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“Ils avancent doucement et masqués mais on sera balayés” : à Nice, l’inquiétude du monde de la culture en cas de victoire d’Éric Ciotti

Mercredi 11 mars, plusieurs syndicats d’artistes et d’auteurs organisent un rassemblement à Nice pour alerter, selon eux, sur le danger que représenterait une possible victoire d’Éric Ciotti pour le monde de la culture. Ils craignent de voir des subventions supprimées, voire des spectacles censurés.



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À Nice, peu d’artistes s’expriment librement sur le sujet. Il faut dire que beaucoup dépendent des subventions de la ville, dirigée par Christian Estrosi, et du Conseil départemental, dont Éric Ciotti préside la commission des finances. Difficile dans ces conditions de s’engager sans prendre le risque de devenir une victime collatérale d’une guerre fratricide qui oppose les deux frères ennemis, anciens membres de l’UMP et des Républicains : l’un, Christian Estrosi, désormais vice-président de Horizons ayant rallié Emmanuel Macron avant de l’appeler à démissionner ; l’autre, Éric Ciotti, président de l’UDR rallié au RN depuis les élections législatives de 2024.

Mais devant la possible victoire de ce dernier, candidat d’une liste “d’union de l’extrême-droite” selon la classification officielle du Ministère de l’Intérieur validée par le Conseil d’Etat, il est temps pour Jonathan Gensburger. Temps de prendre clairement position, lui qui dénonce “l’attentisme coupable des uns et des autres qui n’osent pas prendre position parce qu’ils ne savent pas qui va passer. Certains artistes et responsables culturels s’engagent quand la cause est lointaine ou quand il n’y a pas de risque réel”.

Lui n’a pas attendu l’ultimatum lancé par les sondages, tous favorables à Éric Ciotti, pour s’engager. Ancien comédien permanent du Théatre national de Nice avant d’en claquer la porte en dénonçant le management selon lui toxique de sa directrice Muriel Mayette-Holtz, proche de Christian Estrosi, il a rejoint le comité de soutien de Mireille Damiano, la candidate de la liste VIVA !-LFI. En tant que représentant de la CGT-spectacle, il appelle, avec d’autres syndicats d’artistes, à un grand rassemblement contre l’extrême-droite mercredi 11 mars devant la mairie de Nice.

Il s’agit bien d’un risque énorme, historique, que l’extrême droite s’empare de Nice, cinquième ville de France. Donc, on s’est agités et on est sortis de nos fauteuils, on s’est dit qu’il fallait absolument faire quelque chose.

Jonathan Gensburger, membre de la CGT-spectacle et soutien de Mireille Damiano, candidate VIVA!-LFI

A France 3 Côte d’Azur

Que craint-il précisément en cas de victoire d’Éric Ciotti ?

Ils avancent masqués, mais les politiques qui sont menées dans les villes qu’ils dirigent sont des politiques extrêmement dangereuses pour les milieux culturels, associatifs et syndicaux.

Jonathan Gensburger, membre de la CGT-spectacle et soutien de Mireille Damiano, candidate VIVA!-LFI

A France 3 Côte d’Azur

Dans l’appel à manifester, un recensement, non exhaustif, liste les atteintes constatées dans les villes passées aux mains du Rassemblement national : à Hénin-Beaumont, la remise en cause des financements de la Ligue des Droits de l’Homme et du Secours populaire, et “la reprise en main du théâtre municipal qui s’est traduite par une modification en profondeur de sa programmation pour servir une bataille idéologique réactionnaire” ; à Fréjus la fermeture du dernier centre social. Entre autres.

Pour Olivier Gueniffey, acteur culturel niçois depuis 40 ans, la place de la culture à Nice est déjà problématique, mais le risque que l’histoire se répète est réel à Nice.

Je suis à la fois témoin et acteur, en ayant connu une situation déjà assez délicate sous la mandature de Maitre Peyrat avec son festival de musique militaire: j’étais responsable d’une salle de spectacle de 700 places. On a l’expérience et on redoute que ça recommence.

Olivier Gueniffey, acteur culturel niçois

A France 3 Côte d’Azur

L’ancien secrétaire de rédaction du gratuit culturel La Strada évoque aussi l’ère Jacques Médecin, et l’effondrement culturel qu’a connu Toulon, la voisine varoise, pendant la mandature du maire FN Jean-Marie Le Chevallier.

On sait qu’il y a ici une faculté de résilience et de résistance, mais elle est tout de même très fragile car le nerf de la guerre c’est l’argent

Olivier Gueniffey, acteur culturel niçois

Benoit Arnulf connaît par cœur cette très sensible équation des subventions culturelles. Son festival du film queer “In&Out” en dépend depuis 18 ans. État, région, conseil départemental, mairie : il n’est pas rare que des festivals ou des troupes de théâtre bénéficient d’un financement croisé. Ses films sont mêmes diffusés dans les salles du cinéma Jean-Paul Belmondo à Nice, propriété du Département. Mais alors pourquoi Éric Ciotti maire ne financerait-il plus que ce qu’Éric Ciotti président de la commission des finances du Département soutient ? A-t-il déjà rencontré des difficultés avec cette collectivité ? Il se souvient d’une tentative de déprogrammation d’un film, sous l’action zélée d’un fonctionnaire du Département. Benoit Arnulf avait résisté à la pression et obtenu gain de cause.

Mais il constate lui aussi la peur qui s’est emparé du milieu culturel :

C’est assez difficile de pouvoir avoir un positionnement citoyen dans une situation où on a en face de nous des gens qui peuvent facilement rayer d’un trait de plume notre action.

Benoit Arnulf, directeur artistique du festival In&Out

A France 3 Côte d’Azur

Ce qui l’inquiète plus, c’est la discordance entre ce que représente l’extrême-droite au niveau national, et l’atonie qu’il constate au niveau local, malgré les positions politiques de certains élus, notamment proches de Philippe Vardon, ancien membre du RN passé par le mouvement d’Éric Zemmour avant de suivre Marion Maréchal-Le Pen.

Notre festival a lieu tous les ans en avril. On suit le vote des subventions du budget de l’année : on est systématiquement attaqués. Ces gens ne savent pas ce qu’on fait, mais par principe, LGBTQIA+ veut dire wokiste, islamo-gauchiste et dépravation.

Benoit Arnulf, directeur artistique du festival In&Out

Benoit Arnulf ne s’attend pas à des coupes dans les subventions dès le lendemain d’une éventuelle victoire d’Éric Ciotti. Il croit à une stratégie de dédiabolisation “au moins jusqu’en 2027”.

Une analyse que partage Jonathan Gensburger :

L’extrême droite est dangereuse, elle est fourbe(…). Ce n’est pas le 23 mars au matin que les théâtres vont fermer et que les subventions vont être coupées. Les choses arrivent petit à petit (…) Mais oui, bien entendu, ce n’est pas un fantasme, certaines pièces qui peuvent être montées, d’autres qui peuvent ne plus être montées, des subventions fléchées vers cette association que nous savons sympathisante et d’autres subventions coupées, à des associations LGBTQIA+, ou à des associations qui viennent en aide aux migrants(…) L’histoire se répète, malheureusement.

Jonathan Gensburger, membre de la CGT-spectacle et soutien de Mireille Damiano, candidate VIVA!-LFI

Et de conclure : “Réveillons-nous, il n’est pas trop tard, le 23 mars, ce sera trop tard. On sera, et je le dis en toute modestie et sans fanfaronner, des milliers à entrer en résistance”.

Au moment où nous achevons la rédaction de cet article, Éric Ciotti n’a pas répondu à nos sollicitations.

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