce projet de vie.
D’après la loi, en 2024, les travailleuses indépendantes perçoivent
une indemnité journalière fixe, peu importe le salaire de chacune,
qui s’élève à 63,52€ par jour durant 16 semaines, la durée maximale
du congé maternité pour les indépendantes ainsi que les
salariées.

Le statut de travailleur indépendant n’est pas adapté à la
condition de femme.

En revanche, les salariées perçoivent 80 % de leur salaire – si
je me base sur le montant de mon salaire actuel en tant
qu’indépendante, j’aurai perçu 9 600 euros d’allocation. Le calcul
est vite fait. C’est une évidence : le statut de travailleur
indépendant n’est pas adapté à la condition de femme. Si je
souhaite vivre une grossesse et une maternité sereine, je me sens
contrainte d’abandonner mon entreprise, renoncer à mes rêves
professionnels et retourner dans le salariat afin de bénéficier de
tous les avantages : congé parental, sécurité d’emploi, avantages
sociaux… Aujourd’hui encore, être une femme, c’est faire des
sacrifices pour devenir mère. »

Marie, 31 ans : “Mon combat quotidien est le manque de
liberté dans mes choix”

« Je suis psychologue de formation exerçant en libéral et j’ai
repris des études de médecine, qui sont très denses. Mon combat
quotidien est le manque de temps et de liberté dans mes choix :
avoir le temps de prendre soin de moi, de ma santé physique et
avoir un équilibre de vie personnel pour garder la passion et la
motivation. Je suis également confrontée aux injonctions de la
société bien que je ne les ai pas intériorisées, mais qui reste
dans un coin de mon inconscient en bruit de fond :

« Quand aurais-je le temps de construire ma vie personnelle,
d’être libre d’accomplir mes projets, fonder ma famille ? »

Aussi inspirant et passionnant qu’il soit de poursuivre ses
rêves, le prix à payer est parfois très fort, il faut être prêt à
encaisser les sacrifices que cela exige, les doutes, les
questionnements, les moments de frustrations. Et surtout,
s’affranchir du schéma sociétal et vivre pour soi. Mais la
difficulté du challenge en fera sa beauté plus tard et une source
d’inspiration, que tout est possible lorsque l’on croit en soi,
qu’on on se donne les moyens et qu’on se bat pour ses objectifs.
»

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