Agression sexuelle en position d’autorité: un ancien député du Bloc arrêté à Québec

Enseignant de formation, un ancien député fédéral a été arrêté par le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) à la suite d’une enquête en matière de crimes sexuels impliquant des mineurs.
Député du Bloc Québécois de 2008 à 2011, Pascal-Pierre Paillé, 47 ans, s’est fait mettre la main au collet par le SPVQ, mardi matin, dans le secteur de Saint-Augustin-de-Desmaures.
Il fait face à des chefs d’accusation d’agression sexuelle en position d’autorité, de contacts sexuels et d’agressions sexuelles.
Le quarantenaire doit comparaître mardi après-midi au palais de justice de Québec.
Le Centre de services scolaire de la Capitale confirme par ailleurs que l’ancien élu de la circonscription fédérale de Louis-Hébert est suspendu depuis plus d’un mois en raison de cette troublante histoire.
Deux événements
Pascal-Pierre Paillé aurait commis ses actes lors de deux événements distincts, d’après le corps de police municipal. Dans un premier temps, il aurait profité de sa position d’autorité pour avoir des relations sexuelles avec un élève entre le 1er janvier et le 25 juin 2006.
Le deuxième événement aurait eu lieu en août 2024.
Relations avec un mineur
En janvier dernier, une source bien au fait de la situation a contacté Le Journal pour dénoncer les agissements qui sont reprochés à Paillé dans le plus récent dossier. La présumée victime, Mathys*, s’est livrée dans une entrevue exclusive pour expliquer sa version des faits.
L’adolescent, qui était âgé de 14 ans à l’époque, soutient qu’il a eu en août 2024 un «match» sur l’application de rencontre gaie Grindr avec l’ex-député.
Photos fournies par une source
« On a commencé à s’écrire. Il me disait qu’il me trouvait beau et il m’a envoyé des photos de lui sans chandail. […] Il disait qu’il était un professeur au secondaire dans la trentaine et moi je lui ai fait croire que j’avais 17 ans », raconte-t-il, précisant que Paillé ne travaillait pas à la même école et qu’il n’était donc pas en position d’autorité.
De fil en aiguille, les deux interlocuteurs ont convenu de se rencontrer une première fois, en public. « Il ne s’est rien passé cette fois-là, c’était dans un festival et il y avait du monde autour, alors je suis parti sans lui parler. »
Puis, dans les jours suivants, une deuxième rencontre a eu lieu. Cette fois, Pascal-Pierre Paillé serait venu chercher Mathys chez lui à bord de sa Jeep noire, ornée d’étoiles blanches sur les portières.
« On a jasé, puis il m’a demandé j’avais quel âge et ce que je faisais dans la vie. Je lui ai dit que j’étudiais en théâtre au cégep et il n’a pas posé de questions. Je lui ai proposé une fellation et il a accepté », confie le jeune homme.
Paillé et lui se seraient ensuite rendus dans un boisé de la couronne nord de Québec, à l’abri des regards. L’homme de 45 ans aurait demandé à voir la carte d’identité de Mathys. Ce dernier aurait prétendu avoir laissé ses papiers chez ses parents.
« Après ça, on a eu une relation sexuelle complète et consentante. Une fois qu’on a fini, il m’a ramené chez moi », laisse tomber l’adolescent.
Stupeur
Quelques jours après la rentrée scolaire, Mathys éprouve des regrets et aurait demandé à Pascal-Pierre Paillé de le revoir pour discuter de ce qui s’est passé, derrière le cinéma Le Clap de Loretteville.
« Je lui ai dit que je ne savais pas quoi faire, que je stressais beaucoup parce que je ne voulais pas qu’on ait des problèmes. Il s’est montré rassurant et m’a dit que ce n’était rien et qu’il ne le dirait à personne. […] À ce moment-là, je ne savais pas que c’était illégal. »
Le 3 septembre 2024, c’est avec stupeur qu’ils se sont croisés dans les couloirs de l’École secondaire de Neufchâtel, où l’enseignant avait accepté un contrat en adaptation scolaire au cours de l’été.
« C’était la pire rentrée de ma vie, se souvient Mathys. Je tremblais et je suais de partout. […] Je ne voulais pas qu’il soit dans le trouble à cause de moi. Lui aussi, j’ai senti qu’il n’était vraiment pas bien quand il m’a vu. »
Mal-être
Ce lourd secret a commencé à peser sur la conscience du jeune homme. « J’avoue que c’était difficile à vivre. Je savais que c’était bad et c’est un poids que j’avais à porter, pour pas que le monde le sache. »
Inconscient de la gravité des actes qu’il reproche à l’ancien homme politique, mais voulant se libérer de ce fardeau, Mathys a tout expliqué à un adulte de son entourage en qui il a confiance.
« J’étais vraiment surpris et choqué, affirme cet adulte, le même qui a contacté Le Journal. Je sais que Mathys n’avait pas la maturité pour comprendre ça à l’époque, mais c’est illégal, ce qui s’est passé, même s’il était d’accord pour avoir une relation sexuelle. On en a parlé avec sa mère et il a décidé de porter plainte à la police. »
L’adolescent invite par ailleurs d’autres victimes potentielles à faire de même si elles ont vécu une situation similaire. « C’est aussi pour eux que j’ai décidé d’en parler à la police. C’est mon inquiétude numéro un : qu’il y en ait d’autres comme moi. »
*Nom fictif pour protéger l’identité de la victime présumée d’âge mineur




