Canadiens : Celui qui mène les autres vers la bataille

Vendredi matin à Brossard, Martin St-Louis a été questionné sur la possibilité que Brendan Gallagher soit retiré de la formation à l’occasion, d’ici la fin de la saison.
Victime d’un surplus d’attaquants en santé, l’entraîneur a souligné qu’il faut parfois prendre des « décisions difficiles » et il a rappelé plusieurs fois que Gallagher est un pro. L’entraîneur n’a pas fermé la porte à son exclusion de la formation, il a plutôt entretenu le doute avec ses réponses évasives.
En voyant Gallagher sauter en premier sur la patinoire pour une séance d’entraînement facultative, samedi matin au Centre Bell, bien avant le reste de ses coéquipiers, le doute devenait concret.
« Gally » s’est immédiatement dirigé vers le filet et il a tiré plusieurs rondelles. De le voir sauter sur la glace en premier avait déjà une grande signification, il a finalement fait du temps supplémentaire avec les autres joueurs exclus de la formation en vue de la rencontre en soirée.
Quelques minutes plus tard dans la salle de presse, toutes les questions adressées à Martin St-Louis portaient sur la nouvelle de la journée.
« Est-ce qu’il y a des changements ce soir Martin ? » a lancé le collègue Martin McGuire.
«Cole rentre, Gally sort, Dobes joue. »
L’entraîneur confirmait ainsi ce dont on se doutait. Pour la première fois de sa carrière, Brendan Gallagher, qui a tout donné au Canadien depuis son entrée en scène il y a 13 ans, allait être laissé de côté. Une nouvelle qui n’a rien d’anodin pour l’entraîneur et les joueurs, qui vivaient le tout avec émotion samedi matin.
« Ce ne sont pas des décisions faciles c’est sûr, a lancé l’entraîneur. Mais nous avons une bonne communication. »
St-Louis s’est ensuite empressé de confirmer que Gallagher disputera le match du lendemain contre les Ducks. Et il a ouvert une autre porte à la compétition interne, à savoir qui sortira de la formation pour lui laisser la place.
« Il va être frais demain. On a une profondeur présentement chez les avants, qui nous permet de faire ça. »
Questionné ensuite à savoir comment Gallagher avait pris la nouvelle de son retrait de la formation, l’entraîneur a fait un lien avec sa propre carrière de joueur.
« Je pense qu’il le prend mieux que moi. Ce n’est pas facile, pour ce qu’il représente pour le Canadien depuis toutes ces années. Gally c’est un pro. »
En lien avec les répercussions sur le groupe et la façon dont ses joueurs gèrent la situation à l’interne, Martin St-Louis souligne que son groupe a une bonne intelligence émotionnelle et que cela fait partie de la culture et de l’environnement.
Dans le vestiaire quelques minutes plus tard, Nick Suzuki et Cole Caufield ont pris la parole, tout comme Jake Evans, un ami proche de Gallagher.
Evans a souhaité laisser un peu d’espace à son bon ami samedi matin, pour lui laisser vivre son émotion et jouer davantage un rôle de soutien pour lui, au lieu d’entrer dans sa bulle.
Un collègue lui a d’ailleurs appris que Gallagher aura une place confirmée dans la formation pour le duel de dimanche contre les Ducks…
« Il joue demain ? Oh, dans ce cas, vous en verrez beaucoup de sa part. C’est le gars le plus compétitif que je connais. Quand un défi se présente devant lui, il l’attaque de front. Vous le verrez à son meilleur c’est clair. »
Evans, Suzuki et Caufield ont grandi dans l’organisation aux côtés de Gallagher. Le numéro 11 a été une figure marquante pour eux, sur et à l’extérieur de la patinoire. Ils soulignent l’importance que l’homme a eue pour eux dans leur cheminement et dans les importantes étapes franchies par l’organisation ces dernières années, au cœur de la plus grande reconstruction de l’histoire de l’équipe.
« C’est un gars que j’ai toujours admiré en vieillissant, a lancé Caufield, à propos de Gallagher. Ce fut spécial d’avoir la chance d’apprendre à ses côtés. Tout le monde n’a que de bonnes choses à dire à propos de lui. »
Depuis son entrée en poste, Martin St-Louis a souvent dit que Gallagher est un joueur qui mène les autres vers la bataille. Une image qui devient encore plus forte lorsqu’on porte attention à l’entrée des joueurs sur la patinoire, une seconde ou deux avant que Michel Lacroix ne lance « Mesdames, messieurs, accueillons nos Canadiens ».
Cette image, c’est celle de Gallagher qui s’avance d’un pas confiant et qui donne un petit coup de bâton au gardien partant, qui attend ce signal de départ pour se lancer vers la patinoire. Gally est celui qui suit le gardien de près, avant de sauter sur la glace à son tour.
Mener les joueurs vers la bataille, c’est beaucoup plus que de distribuer une mise en échec. C’est aussi un rôle que Gallagher a joué au fil des ans, par son intensité, son dévouement et son niveau de compétition élevé.
Evans souligne à quel point il est difficile de reproduire de façon tangible tous les éléments apportés par Gallagher à cette équipe.
« Il en apporte tellement sur et à l’extérieur de la patinoire. Tout le monde devra apporter cette énergie et ce niveau de compétition élevé. Quand on voit un gars comme lui qui ne joue pas, c’est difficile. Et il faut le prendre comme un message, qu’il faut tout donner et le faire ensemble. »
Justement, Martin St-Louis vient de passer un message fort à son groupe. La profondeur et le surplus de joueurs en santé sont une chose, mais si un vétéran apprécié, qui a un tel désir de vaincre et qui se sacrifie autant n’a pas sa place dans la formation, c’est aussi signe que l’entraîneur n’acceptera pas de baisse de régime.
Avec 18 matchs à disputer à la saison régulière, Martin St-Louis est clair : les performances dicteront la suite pour la présence ou non dans la formation. Il n’acceptera pas de demi-mesure et les places dans la formation ne seront pas acquises, elles se mériteront.




