À quoi s’attendre du budget ? | Legault promet de « bonnes nouvelles » à la veille du dépôt

Le ministre des Finances Eric Girard livrera mercredi son huitième budget. Il affirme que l’exercice sera « sobre, ciblé et responsable ». François Legault promet de « bonnes nouvelles » du côté du plan de retour à l’équilibre budgétaire. Les automobilistes ne recevront toutefois pas de chèque pour compenser la hausse du prix de l’essence.
Publié hier à
15 h 47
Pas d’argent pour l’essence
Les candidats à la chefferie Bernard Drainville et Christine Fréchette veulent aider les automobilistes, qui vivent un choc des prix du carburant en raison de la guerre en Iran. Éric Girard ne prévoit toutefois rien dans son budget, et il les met en garde. « Ça va être très important de savoir si c’est une situation temporaire ou persistante, et ça va faire une grande différence », a-t-il dit. Il souligne par exemple que les marchés financiers « n’anticipent pas que les soubresauts que nous vivons présentement » soient permanents.
Dans tous les cas, lorsque le prix monte, le gouvernement du Québec perçoit davantage de TVQ, mais « la demande diminue », ce qui vient donc réduire les entrées d’argent de la taxe sur le carburant, qui est fixe et dépend « du nombre de litres vendus ». La mécanique est complexe, a-t-il indiqué. « Si le prix monte trop, la demande va casser, et il y aura moins de revenus », a ajouté M. Girard.
Des finances publiques en ordre
RIC PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Le ministre des Finances, Eric Girard
Les citoyens retiennent que l’État québécois fait un important déficit de plus de 10 milliards. M. Girard, lui, est optimiste. « Les finances publiques du Québec sont en bon ordre, la situation s’améliore », a-t-il dit. Il révélera dans son budget que le déficit sera moins important qu’anticipé.
Est-ce que le déficit sera plus faible que 10 milliards de dollars ? « C’est une barre psychologique intéressante, on va voir ça demain », a-t-il dit. De son côté, François Legault rappelle que le déficit du Québec s’explique notamment par des baisses d’impôts offertes aux Québécois. « Depuis qu’on est au gouvernement, on a donné en moyenne 950 dollars par personne de baisses d’impôt et de taxes. On a fait le choix d’avoir un déficit à Québec plutôt que dans les poches des Québécois. Dans sa mise à jour de novembre, le gouvernement soulignait que le solde budgétaire présente des déficits de 12,4 milliards de dollars en 2025-2026, soit 1,9 % du PIB, et de 9,5 milliards de dollars en 2026-2027, soit 1,4 % du PIB.
Un contexte incertain
Le budget Girard sera « sobre, ciblé et responsable », a dit le ministre. Le contexte est trop incertain pour être dépensier, a-t-il dit. « Il y a une révision de l’accord de libre-échange en juillet 2026 », a-t-il noté, il s’agit de « la grande incertitude qui pèse sur l’économie québécoise ». Il y a aussi « une guerre au Moyen-Orient, et le détroit d’Hormuz est fermé ». Puis, une « campagne électorale approche ». « Ce n’est pas le moment de faire de nouvelles dépenses, de nouvelles promesses. C’est un budget avec un financement adéquat des missions de l’État, avec un rehaussement des dépenses en infrastructures », a-t-il dit.
Des places en garderie subventionnée
Le ministre a éventé un élément de son budget, une tradition qu’il a lancée il y a quelques années. M. Girard a annoncé la conversion de « 5000 places de garde non subventionnées en place subventionnées dès 2026-2027, au coût de 400 millions de dollars surs cinq ans ». « C’est une excellente mesure pour les familles. Le contexte est difficile, au niveau du coût de la vie », a-t-il dit. Depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ, le gouvernement a financé « 60 000 places subventionnées, un accomplissement majeur », a-t-il dit.
De l’argent pour Fréchette et Drainville
Eric Girard affirme que son budget n’aura pas de nouvelles dépenses. Mais il a toutefois prévu une enveloppe pour le prochain ou la prochaine première ministre, pour qu’il ou elle puisse financer ses promesses. « Je l’ai suggéré. C’est une façon de travailler pour faire accepter le fait que le budget arrive avant la détermination de qui sera le nouveau chef. […] Le ou la nouvelle cheffe [aura à sa disposition] des sommes qui leur permettront de faire des annonces après le budget, qui passeront par un bulletin fiscal », a expliqué M. Girard.
La somme ne sera pas directement indiquée dans le budget, mais le ministre a affirmé qu’il répondra aux questions des journalistes à ce sujet. « Dans chaque budget il y a des provisions pour éventualité. Et là, nous avons prévu l’éventualité d’un nouveau chef et de nouvelles mesures », a-t-il dit.
L’opposition dévoile ses attentes
Du côté des partis d’opposition, le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, s’attend à « plus de prudence et de responsabilité » de la part du ministre Eric Girard pour présenter un plan crédible de retour à l’équilibre budgétaire, contrairement à la tendance des dernières années où l’augmentation de la taille de l’État a dépassé la croissance de l’offre de services. M. St-Pierre Plamondon craint également que la fin de la course à la chefferie de la CAQ, le 12 avril, sonne une « récréation » dans laquelle le nouveau chef caquiste (et nouveau premier ministre) dépensera sans compter et sans respecter le budget que se dotera mardi le gouvernement.
Du côté de l’opposition officielle, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, souhaite que le gouvernement s’attarde à l’augmentation du coût de la vie et aux missions essentielles de l’État, soit la santé et l’éducation. En matière de développement économique, les libéraux promettent de réduire le fardeau fiscal des PME, s’il est porté au pouvoir, et de financer cette mesure en réduisant les subventions qui ont été versées ces dernières années par le gouvernement à des multinationales. Québec solidaire propose de son côté d’augmenter les impôts sur les grandes fortunes en faisant payer les « 4000 ménages les plus fortunés au Québec » pour retrouver l’équilibre budgétaire.



