Angine de Poitrine: masqués, mais plus vraiment anonymes

Mais les gars derrière les masques et les habits à pois de Khn et Klek de Poitrine n’ont jamais demandé à devenir des supervedettes.
«Ne te trompe pas, on est crissement contents de ce qui nous arrive parce qu’on aime vraiment jouer de la musique, mais le vedettariat ne nous intéresse pas», lance d’entrée de jeu Klek, le batteur, en entrevue avec Le Soleil.
«Plein de monde nous parle du fait qu’on aurait «brisé l’Internet». C’est l’enfer des repost! Au moins cinq personnes nous ont relayé le commentaire [du millionnaire] Luc Poirier sur notre musique. Moi-même, je suis tanné de me voir!»
— Le batteur Klek de Poitrine
«On a des tonnes de demandes d’amitié sur Facebook de la part de gens qu’on ne connaît pas, des gens des États-Unis nous appellent au beau milieu de la nuit et des gens qui nous font des appels vidéos sur Facebook comme si on était des jumeaux cosmiques!» reprend Khn, le guitariste.
«Même si ce n’est que de la gentillesse, c’est tough à dealer, surtout pour moi qui suis semi-confortable avec les compliments. Toutes mes connaissances me serrent la main, me félicitent… toutes mes interactions sociales se résument à ça. J’adore parler de musique, mais je ne suis pas intéressé à avoir seulement des conversations à propos du succès!» poursuit Khn.
Le début du «buzz»
Le manège a démarré le 5 février, quand la populaire station de radio de Seattle KEXP a diffusé sur sa chaîne YouTube une vidéo d’Angine de Poitrine filmée en décembre aux Transmusicales de Rennes. «Cette captation cumule maintenant 2,2 millions de vues!» note Klek.
En plus de tout ça, des spectacles au Québec, en Europe, aux États-Unis et au Canada anglais sont planifiés avec une vingtaine déjà à guichet fermé (un spectacle à New York a vu ses billets s’envoler en une minute), leur premier album, qui en est à son cinquième pressage, est l’album le plus recherché sur le site Discogs.com cette semaine et leur deuxième album doit paraître en avril.
Pas si bête pour les deux amis qui font de la musique ensemble depuis l’âge de 13 ans et qui ont enregistré à peu près toutes les séances musicales qu’ils ont faites ensemble.
«Je pense que tout est allé tellement vite qu’on n’a pas encore encaissé grand-chose financièrement. On n’est plus à l’étape de moi, dans ma shop qui shippe des vinyles et qui jase avec les disquaires!»
— Le guitariste Khn de poitrine
Pas si anonymes
«On est extrêmement sollicités et on a dû changer nos habitudes dans la manière que nous utilisons les réseaux sociaux», poursuit Khn.
Le guitariste fait référence au fait que plusieurs personnes partout dans le monde tentent maintenant de savoir leur véritable identité. Celle-ci a toujours été connue de plusieurs personnes au Saguenay et a commencé à circuler à plusieurs endroits sur internet ces dernières semaines.
«On a l’air chialeux comme ça, mais en fait, on est bouleversés par tout ça! Si on porte des masques, c’est qu’on trouve ça drôle que certains ne savent pas qui nous sommes, mais finalement, je pense que c’est pire que si c’était juste ma face», indique Khn avant que Klek ne renchérisse.
«Je pense que c’est pire quand tu essaies d’être anonyme, les gens cherchent encore plus à tout savoir sur toi. Mais la plupart des gens ont compris que c’est le trip de dire qu’on ne sait pas c’est qui, c’est une game qu’on joue tous ensemble», reprend-il.
Le batteur avoue aussi avoir essayé à plusieurs reprises de faire retirer des contenus sur Internet les montrant, lui et Khn, dans leur autre projet musical, celui où ils ne portent pas de masques.
«Seb [leur gérant, Sébastien Collin, de Spectacles Bonzaï] trouvait ça super important le concept de l’anonymat, mais moi, je savais que ça ne durerait pas. Je voyais des documentaires sur Kiss avec tous les paparazzis qui avaient réussi à les prendre en photo et à connaître leurs vrais noms dans les années 1980, bien avant Internet», note Khn avec réalisme.
Travailleurs autonomes
En 2013, le guitariste avait d’ailleurs vu ses prestations d’assurance-emploi être coupées pendant six mois après que des enquêteurs aient retrouvé des groupes noise obscurs dont il faisait partie et se soient informés des sommes qu’il recevait pour les spectacles et les redevances.
«Ultimement, j’ai fait valoir mon point, j’ai présenté ma liste de dépenses et j’ai pu être remboursé. Cet enquêteur m’a aidé, car il m’a appris que j’avais plusieurs dépenses qui pouvaient être déductibles et c’est là que j’ai commencé à traiter la musique comme un travail autonome et à m’intéresser à la fiscalité», raconte le musicien.
Klek pense pour sa part que le duo aura besoin d’une bonne année pour s’adapter complètement à sa nouvelle réalité.
«On est à cheval entre le DIY [Do it yourself] et un groupe avec des moyens de production plus importants. Pour notre lancement d’album, on va en faire un digne de ce nom. On a plein d’idées côté visuel, scénographie.»
— Klek, batteur d’Angine de Poitrine
Le duo a maintenant un gérant, un directeur de tournée, une responsable des communications, un éclairagiste et sera sur la route au moins jusqu’à Noël.
«Parfois, on ne rentrera même pas chez nous! On est rendu à un moment où on parle de comment bien nous alimenter et d’ajouter du personnel. On ne peut plus s’asseoir deux gars seuls dans une Mitsubishi Lancer avec de la gear jusqu’au plafond!» illustre Khn en terminant.
Angine de Poitrine sera en spectacle au Club Soda de Montréal le 3 et le 18 avril, à l’Espace Dunham de Dunham le 4 avril, au Pantoum de Québec les 9, 11 et 12 avril, au Bal Maski de Victoriaville le 10 avril, à L’Ardoise de Richmond le 15 avril, au Mycélium Studio de Victoriaville le 16 avril, au Zaricot de Saint-Hyacinthe le 18 avril, au Café du Clocher d’Alma le 23 avril, au CEM de Chicoutimi les 24 avril et 1er mai, à la Petite Boîte Noire de Sherbrooke le 25 avril, au Minotaure de Gatineau le 26 avril et à l’Ouvre-boîte culturel de Baie-Comeau le 2 mai.




