«Je suis prêt à me battre au tribunal»: il refuse de plier devant une hausse de loyer de 150$ par mois

La saison des renouvellements de baux prend une tournure alarmante dans le quartier Parc-Extension, à Montréal, où des dizaines de locataires à faibles revenus font face à des avis de hausse de loyer allant jusqu’à 21 %.
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Certains habitent leur logement depuis plus de 30 ans. Ils reçoivent des avis de hausse de nouveaux propriétaires qui se sont portés acquéreurs de 165 logements l’été dernier.
En août 2025, 18 immeubles ont changé de mains dans le quartier. Banvest, propriété de l’ex-roi du poker en ligne David Baazov, les a vendus à deux compagnies à numéro.
C’est Pierre-Alexandre Jobin, le représentant des nouveaux acheteurs, qui fait maintenant pleuvoir les avis d’augmentation sur les locataires.
Hausses salées
Les hausses réclamées varient de 134 $ à 150 $ par mois, soit des bonds de 18 % à 21 %. Le Tribunal administratif du logement (TAL), lui, recommande une augmentation de base de 3,1 % pour 2026.
Ali Muhammad Kamruzzaman habite dans son 4 1/2 du boulevard de l’Acadie depuis 27 ans. Le retraité de 69 ans paie 800 $ par mois. M. Jobin lui réclame 150 $ de plus. Il a refusé et a offert 50 $. Pas d’entente.
« Si j’accepte 150 $ cette année, ça va être encore 150 $ l’an prochain. Je suis prêt à me battre au tribunal », lance-t-il.
Murs rapiécés, eau qui s’infiltre, plafond qui coule : Magalie Monjoie fait des ménages pour vivre et paye ses propres réparations depuis que les propriétaires ne répondent plus.
Photo JULIEN MCEVOY
Magalie Monjoie, 62 ans, fait des ménages pour gagner sa vie. Elle est locataire d’un immeuble voisin depuis plus de 30 ans, pour 786 $ par mois. On lui réclame 141 $ de plus.
Quand il pleut, l’eau s’infiltre à l’intérieur de son logis. Le plafond de la cuisine coule et l’évier fuit, si bien que, parfois, elle lave sa vaisselle dans le bain pour éviter d’inonder la voisine du bas.
« Ils ne me répondent pas quand j’appelle », dit-elle.
Très flou
Les immeubles du boulevard de l’Acadie, à Parc-Extension, avaient déjà fait les manchettes en 2017 pour leur insalubrité.
Photo JULIEN MCEVOY
L’une des compagnies acheteuses, le 13467244 Canada inc., appartient à Marc Lemieux, investisseur immobilier derrière la firme SIML et partenaire d’affaires du rénovicteur controversé Henry Zavriyev.
SIML a payé 11,4 M$ pour un immeuble de l’avenue d’Anvers et sept immeubles de la rue Birnam. Marc Lemieux n’a pas répondu à nos demandes d’entrevues.
L’autre, le 9529-0599 Québec inc., appartient à Michael Bucci, qui se décrit sur Instagram comme « le roi de l’immobilier ». Il a payé 15,6 M$ pour 10 immeubles du boulevard de l’Acadie.
Joint par Le Journal, M. Bucci a indiqué qu’il fournirait les justificatifs des hausses de loyer dans quelques jours. De son côté, Pierre-Alexandre Jobin a refusé de nommer son employeur lors d’un appel auquel il a rapidement mis fin.
Faire valoir ses droits
Niel Ladode et André Trépanier, du Comité d’action de Parc-Extension, ont ouvert 42 dossiers depuis l’envoi des avis de hausse aux locataires des 18 immeubles.
Photo Julien McEvoy
Au cours du dernier mois, le Comité d’action de Parc-Extension a ouvert 42 dossiers de locataires de ces 18 immeubles qui souhaitent contester leur hausse.
« Les propriétaires s’essayent avec de gros montants. Ils n’ont rien à perdre, c’est aux locataires de refuser », dit le responsable des droits des locataires, André Trépanier.
Il souligne que la justification des propriétaires ne tient pas : depuis août 2025, leurs investissements se limitent à des caméras de surveillance – 4800 $ par immeuble – et à de nouveaux verrous.
« Tout le fardeau du contrôle repose sur les épaules des locataires, qui hésitent souvent à faire valoir leurs droits par méconnaissance ou par crainte », dénonce-t-il en réclamant un contrôle obligatoire des loyers au Québec.
Les raisons invoquées pour justifier une hausse de 21 % du loyer
Dans une lettre signée par Pierre-Alexandre Jobin au nom de la compagnie 13467244 Canada inc., Mirleine Samson, locataire au 8350, rue Birnam, a appris que son loyer de 651 $ passerait à 785 $, soit une hausse de 21 %. M. Jobin invoque la hausse des primes d’assurance, des taxes municipales et scolaires, des frais d’entretien, des travaux électriques et des dépenses de sécurité, mais il a refusé de fournir des preuves. Mme Samson a refusé cette hausse, offrant 20 $ au lieu de 134 $. Elle n’a toujours pas eu de réponse.
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