News US

Journée internationale des droits des femmes : à Saint-Nazaire, Pierrette, 88 ans, “devenue de fait une combattante”

En ce 8 mars, rencontre à Saint-Nazaire avec Pierrette Grisard, 88 ans, ingénieure de formation qui a consacré sa vie à combattre pour le droit des femmes. Au sein du Planning familial dans les années 1960, elle a pris tous les risques pour aider des dizaines de femmes à avorter.

En ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, rencontre à Saint-Nazaire avec Pierrette Grisard, 88 ans, ingénieure de formation qui a consacré une grande partie de sa vie à combattre pour le droit des femmes. Sa vie de militante commence au sein du Planning familial, notamment à Angers, où elle habite avec ses enfants et son mari dans les années 1960. Des années où l’avortement est interdit, la contraception quasi inexistante. Elle va prendre tous les risques.

Pierrette nous reçoit dans son petit deux-pièces, dans une résidence seniors Domytis à Saint-Nazaire. Entourée de son chat, de ses tableaux qu’elle peint, de ses livres et de ses souvenirs. Pierrette est née il y a 88 ans à Angers dans un milieu bourgeois plutôt à gauche, “mais mon père a toujours refusé que ma mère, secrétaire, retravaille. C’était pour lui comme un affront.” La blessure de la mère, la revanche de la fille. Pierrette est une crack en mathématiques, elle passe le concours pour la seule école d’ingénieurs ouverte aux femmes. “Comme j’ai fait des études qui n’étaient pas acceptées des hommes, je suis de fait devenue une combattante.” En 1964, à la naissance de son deuxième fils, Pierrette ne veut pas tout de suite d’un troisième : “Quand le troisième arrivera, il sera choisi”, et toque avec son mari à la porte du Planning familial. Un monde s’ouvre. Celui de la solidarité féminine, de la révolte aussi. “Vous vous imaginez, rien que pour trouver un moyen de contraception, c’était toute une histoire. Des diaphragmes qu’il fallait importer d’Angleterre.”

loading

“On est rentrés d’Angleterre avec le matériel planqué dans le camping-car”

Quant à l’avortement, n’en parlons pas. “C’était passible des assises.” Quand Pierrette revient à Angers avec sa famille, elle lance l’antenne du Planning dans cette ville. Avec des dizaines de femmes qui viennent pour se faire avorter. “Celles qui pouvaient, on les aidait à passer en Angleterre. Les autres, au bout d’un moment, on a décidé d’agir avec de jeunes internes en médecine parce que, vous savez, une femme qui ne veut pas de sa grossesse est prête à risquer sa vie.” Mais il faut du matériel. Pierrette, son mari, ses deux enfants partent alors en Angleterre en vacances : “On est rentré avec tout le matériel nécessaire pour faire des avortements planqué dans le camping-car.” Elle montre une photo et part dans un rire. “On avait peur, on croyait tout le temps qu’on était sur écoute, mais pas question d’arrêter.”

“À peine 30% des femmes têtes de liste aux municipales !”

loading

1974, la loi Weil dépénalise l’avortement. Pierrette pousse un gros soupir qui dit tout. Le soulagement, la liberté. Mais elle ne cessera jamais de militer. Plus tard pour l’association de Gisèle Halimi, “Choisir”, puis au sein du PS. À 88 ans, après un divorce et plusieurs déménagements, Pierrette a gardé toute sa force et sa détermination. “Ce n’est pas le moment de s’endormir”, nous dit-elle. D’abord il faut “éduquer les garçons comme les filles, ensuite il faut encore se battre pour l’égalité des salaires, et puis rester sur ses gardes car nos acquis peuvent être menacés en fonction de qui arrive au pouvoir”. À propos de politique, cette militante socialiste et passionnée nous interpelle : “Cest un scandale français le manque de parité à l’Assemblée nationale. Et pour les municipales, les listes sont paritaires, mais combien de femmes têtes de liste ? 20%, 30%, maximum !” Pierrette est un petit bout de femme qui déplace des montagnes. “Je peux encore être une rebelle”, dit-elle en riant.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button