Bonsoir… Rodger Brulotte est parti: le Québec pleure la mort du célèbre descripteur et chroniqueur

L’une des voix les plus connues et des personnalités les plus aimées du Québec s’est éteinte. Le célèbre commentateur et chroniqueur Rodger Brulotte, passé à la légende autant par sa personnalité sympathique que pour son « Bonsoir, elle est partie ! » connu de tous, est décédé vendredi, à 79 ans.
C’est d’ailleurs ainsi qu’il souhaitait que son décès soit un jour annoncé, avait-il laissé savoir, récemment. Par cette phrase qui a marqué l’imaginaire de tout le Québec.
L’homme qui a consacré une bonne partie de sa vie au baseball la hurlait en ondes chaque fois qu’une balle était claquée au-delà des limites du terrain, au grand plaisir des fans.
Grand passionné de ce sport, mais aussi des gens, notre collègue Rodger avait été opéré en septembre pour retirer une tumeur cancéreuse logée dans son dos. La maladie a malheureusement dégénéré dans les derniers mois.
Rodger était encore fort actif jusqu’à son hospitalisation. L’été dernier, il était encore possible de l’entendre à la description des matchs de baseball à TVA Sports, tout comme on pouvait le lire dans les pages du Journal, notamment avec sa chronique Tout partout en ville.
Il a même rédigé des chroniques depuis son lit d’hôpital jusqu’à récemment.
Parce qu’il était, justement, tout partout en ville, et même ailleurs en Amérique du Nord. Rodger Brulotte avait reçu en mai dernier le titre de « Citoyen d’honneur » de la Ville de Montréal.
L’homme connu de tous
Sa notoriété dépassait largement le cadre du sport qu’il a tant aimé et dans lequel il en était à sa 57e année l’an dernier, que ce soit comme employé des Expos ou comme commentateur.
Dans une même journée, il pouvait échanger avec un premier ministre et un attaquant du Canadien. Mais il pouvait aussi discuter de la pluie et du beau temps avec des lecteurs ou des auditeurs qui l’avaient reconnu dans la rue.
Rodger avait ses accès partout. Il n’était pas grand – environ 5 pi 4 po –, mais son énergie, sa curiosité et son entregent lui permettaient de parler à tous, et tous avaient envie de lui parler. Il était d’ailleurs reconnu comme un blagueur invétéré.
Au fil de sa carrière, le commentateur coloré a rencontré pas moins de cinq présidents des États-Unis, en plus de se lier d’amitié avec Céline Dion et son défunt mari, René Angélil.
« Tu es de la taille de ces personnages qui ont façonné nos médias, mais également notre ville et notre environnement », avait déclaré le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, lors de la cérémonie en son honneur, l’an dernier.
« Le baseball m’a donné une chance, celle que les gens viennent me voir. Je suis choyé », avait souligné Rodger en 2015, lors de la parution de sa biographie Bonsoir…
Un des papas de Youppi !
Rodger est né à Montréal le 4 janvier 1947. Issu d’un milieu modeste, lui qui aimait se surnommer « le petit gars des Loisirs Saint-Eusèbe », c’est en mai 1969 qu’il a commencé à travailler pour les Expos.
Il avait alors 21 ans et agissait comme dépisteur pour le jeune club au Québec.
Rodger a par la suite occupé plusieurs rôles au sein de l’organisation, dont adjoint au directeur du recrutement international des joueurs, employé aux relations publiques, puis dans le secteur marketing.
Et c’est sans aucun doute dans ce dernier secteur qu’il a laissé sa marque la plus indélébile au sein du club.
Avec Roger D. Landry, il a participé à la création de Youppi !, figure emblématique du club, qui survit aujourd’hui au départ de l’équipe en agissant à titre de mascotte du Canadien.
« Il y avait deux choses que je voulais. Un, que la mascotte soit visible et, deux, que les gens, surtout les enfants, l’aiment », racontait-il récemment.
Sa fierté et son regret
C’est en 1983 que sa voix a commencé à être entendue à la radio, comme commentateur. Il a fait ses débuts à la télévision en 1990.
L’une de ses plus grandes fiertés est d’avoir été lié aux Expos jusqu’à leur départ pour Washington, en 2004. Mais son plus grand regret est d’avoir été incapable de les garder à Montréal.
« J’aurais voulu trouver un moyen. J’ai travaillé beaucoup, mais je n’ai pas pu convaincre les gens de les garder », affirmait-il il y a deux ans.
Rodger Brulotte, longtemps accompagné de son collègue Jacques Doucet, a continué à être la voix du baseball au Québec après le départ des Expos.
Joueur dans sa jeunesse, il agissait également comme président de la Ligue de baseball junior élite du Québec.
Les jeunes plutôt que la politique
Il s’est joint au Journal au tournant des années 2000. Chroniqueur infatigable, il a noirci des centaines de pages en parlant de baseball. Il a aussi mis monsieur et madame Tout-le-Monde à l’avant-plan dans sa page Tout partout en ville.
En 2019, il a reçu la Médaille de l’Assemblée nationale des mains du premier ministre François Legault.
Il aurait d’ailleurs pu faire de la politique, notre collègue Rodger. « Tous m’ont approché pour que je sois membre, mais aucun ne m’a demandé pour qui je votais. Du financement, j’en fais pour les jeunes », a-t-il déjà expliqué.
Tous l’appelaient « Rodger »
En plus de sa chère épouse Pascale, qu’il a mariée en 2010, Rodger Brulotte laisse dans le deuil un nombre incalculable de collègues, d’athlètes, de personnalités politiques et du showbusiness.
Et aussi, tous ces gens qui venaient le saluer quotidiennement en l’appelant simplement « Rodger ».
Bonsoir, Rodger est parti… Le souvenir et la personnalité unique de ce personnage plus grand que nature, toutefois, resteront longtemps gravés dans l’imaginaire québécois.
Tout comme sa voix, lorsqu’il s’exclamait devant le circuit d’un Guerrero en criant « Vladimir ! Vladimir ! Vladimir ! »
Adieu Rodger ! Rodger ! Rodger !




