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Journée internationale des droits des femmes | Un 8 mars doux-amer

Sept féminicides présumés en deux mois, des discours anti-femmes qui pullulent sur les réseaux sociaux, une montée du sexisme et des violences sexuelles dans les écoles… À quelques jours du 8 mars, les femmes ont peu de raisons de célébrer. Notre chroniqueuse s’entretient avec l’autrice et chroniqueuse féministe Marilyse Hamelin qui rappelle que l’évolution n’est pas une ligne droite. Et que les avancées des femmes sont toujours suivies d’un ressac.


Publié le
5 mars

Autrice, blogueuse, chroniqueuse, animatrice, éditrice, conférencière… Marilyse Hamelin porte beaucoup de chapeaux, et un regard toujours pertinent sur la condition des femmes. En 2016, elle effectuait une tournée des cégeps pour parler de consentement et d’égalité aux jeunes. Depuis, elle a publié plusieurs essais et chroniques. Elle était donc, à mon avis, la personne toute choisie pour échanger sur l’état actuel des luttes des femmes pour l’égalité.

Nathalie Collard : Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques jours du 8 mars ?

Marilyse Hamelin : Depuis un an, je me sens comme dans un typhon, quand tu t’accroches au palmier pendant que la tempête passe. Tu espères ne pas lâcher… C’est vraiment difficile de voir les reculs des droits des femmes auxquels on assiste actuellement. J’ai besoin de me rappeler que l’évolution, ce n’est pas une ligne droite, et qu’à chaque avancée, il y a des périodes de ressac. Je pense que toutes les féministes souffrent de stress chronique ces temps-ci. Mais je m’accroche tout le temps à l’idée qu’il n’y a rien qui dure, et qu’il faut continuer le travail de fond.

NC : En 2016, vous faisiez la tournée des cégeps avec le rappeur Koriass et la présidente du Conseil du statut de la femme de l’époque, Julie Miville-Dechêne, pour parler de consentement et de rapports amoureux égalitaires. Êtes-vous surprise d’apprendre que 10 ans plus tard, on observe une montée des propos sexistes et misogynes chez les jeunes hommes ?

MH : Je l’observais déjà à mon échelle, sur le terrain, il y a 10 ans. Je voyais ce fossé entre garçons et filles dans les cégeps. Dans certains cas c’était extrêmement confrontant. Les gars avançaient des arguments vraiment rétrogrades et masculinistes, et les filles levaient les yeux au ciel et soupiraient. Je pense qu’on n’a pas besoin de chercher bien loin pour expliquer pourquoi ces discours sont autant décomplexés aujourd’hui. Le conservatisme se décomplexe dans les discours politiques, et pas seulement aux États-Unis. On recule et ce n’est pas vraiment la faute des jeunes. Ils sont un reflet de ce qu’ils voient dans notre société.

NC : On observe qu’un fossé idéologique se creuse entre garçons et filles, que les filles sont plus progressistes. Est-ce qu’un dialogue est encore possible ?

MH : Je pense que ce sont des sujets qui fâchent, et que le dialogue est très crispé. Encore là, ce n’est pas nouveau, je le voyais il y a 10-15 ans. Ce n’est pas la faute à TikTok… Je pense que les adultes ne donnent pas nécessairement l’exemple.

Cela dit, il y a des mots, comme « masculinité toxique », que je n’utilise pas. Je vais plutôt dire « injonction à la virilité » ou encore, une certaine « vision toxique de ce que devrait être la masculinité ». Je suis devenue plus diplomate avec les années. Je veux maintenir le canal de communication, je suis de cette école-là.

Personnellement ça ne m’intéresse plus de me fâcher sur les réseaux sociaux. Je préfère vraiment prendre le temps de m’asseoir et de parler, un à un. Récemment, je me suis assise avec des gens qui votent pour Pierre Poilievre et Maxime Bernier. Il y avait là des gens qui n’étaient pas à l’aise avec l’avortement. On a eu une vraie discussion… Je crois qu’il y a du travail de terrain à faire, dans l’ouverture. Mais je comprends tellement les femmes qui n’ont pas envie de faire ça…

NC : Quel sujet devrait-on mettre de l’avant en ce 8 mars 2026 ?

MH : L’égalité parentale. Comprenez-moi bien, je vais toujours prendre position en faveur des droits des personnes trans, des minorités, des communautés LGBTQ+… Et je crois qu’il faut défendre les droits des personnes trans, car leur combat est aussi celui des femmes. On ne peut pas se désolidariser parce que tout est lié.

Cela dit, l’égalité parentale, je vais en parler tant que ce ne sera pas réglé. Parce que tous les possibles, pour les femmes, viennent de cette égalité, du partage de la charge mentale. Ce n’est pas un petit enjeu, et c’est loin d’être réglé. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de femmes deviennent féministes quand elles ont une famille…

NC : Comment parler de ces enjeux et faire circuler ces idées d’égalité homme-femme ailleurs que dans les réseaux sociaux, qui sont devenus des espaces très toxiques ? Comment rejoindre les jeunes, par exemple ?

MH : Je me suis posé la question après la tournée des cégeps. J’avais reçu tellement de témoignages… Je voyais que les conversations se braquaient, que les gens ne s’écoutaient plus, qu’ils restaient campés sur leurs positions. Alors je me suis dit : peut-être qu’une œuvre de fiction qui serait juste une fichue de bonne histoire pourrait aborder toutes ces questions ? J’ai donc écrit un roman* qui s’adresse aux ados et aux jeunes adultes. J’y parle de tout : racisme, queer, féminisme, diversité. Je me dis que par un plaisir de lecture, je peux faire passer des valeurs d’ouverture, de progressisme. C’est mon plus grand espoir en tout cas. Je suis rendue là. Je ne crie plus fort, mais j’essaie de créer pour semer.

* Le roman La mèche courte (Québec Amérique) doit paraître à la fin de mars.


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