Sortez la guillotine!

Comme Sophie Durocher l’a écrit hier, Julien Lacroix a mis fin à sa carrière d’humoriste, car il ne pouvait plus présenter son spectacle nulle part.
En effet, le Groupe Phaneuf, qui représente des artistes comme François Bellefeuille, Louis-José Houde et Rosalie Vaillancourt, a fait parvenir un courriel à de nombreuses salles laissant entendre que si les propriétaires de ces salles acceptaient de présenter un spectacle de Julien Lacroix, ils pourraient dire bye-bye aux spectacles mettant en vedette leurs humoristes.
C’était, comme l’a écrit Sophie, le baiser de la mort.
Quelle salle voudrait fermer ses portes aux humoristes les plus populaires du Québec ?
Aucune.
Ce n’est pas tant Julien Lacroix qui a quitté le monde de l’humour que le monde de l’humour qui a crissé Julien Lacroix à la porte.
Il suffit d’un soupçon
Je ne connais pas Julien Lacroix.
Je ne l’ai jamais vu en spectacle, même pas à la télé.
Mais dans la vie, il y a des principes auxquels je tiens.
Comme la présomption d’innocence.
Je ne voudrais jamais vivre dans un pays où tu es considéré comme coupable jusqu’à preuve du contraire. Un pays où tu peux tout perdre, ta job, ta réputation, tes amis, sur la base d’allégations, aussi crédibles puissent-elles sembler.
Ces pays, ce sont la Chine, la Russie, la Corée du Nord. Et l’Iran.
Le Groupe Phaneuf a le droit de choisir dans quelles salles ses artistes vont présenter leurs spectacles. Pas de problème avec ça.
Mais il y a un mot qui m’a fait tiquer dans le courriel que cette maison de production a envoyé.
Ce mot, c’est « soupçonnées ».
« Il est fondamental pour nous qu’en aucun cas nos artistes se retrouvent dans une publicité, une publication, ou une promo conjointe avec toutes personnes soupçonnées, dénoncées, accusées ou condamnées pour crimes contre la personne. Merci de respecter notre position. »
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l’émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Pas seulement accusées et condamnées, mais soupçonnées !
Soupçonnées par qui ?
Qui va décider que le « soupçon » est crédible ?
Il suffit maintenant d’un simple « soupçon » pour qu’un artiste voie toutes les portes des plus importantes salles de spectacle du Québec se fermer à la mention de son nom ?
C’est dans ce genre de société où nous voulons vivre ?
Fermons nos tribunaux, alors, si on n’a plus besoin de preuves pour détruire la vie d’un citoyen !
Que pensent nos cabinets d’avocats de ce courriel ? Ça ne les fait pas frémir de voir que de plus en plus de décideurs préfèrent la présomption de culpabilité à la présomption d’innocence ?
La machine à rumeurs
Au cours de ma vie, j’ai entendu toutes sortes de rumeurs sur des artistes et des personnalités connues.
Tel humoriste se fait venir des prostituées mineures. Tel animateur a eu un comportement toxique envers sa coanimatrice pendant des années. Tel autre battait régulièrement sa blonde. Tel médecin respecté fait venir des escortes, les attache et les bat.
Des histoires que j’entends depuis des années.
Si je vous disais les noms de ces artistes, vous tomberiez en bas de votre chaise. Des gens que vous adorez.
Qu’est-ce qu’on fait, on les annule tous ?
Je le répète : je ne connais pas Julien Lacroix.
Mais ce qui lui arrive me terrifie.




